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Dave Wilson Quartet: une voix qui brille surtout lorsqu’elle s’exprime seule.
Cet album révèle Dave Wilson sous son jour le plus convaincant, et, paradoxalement, le plus retenu. La nouvelle parution du Dave Wilson Quartet se déploie davantage en demi-teintes qu’en couleurs franches, offrant des moments d’une originalité saisissante, alternant avec d’autres plus inaboutis. Dès les premières minutes, une chose s’impose: le problème n’est en aucun cas la qualité de l’interprétation irréprochable, mais bien la cohérence artistique de l’ensemble.
L’album s’ouvre sur une composition de Dave Wilson et, dès les premières mesures, l’auditeur est immédiatement séduit par la clarté, l’intelligence et la personnalité de son écriture. La voix de compositeur de Wilson est affirmée et singulière, portée par un sens mélodique solide et une sophistication discrète qui gagne à être écoutée attentivement. Pourtant, au fil des plages, cet enthousiasme initial peine à se maintenir. L’inclusion de compositions d’autres auteurs finit par affaiblir l’unité globale de l’album, et ce malgré des arrangements qui portent tous la signature reconnaissable du saxophoniste.
Il s’agit là d’un écueil bien connu lorsque l’on est face à un musicien doté d’une identité d’écriture forte et clairement définie. Placées aux côtés d’œuvres d’autres compositeurs, même soigneusement arrangées, les compositions originales subissent parfois une comparaison sans appel. C’est précisément ce qui se produit ici. Si l’on peut parfaitement comprendre l’admiration que Wilson porte à des auteurs comme Jimmy Webb ou Jackson Browne, la juxtaposition crée une écoute inégale. L’album connaît ainsi des hauts et des bas, alternant entre des moments de réelle inspiration et d’autres qui paraissent, par contraste, plus neutres. L’écriture de Wilson est si riche, personnelle et inventive que les morceaux empruntés semblent souvent pâles, irréprochables sur le plan formel, parfois élégants, mais dépourvus de l’urgence et de la profondeur qui caractérisent ses propres compositions. On ne peut s’empêcher d’imaginer combien cet album aurait gagné en cohérence et en force s’il avait été constitué exclusivement de pièces signées Dave Wilson.
Né et élevé à Bronxville, dans l’État de New York, Dave Wilson a entamé son apprentissage musical dès la classe de quatrième année. Au fil des années, il s’est imposé comme un saxophoniste remarquable, alliant maîtrise technique et maturité sonore. Son jeu transmet une passion maîtrisée, une intelligence musicale sans distance froide. Son langage jazzistique, fluide et assuré, témoigne d’années de travail rigoureux et d’une profonde connaissance de la tradition. Wilson a étudié auprès de figures majeures telles que les saxophonistes Dave Liebman, Joe Lovano, Bill Barron, Ralph Lalama, Tim Price, Glenn Guidone et Tom Strohman, ainsi qu’avec le guitariste Steve Giordano et le pianiste Kirk Reese. Principalement concentré sur les saxophones ténor et soprano, il joue également de l’alto et maîtrise la clarinette — son premier instrument à l’école primaire, ainsi que la flûte. Cet héritage explique en grande partie la sophistication de son écriture, particulièrement évidente dans ses meilleures compositions.
Une écoute attentive de cet album fait rapidement apparaître un schéma révélateur. Mon approche a été simple mais éclairante : une première écoute intégrale, sans interruption, suivie d’un retour concentré sur les trois compositions de Wilson, écoutées isolément et avec une attention accrue. C’est alors que le caractère «patchwork» de l’album devient évident. Pris dans son ensemble, le disque peine à dessiner un arc narratif cohérent. Pris par fragments, les compositions de Wilson apparaissent comme la véritable colonne vertébrale du projet, les moments où la musique semble pleinement assumée et vivante. Il ne fait aucun doute que Dave Wilson, en tant que saxophoniste comme en tant que compositeur, est un musicien d’un talent exceptionnel.
Cette impression est renforcée par la qualité du quartet lui-même. Les musiciens qui accompagnent Wilson ne se contentent pas d’un rôle d’exécutants: ils sont des partenaires attentifs, subtils, capables de soutenir ses idées avec finesse et imagination. Leur interaction collective laisse entrevoir un groupe doté d’un véritable potentiel identitaire, une raison supplémentaire de souhaiter un futur album entièrement consacré aux compositions originales de Wilson.
Pour les auditeurs qui ne connaissent pas encore Dave Wilson, cet album peut constituer une porte d’entrée intéressante vers son univers musical et les influences qui le façonnent. Il offre un panorama assez large de ses goûts et de ses aspirations artistiques. En revanche, pour ceux qui le suivent déjà, le véritable plaisir se trouve dans quatre titres magistraux qui dominent nettement le reste: Let’s Go, When Even Goes East, Slow Freeze et Intergalactic Sunset. Ces morceaux confirment ce que cet album suggère plus qu’il n’accomplit pleinement: les prises de parole les plus fortes et les plus mémorables de Dave Wilson émergent lorsqu’il s’exprime exclusivement avec sa propre voix. C’est dans cette voix singulière que réside la promesse d’un futur enregistrement capable de révéler tout le potentiel ici seulement entrevu.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, January 20th 2026
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To buy this album (January 30, 2026)
Musicians:
Dave Wilson, tenor and soprano saxophones
Jesse Green, piano
Evan Gregor, bass
Daniel Gonzalez, drums
Track Listing:
Let’s Go
These Days
Eyes Of The World
Adios
When Even Goes East
Slow Freeze
Intragalatic Sunset
The Fool On The Hill
Fire
Wichita Lineman
