COLTER WALL – COLTER WALL

Young Mary's Records / Thirty Tigers / Modulor
Country, Folk

Pour le premier essai de ce Canadien inconnu de 21 ans, la critique ébahie jette à la volée les références à Bob Dylan, Ray Lamontagne et Johnny Cash. Guère faciles à porter pour de si jeunes épaules, ces comparaisons n’en ratent pas moins le proverbial éléphant dans le living room, puisque le nom qui vient à l’esprit dès la première écoute s’avère celui du regretté Townes Van Zandt. C’est dire si l’on change de registre, puisque dans la catégorie “Grand Maniaco-Dépressif Maudit”, l’ermite texan n’avait guère connu d’héritier crédible à ce jour. “Me And Big Dave” (son rythme de valse morne et sa steel guitar qui miaule en arrière-plan), “Kate McCannon”, “Snake Mountain Blues”, “Bald Butte” ou “Codeine Dream” (sur lequel il cite, comme par hasard, “Waiting Around To Die”) confirment cependant bien cette filiation. Il y a certes aussi du Johnny Cash chez Colter Wall, comme en témoignent des country tunes telles que “Motorcycle” ou “You Look To Yours”. Malgré son âge précoce, le lascar n’est pourtant pas un perdreau de l’année, puisqu’il officia, dans son Saskatchewan natal, au sein d’une formation bluegrass (comme en atteste son picking consommé). Et quand un timbre féminin lui donne la réplique comme sur “Fraulein”, c’est carrément le ticket Gram Parsons/Emmylou Harris qui s’invite au comptoir. Bref, ce garçon ne semble pas avoir froid aux yeux sous son stetson, et il faut bien reconnaître que sa voix mature, son écriture ciselée et son jeu subtil lui confèrent une incontestable autorité. Pour un coup d’essai, voici donc déjà un coup de maître. Par ces temps futiles, on ne sait quel avenir lui prédire, mais ce premier album n’en demeure pas moins de ceux qui refusent de quitter la platine. Un signe qui trompe rarement.
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Patrick Dallongeville
Paris-Move, Blues Magazine, Illico & BluesBoarder
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