Dawn Clement – Dear Ms. Dearie (FR review)

Origin Records – Street date : May 22, 2026
Jazz
Dawn Clement - Dear Ms. Dearie

Résumé: Dawn Clement s’approprie le répertoire de Blossom Dearie avec une élégance sobre et une grande finesse d’interprétation, mêlant une voix chaleureuse au piano subtil pour offrir un hommage intemporel, à la fois fidèle et résolument personnel.

Dawn Clement, Dear Ms. Dearie: un hommage délicat et intime à Blossom Dearie

Compositrice, pianiste et chanteuse, Dawn Clement fait ici un retour à la fois prudent et audacieux : c’est un hommage à Blossom Dearie, artiste inclassable qui, grâce à son esprit doucement ironique, a su charmer le bebop et imprimer sa touche unique sur le jazz vocal jusqu’à sa disparition en 2009.

À une époque où la scène musicale semble verser dans une forme d’archéologie du son, à extraire, remixer ou raviver les nostalgies, Clement prend une direction opposée. Alors que d’autres misent sur la réinvention spectaculaire ou jouent la carte de la virtuosité, elle choisit le registre de l’intime. Plutôt que de figer ce répertoire derrière une vitrine, elle s’y installe, sélectionnant des morceaux qui lui parlent vraiment, au-delà des choix attendus. Ce n’est pas juste un hommage : c’est une re-création sensible, portée par une voix simple, sans emphase, mais chargée d’affection pour le travail de Dearie.

Les arrangements forment la charpente discrète de tout l’album : précis sans être démonstratifs, mais empreints d’une créativité en filigrane. Ils ne cherchent jamais à attirer l’attention, mais guident l’écoute tout en finesse. Clement évite tout effet de miroir, marche sur une corde sensible entre hier et aujourd’hui. Chaque morceau glisse avec une fluidité naturelle, invitant l’auditeur à prendre son temps. L’album ne se contente pas de rappeler l’humour, la chaleur et le raffinement harmonique de Dearie : il met aussi en avant l’intelligence musicale de Clement, dans une musique surprenante, séduisante et apaisante.

Certains, parfois, pourraient trouver cette élégance presque trop lisse. Les auditeurs en quête de vrais contrastes ou de fortes tensions pourront regretter l’absence d’aspérités, de cassures nettes. Mais ce choix esthétique est assumé : préférer l’unité à l’effet.

Au fil de l’écoute, une chose devient claire : le piano de Clement est le cœur vibrant du disque. Dès la première note, son toucher crée une sincérité nouvelle dans chaque chanson. Cette proximité instrumentale sert la voix, qui s’impose comme une conteuse discrète, redonnant vie aux standards sans lourdeur. Sur des titres comme « I Know the Moon », on a vraiment l’impression de redécouvrir ces œuvres, presque comme si c’était la toute première fois.

L’exercice de l’album-hommage est risqué : beaucoup restent prisonniers de l’imitation ou peinent à se dégager de l’influence du modèle. Clement relève le défi avec clarté, cherchant à convaincre tout autant les fans de Dearie que ceux qui la suivent elle. Les musiciens qui l’entourent offrent un écrin élégant, bien maîtrisé, même si parfois on aimerait une prise de risque collective un peu plus marquée. Pourtant, l’album reste son projet à elle, qu’elle dirige d’une main sûre et tranquille.

Dear Ms. Dearie assume son refus du spectaculaire. Pas de surjeu, pas de démonstration inutile : chaque note, chaque nuance, chaque silence pèse son poids au service de l’ensemble. Ce choix donne à l’album un équilibre fragile et rare, surtout dans une époque où la musique cherche souvent à capter aussitôt l’attention.

Dans une critique de 2025 au sujet de son album Delight, on écrivait : certaines artistes avancent discrètement dans le jazz contemporain ; d’autres, comme Dawn Clement, l’illuminent par leur présence. Depuis plus de vingt ans, elle a sculpté une voix précise, expressive et animée d’un grand sens du rythme. Delight était déjà une leçon de subtilité et d’originalité, pour celles et ceux qui cherchent de la profondeur plus que du simple plaisir sonore.

Ce constat ne change pas aujourd’hui. Mieux : ce nouvel album en est la preuve éclatante. Le jazz vit quand il sait honorer ses racines tout en les questionnant au présent. Dawn Clement fait, sans conteste, partie de ce cercle rare.

Plein de raffinement, l’album reste pourtant accessible. Il se prête tout autant à une écoute solitaire, attentive, qu’à un moment partagé. Et c’est certainement ça, sa vraie force : inviter sans forcer, suggérer sans saturer.

Au fil de cette écoute confidentielle, Clement fait passer une vérité simple, patiente, attentive au détail. Sur scène, on sent que sa musique prend encore plus de relief, vivifiée par l’instant et le partage. Et c’est peut-être ça, au fond, l’essentiel : certaines œuvres ne cherchent pas à briller à tout prix. Elles préfèrent s’imprimer en nous, durablement, tout en discrétion, longtemps après la dernière note.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, April 27th 2026

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Musicians :
Dawn Clement – piano & vocals
Steve Kovalcheck – guitar
John Clayton – bass
Jeff Hamilton – drums

Track Listing :
The Gentleman is a Dope  4:10
Tout Doucement  4:08
Figure 8  5:31
Dance Only With Me  3:38
Hey John  4:38
I Like You, You’re Nice  2:27
Our Love is Here to Stay  2:46
It’s Love  3:31
I Know the Moon  4:59
I’m Hip  3:52
Lies of Handsome Men  5:14
Our Day Will Come  4:16
Once Upon a Summertime  4:56
The Party’s Over  3:00
Home  3:49

Production Info:
Produced by Matt Wilson
Recorded by Steve Genewick at Tritone Recording, Los Angeles, CA on May 27-29, 2025
Mixed by Steve Genewick at The Stewart House, Los Angeles, CA
Mastered by Christoph Stickel at CS Mastering, Vienna Austria
Photography by Lauren Desberg
Cover design & layout by John Bishop