Craig Taborn, Nels Cline, Marcus Gilmore – Trio of Bloom (FR review)

Pyrolastic records – Street Date: September 25, 2025
Jazz
Craig Taborn, Nels Cline, Marcus Gilmore – Trio of Bloom

Quand un album s’ouvre sur un solo de batterie envoûtant…

Comment un trio de jazz peut-il capter l’attention d’un critique qui reçoit chaque année des centaines d’albums? Peut-être en commençant par une provocation. Si un batteur peut vous irriter en moins de trente secondes, Marcus Gilmore, toujours aussi élégant dans son toucher et d’une inventivité inépuisable, choisit, lui, de désarmer. Il ouvre ce disque par un solo à la fois grisant et poétique, une incantation rythmique tour à tour musculeuse et aérienne. Ses frappes claires et tendues laissent entrer la guitare et la contrebasse avec l’assurance d’un architecte posant les fondations d’une cathédrale. Dès les premières mesures, l’évidence s’impose: cet album ne s’adresse pas aux puristes, mais bien aux auditeurs curieux, à ceux qui savent apprécier des propositions résolument contemporaines, nourries d’une multitude de langages musicaux.

Le nom même de Trio of Bloom évoque la genèse et l’épanouissement, trois musiciens qui fleurissent en quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. Craig Taborn aux claviers, Nels Cline à la guitare, Marcus Gilmore à la batterie: trois voix singulières, toutes trois insatiables dans leurs explorations, réfractaires aux étiquettes, et prêtes à s’aventurer dans l’inconnu. Pour leur premier album, paru le 26 septembre 2025 sur le label Pyroclastic Records, ils se retrouvent pour la première fois en studio. Ce qui en sort n’est pas seulement un enregistrement, mais un organisme vivant, luxuriant, rayonnant, sensuel, à l’image des fleurs qui ornent la pochette.

La graine de ce projet a été semée par le producteur et poète David Breskin, compagnon de route des trois musiciens et grand ordonnateur d’alliances improbables. «Je cherche toujours à grandir et à bâtir des ponts», explique Breskin. «J’aime réunir des gens qui s’admirent de loin mais qui ne se sont jamais croisés. Je n’avais aucune idée de ce que donnerait cette rencontre, et c’est précisément ce qui m’enthousiasme.»

Écouter ce disque revient à pénétrer une cité inconnue dessinée par la logique des rêves. On songe aux paysages fantastiques de François Schuiten et Benoît Peeters dans Les Cités Obscures, ces mondes parallèles où l’architecture semble vivante, où l’émerveillement se mêle à l’inquiétude. La musique du trio dégage la même charge d’étrangeté: urbaine, intellectuelle, teintée de surréalisme, conçue pour des esprits en mouvement, avides d’absorber l’altérité pour mieux se réinventer.

Conceptuellement, Trio of Bloom remonte aussi près de quarante ans en arrière, jusqu’à Strange Meeting (1987), unique enregistrement du groupe Power Tools réunissant Bill Frisell, Melvin Gibbs et Ronald Shannon Jackson, également produit par Breskin. Cette session alchimique est devenue un repère pour des générations de musiciens transgresseurs de genres, parmi lesquels Cline et Taborn. La parenté entre les deux projets ne réside pas dans l’imitation, mais dans l’esprit: une vitalité kaléidoscopique, une férocité commune. «Ce précédent, atypique, ouvert, traversé d’accents rock, a été pour moi une inspiration libératrice», reconnaît Cline.

Mais un tel projet exige plus que la virtuosité: il requiert une culture vaste et un attachement intransigeant à la liberté. Chez Taborn, Cline et Gilmore, cette liberté n’est pas une posture, mais une nécessité. «Ma première réaction fut un mélange d’excitation et de crainte», confie Cline. «Ce sont de véritables génies. J’ignorais quel serait le modus operandi, mais nous avons trouvé tant de points communs, tant d’affinités.»

On pourrait parler des heures durant de ce trio inspirant. Mais le mieux reste de l’écouter. Cet album est une traversée de séduction et de surprise, une œuvre qui récompense l’immersion et promet une intensité décuplée en concert. Trio of Bloom n’est pas seulement la rencontre de trois musiciens: c’est l’ouverture d’un monde sonore nouveau, à la fois enraciné dans l’histoire et totalement inexploré.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, August 28th 2025

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To buy this album

Musicians:
Craig Taborn – keyboards
Marcus Gilmore – drums and percussion
Nels Cline – 6-string and 12-string guitars, lap steel guitar, bass on tracks 4 and 10

Track Listing:
Nightwhistlers
Unreal Light
Breath
Queen King
Diana
Bloomers
Why Canada
Forge
Bend It
Gone Bust

Produced by David Breskin
Recorded and mixed by Ben Greenberg
Tracking: November 24-26, 2024 at The Bunker, Brooklyn
Mixing: April 1-3, 2025 at Circular Ruin Studio, Brooklyn
Mastering: Scott Hull, Masterdisk, Peekskill, NY
Musician photography and videography: Frank Heath
Album design: Spottswood Erving and July Creek for Janky Defense
Flower paintings © Sharon Core from her project Facsimile: Irving Penn, Flowers, 2025. Courtesy Yancey Richardson.

Thanks to Yancey Richardson and Archie Caride, and to Sharon Core for the generous use of her paintings.
Thanks also to Isabel Breskin, Barbara Ruhman, Elizabeth Penta, Ben Greenberg, Brandon Seabrook, Scott Hull, Dianne McKeever, and Kris Davis.