Charlie Apicella & Iron City – Live in NYC (FR review)

Zoho Music – Street date : February 6, 2026
Blues, Jazz
Charlie Apicella & Iron City - Live in NYC

Charlie Apicella – Live in NYC: là où le blues et le jazz se rencontrent sans frontières

Enregistré à New York, ville où l’histoire du jazz et sa réinvention permanente se croisent sans cesse, Live in NYC saisit le guitariste Charlie Apicella à un moment de synthèse. Dans un paysage musical saturé de virtuoses et de croisements stylistiques, cet album se distingue non par l’esbroufe ou le volume, mais par la clarté d’une voix artistique. C’est, tout simplement, l’un des moyens les plus efficaces de comprendre qui est Charlie Apicella.

Il y a tant de musiciens sur la planète que même un extraterrestre pourrait y perdre la tête, et, ce faisant, passer à côté d’un artiste comme Charlie Apicella. Jusqu’à récemment, ma propre connaissance de son travail provenait surtout des lecteurs de DownBeat, qui l’ont classé aux positions 84 et 86 de leurs sondages annuels. Mais les références s’accumulent rapidement: Apicella est conférencier et conservateur pour la succession de Yusef Lateef; il a collaboré avec des institutions telles que le Lincoln Center, l’Université Vanderbilt, le Williams College et la Fondation des festivals de jazz et de musique folk de Newport; il a enregistré ou partagé la scène avec des artistes comme Dave Holland, Sonny Fortune, John Blake Jr. ou encore Avery Sharpe. Lorsqu’un album comme Live in NYC vous tombe enfin entre les mains, il devient difficile de ne pas s’y attarder de près.

Cette attention est immédiatement récompensée. L’album s’ouvre sur une relecture de «Oye Como Va», et dès les premières mesures, il est clair qu’Apicella n’a aucune intention d’emprunter le chemin balisé par Carlos Santana. Il s’aventure ailleurs, dans un registre fondé sur le détail, la retenue et une finesse de jeu qui lui est entièrement propre. La musique évolue à l’intersection du blues et du jazz, évoquant par moments la précision souple d’un Keb’ Mo’, où liberté et contrôle coexistent sans jamais s’opposer.

Jeune guitariste, Apicella a rencontré son idole, B.B. King, qui lui a transmis de précieux conseils et partagé des anecdotes visiblement déterminantes. Cette influence affleure de multiples façons, mais s’exprime plus directement dans «Remembering B.B. King», un hommage qui évite toute imitation pour privilégier le respect et la filiation. Il ne s’agit pas d’une citation, mais d’un dialogue à travers le temps.

Ce qui rend Live in NYC particulièrement convaincant, c’est la manière dont Apicella habite simultanément deux traditions. Le blues et le jazz ne sont ni opposés ni utilisés comme des étiquettes, mais comme des langages complémentaires. Seuls deux morceaux de l’album sont empruntés à d’autres artistes, et même ceux-là peuvent rappeler certains enregistrements des années 1970 ou 1980. Le jeu d’Apicella demeure d’une élégance constante, et très vite la question du genre disparaît au profit de celle du contenu.

Sous une apparente accessibilité se cache une complexité structurelle réelle. C’est une musique qui exige une précision quasi horlogère; sans cela, ce type de fusion risquerait de sombrer dans un agréable mais anodin fond sonore. Ici, le piège est évité. Apicella révèle une maîtrise certaine de la composition et de l’arrangement, sachant placer chaque note avec justesse pour un impact maximal, sans surcharge.

L’album s’inscrit également dans un contexte où cette approche hybride prend tout son sens. À l’heure où le public redécouvre la valeur du live et s’affranchit de frontières stylistiques trop rigides, Live in NYC semble en phase avec un mouvement plus large, privilégiant la fluidité à la pureté et la profondeur à la catégorisation. L’ambiance oscille entre l’intimité d’un club et l’ampleur d’une scène de festival. L’orgue Hammond ancre le propos dans la tradition, tandis que les rythmes glissent habilement entre influences latines, blues, soul et jazz, dans un mouvement constant mais jamais forcé.

Avant tout, Live in NYC est un album de plaisir. Apicella y rend hommage non seulement à B.B. King, mais aussi à Jimi Hendrix, là encore sans chercher à les imiter. Il propose plutôt son propre regard sur leur héritage, filtré par une sensibilité contemporaine. Il en résulte un disque rare, capable de séduire aussi bien les amateurs de blues que les passionnés de jazz. Pour ceux habitués à des musiques très cérébrales ou particulièrement denses, l’album offre également une forme de respiration : une profondeur réelle, sans lourdeur.

Il convient enfin de rappeler que Charlie Apicella a également publié deux albums chez OA2 Records — Groove Machine (2018) et The Griot Speaks (2022) — disponibles ICI.

Au final, Live in NYC s’impose précisément parce qu’il refuse de choisir un camp. C’est un album d’équilibre, entre tradition et singularité, complexité et évidence, respect et invention, et c’est ainsi qu’il révèle Charlie Apicella avec une netteté remarquable.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, January 29th 2026

Follow PARIS-MOVE on X

::::::::::::::::::::::::

To Buy this album

Website

 

Musicians :
Charlie Apicella, guitar
Brad Whiteley, organ
Juma Sultan, congas
Austin Walker, Dream

Track Listing :
Oye Como Va
Lemond Rind
B.B King
Idris
64 Cadillac
Remembering Jimmy Hendrix
Big Boss
Can’t Help Falling In Love
Sparks