CHRIS HILLMAN – Bidin’ my Time

Rounder
Folk, Rock

Envoyez moi interviewer n’importe qui: Clapton, Eric Burdon, Gary Brooker, Edwyn Collins ou Paul Weller, même pas peur. Après tout, comme disait ma grand-mère, ces gens là ne font-ils pas caca comme tout le monde? Mais les ex-Byrds, pas touche. Ces types occupent un tel statut dans mon panthéon personnel que mon palpitant pourrait lâcher si je devais en croiser un au détour d’un couloir ou d’un ascenseur. Alors imaginez, ce nouveau skeud de Chris Hillman…
J’en ai décacheté le cellophane en tremblant, et le dénommé Parkinson n’y est pas pour grand chose. Bon Dieu, je les ai usés jusqu’à la trame, leurs “Mr Tambourine Man”, “Turn, Turn, Turn”, “Younger Than Yesterday” et tout le Saint-Frusquin… McGuinn, Gene Clark, Crosby et leur beau gosse de batteur, le regretté Michael Clarke (claqué d’une cirrhose, comme son quasi-homonyme au sein du line-up originel). Ces larrons représentaient bien davantage que les Beatles américains, cette invention de publicistes plus demeurés que leurs cibles. Les Byrds accouchèrent de ce courant qu’on appellerait plus tard l’americana: le chaînont manquant entre Merle Travis, Pete Seeger et les Eagles. Leur descendance fut plus conséquente encore: du Buffalo Springfield à CSNY, en passant par les Burritos, le Dead de “American Beauty”, Lone Justice, REM et Green On Red, combien de musiciens américains (du moins parmi les Blancs) peuvent-ils prétendre ne rien devoir aux Byrds?
Ce n’est pas le regretté Tom Petty qui m’aurait contredit, lui qui apparaissait déjà aux côtés de Roger McGuinn lors de son “Back From Rio” de 1990, et dont ce disque de Chris Hillman constitue l’ultime production. Comme pour les Beach Boys ou les Beatles, tandis qu’on s’extasiait sur le talent de leurs leaders, un cadet s’y épanouissait dans l’ombre. Chez les Byrds, c’était leur effacé bassiste.
Initialement venu du bluegrass (comme McGuinn) et plus doué au banjo qu’à la basse électrique (en dépit d’un nombre de cordes similaire), Chris Hillman avait alors (comme Roger Daltrey) d’autres soucis. En l’occurrence, celui de faire tenir en casque doré façon Brian Jones sa propre tignasse, naturellement frisée. Il fallut attendre leur quatrième album avant que les autres talents d’Hillman n’éclosent au grand jour et qu’il délivre enfin des compositions et des figures harmoniques dignes de celles de ses relatifs aînés. Subjugué par Gram Parsons, c’est à ses côtés qu’il fonda ensuite les Flying Burrito Brothers, signant au passage l’avènement d’un country-rock qui ne tarda pas à submerger (pour le meilleur et pour le pire) une Amérique en perpétuelle recherche de ses racines.
Son demi-siècle d’aventures ne s’arrêta certes pas là, mais alors, et ce disque, à la fin?
Tout doux, mes agneaux, c’est le genre d’élixir que l’on déguste, bien davantage qu’on ne s’en bâfre. Il faut commencer par réprimer une larme quand la cérémonie s’ouvre sur une terrassante version du “Bells Of Rhymney” de Pete Seeger, qui figurait déjà sur le tout premier album des ‘Oyseaux’. David Crosby est passé y assurer les chœurs aux côtés de John Jorgenson (autre comparse de la galaxie byrdsienne). La plage titulaire à l’ironie acerbe (“j’attends mon heure”…!!) voit Chris Hillman empoigner sa mandoline aux côtés d’une steel-guitar qui couine comme à Bakersfield. Tom Petty souffle dans un harmo dylanesque sur le bluegrass “Given All I Can See”. Il croisera ensuite le manche avec la 12 cordes de Roger McGuinn, venu revisiter avec son vieux complice leur “Here She Comes Again” commun. Chris en fera autant de leur classique “Old John Robertson” ainsi que du foudroyant “She Don’t Care About Time” de Gene Clark (où le fameux solo transposant “Jésus Que Ma Joie Demeure” de Bach est préservé). Herb Pedersen, qui côtoie Hillman et Jorgenson au sein du Desert Rose Band, reprend à leurs côtés le “Walk Right Back” de Sonny Curtis. Il va sans dire que le grand frisson parcourt la plupart de ces plages, sans que la nostalgie suffise à le résumer seule. Une time-capsule inespérée: Chris Hillman aura 75 ans le 4 décembre prochain, et ni sa voix ni son inspiration n’en accusent la moindre érosion!
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Patrick Dallongeville
Paris-Move, Blues Magazine, Illico & BluesBoarder
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