Dave Adewumi – The Flame Beneath the Silence (FR review)

Gian Step Arts – Street Date : March 27, 2026
Jazz
Dave Adewumi - The Flame Beneath the Silence

La première note ne s’annonce pas. Elle plane.

Dans une petite salle, la trompette entre presque à reculons non pas avec bravade, mais avec interrogation. Un son tenu juste assez longtemps pour éprouver l’air. Puis un autre, plus fin, légèrement infléchi à son extrémité. Le silence qui suit n’est pas vide. Il semble chargé, comme si quelque chose, sous la surface, commençait à brûler.

Je ne connaissais le trompettiste que par réputation. Et pourtant, en quelques minutes, il devint évident que tout ce que j’avais lu à propos de Dave Adewumi en deçà de la vérité. Il n’est pas exagéré de suggérer que nous sommes peut-être face à une intelligence musicale d’une rare ampleur, un artiste dont les improvisations semblent moins construites que déterrées, comme puisées dans un réservoir intérieur profond et secret.

Le jazz, dans ses moments les plus inspirés, n’a jamais été purement esthétique. Il a toujours porté une charge politique. Adewumi s’inscrit dans cette filiation, de la défiance existentielle du modernisme de l’après-guerre aux confrontations plus tranchées de la fin des années 1960, lorsque des figures telles que Miles Davis redéfinissait la grammaire du genre face à une Amérique fracturée. Chez Adewumi, cependant, le politique n’est pas proclamé; il est structurel.

Son album The Flame Beneath the Silence aborde ce qu’il décrit comme une angoisse politique liée à l’autoritarisme américain, à l’instabilité existentielle et à la quête de figures capables de révéler la vérité. Les chansons consacrées à la création et à l’amour coexistent avec cette inquiétude. Les titres, explique-t-il, instaurent une atmosphère plus qu’ils ne délivrent un message. La tension elle-même constitue la déclaration.

Cette tension s’entend dans l’architecture musicale. Les phrases se prolongent au-delà des cadences attendues. Les rythmes déplacent les repères sans jamais sombrer dans le chaos. Les harmonies pivotent brusquement, mais avec intention. Par moments, Adewumi utilise l’espace à la manière du Miles tardif, non comme une absence, mais comme une pression. Le silence devient un élément rythmique. Les notes ne sont pas simplement jouées ; elles sont pesées.

On perçoit une pulsation urbaine, élastique, inquiète, mêlée à une mémoire diasporique. Par instants, l’intention compositionnelle frôle les sensibilités de la musique classique contemporaine: longues arches, superpositions de textures, retenue maîtrisée. Pourtant, le langage rythmique demeure ancré dans la sève vivante du jazz. L’effet n’est ni nostalgique ni futuriste. Il est urgent.

Il n’est guère fortuit que cette œuvre paraisse sous l’égide de Giant Step Arts, organisation à but non lucratif fondée en 2018 par Jimmy Katz et Dena Katz. En collaboration avec le trompettiste Jason Palmer, la série met en lumière des musiciens qui façonnent le paysage du jazz contemporain tout en accompagnant ceux appelés à en écrire le prochain chapitre. Adewumi s’inscrit pleinement dans cette continuité, jeune artiste doté d’une maturité et d’une vision intransigeante.

Né dans une famille nigériane et élevé dans le New Hampshire, il développe très tôt un appétit insatiable pour le son qui le conduit au New England Conservatory. Il y étudie auprès de mentors d’envergure tels que Ralph Alessi, Ran Blake, Frank Carlberg, John McNeil et la regrettée Laurie Frink. Il n’y acquiert pas seulement une technique, mais une éthique: la conviction que rigueur intellectuelle et prise de risque émotionnelle sont indissociables.

«Il existe une tension entre le personnel et le politique, entre le sacré et l’effondrement», déclare-t-il. «Je souhaite que cette tension demeure vivante et génératrice.» Ce refus de résoudre les contradictions constitue sans doute la force essentielle de l’album.

À l’heure où l’industrie musicale privilégie l’efficacité algorithmique et l’accélération des cycles de production, le travail d’Adewumi apparaît presque comme un acte de résistance. Une œuvre d’une telle densité exige incubation et patience. Les idées, lorsqu’elles brûlent trop intensément à leur naissance, doivent être digérées avant de pouvoir se traduire pleinement en son. Ce n’est pas une musique destinée à la consommation passive. Elle requiert, et récompense, une écoute active.

Cette intensité pourra dérouter certains auditeurs. Adewumi ne cherche pas à séduire selon des codes convenus. Pas de crescendos faciles, pas d’effets calibrés pour l’applaudissement. La densité intellectuelle de ses compositions appelle des écoutes répétées. Mais cette exigence n’est pas exclusion; elle est fidélité. La musique refuse la simplification parce que les réalités qu’elle interroge refusent elles-mêmes toute simplification.

Si tant d’observateurs se disent impressionnés par Adewumi, c’est peut-être parce qu’il incarne une part de nous-mêmes que l’on tente souvent d’effacer : la conviction que l’art peut encore agir comme conscience. Qu’il peut questionner le pouvoir. Qu’il peut contenir, dans un même souffle, le sacré et l’effondrement.

La flamme sous le silence n’est pas une métaphore de destruction. Elle est endurance. Elle est cette chaleur persistante de la réflexion dans une société portée au vacarme. Et lorsque le trompettiste élève son instrument pour une dernière phrase, laissant la note s’affiner, vaciller puis se dissoudre, le silence qui s’installe ne paraît pas vide.

Il semble éclairé.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, February 27th 2026

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To Buy This Album

Website

Musicians :
Dave Adewumi, composer, trompeter
Joel Ross, Vibes
Linda May Oh, Bass
Marcus Gilmore, drums

Track Listing :
The Flame Beneath The Silence
Is
Abandon
Breach The Gap
Infinite Loop
Pensive
The Vine
Out Cry
If I Need To Do This Again I’m Going To Throw A Fit
The Light You Left Behind

Produced by Jimmy Katz & Dave Adewumi for Giant Step Arts Non-Profit, 02025
Special thank you to arts visionaries Rie Yamaguchi-Borden & Mitch Borden of Ornithology in Brooklyn, New York, for their generosity.
All Compositions © by Dave Adewumi
Recorded b y Jimmy Katz & James Kogan Live At Ornithology, Brooklyn New York, July Gsth & 7th, 2024
Mixed and Mastered by Jimmy Katz with Dave Darlington
Photography & Design by Jimmy & Dena Katz with Carl Chisolm