| Americana, Country, Folk |
À l’instar de la soul, de la country, du reggae et du blues, le folk n’est pas près de se laisser enterrer de sitôt. Désormais souvent classé en tant que subdivision de l’Americana, ce courant vernaculaire n’en a toutefois jamais rompu avec son étymologie: la musique du peuple, ainsi que le proclamaient Woody Guthrie, Phil Ochs et Pete Seeger. Celle des vraies gens, colportant leurs peines quotidiennes comme leurs aspirations les plus transcendentales, et véhiculant au passage un patrimoine en perpétuelle renaissance. Native de l’Ontario canadien (et métisse native nation), Cat Clyde migra avec ses parents pour Perth (sud-ouest du continent austral), son dixième anniversaire à peine sonné. Ceux-ci y tenaient un magasin de musique, mais c’est avec un voisin qu’elle se piqua d’apprendre la guitare en autodidacte, avant d’intégrer les Shitbats (“chauves-souris de merde“, formation surf-punk bien en phase avec l’adolescence attardée), tout en poursuivant des études musicales assidues. Un premier album solo en 2017, “Ivory Castanets”, sera suivi de deux autres (le dernier, “Down Rounder”, date de 2022), mais ce “Mud Blood Bone” n’en constitue pas moins une étape importante dans sa carrière. Capté à Athens en Georgie (fief de REM et des B-52’s) sous la houlette du producteur Drew Vandenberg (Of Montreal, Faye Webster, Toro Y Moi, S.G. Goodman, Drive-By Truckers), Cat s’y entoure des guitaristes Matt Stoessel et Liam Duncan (alias Boy Golden), ainsi que du bassiste Robby Handley, du claviériste Eric Olson et du batteur Charles LaMont Garner. Sur un lazy chunk-a-beat, l’appalachian country électrifié “Where Is My Love” rappelle les élucubrations jubilatoires d’Arlo Guthrie circa “Alice’s Restaurant”, tandis que le véhément “Man’s World” évoque carrément le Dylan de “Maggie’s Farm”. Cat calme le jeu avec le mid-tempo “Wild One” (où son yodel s’adoucit en un drawl énamouré), avant de livrer, avec le picking délicat de “Dark Back”, l’une des rares pépites strictement folk de cette collection. C’est sur un mambo beat chaloupé qu’elle dévide ensuite un “Hold My Hand” que n’aurait pas renié J.J. Cale, ponctué d’un orgue Hammond sinueux et entrelacé de guitares sensibles dans la veine de l’ermite de Tulsa. Un piano minimaliste à la Satie sous-tend l’introspectif “I Am Now”, dont le bluesy mood vous touche au cœur, comme seules des princesses aux pieds nus telles que Karen Dalton et Billie Holiday surent le faire jadis. Un classique du même calibre que le “Lilac Wine” de James Shelton, si vous voyez de quoi il retourne. Et puisqu’on en est presque à convoquer Leonard Cohen, l’adaptation en three-steps atmosphérique du “My Love” de Marty Robbins déploie les grands espaces comme en Panavision, avec sa surf-guitar décalée, ses sifflements façon Morricone et le chant déclamatoire de la Clyde en grande prêtresse de l’amour. Sur un rockabilly noise éperdu, le bref “Wanna Ride” réalise pleinement ce qu’il énonce, avant qu’à-peine plus longue, la lullaby “Night Eyes” ne campe un vaudeville rag nimbé de cordes vacillantes, et qu’avec sa slide débridée, “Press Down” n’embarque le Paul Butterfield Blues Band sur les travées de Memphis Minnie. Ce pandemonium roots se conclut sur le hagard “Another Time”, où le fantôme de Loretta Lynn se confronte à son propre reflet dans la salle de bains de Rosanne Cash. Si j’étais membre du jury du Grand Ole Opry, j’absoudrais Cat Clyde de ses entorses répétées aux canons du genre, pour l’admettre à bras ouverts dans le Ryman Auditorium. Pochette certes discutable (rien vu de plus chelou depuis le premier Gun Club), mais grand disque tout de même. This girl’s for real, mind you.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, March 26th 2026
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