Brian Bromberg – Awakening (FR review)

Shanachie – Street date : October 16, 2026
Jazz
Brian Bromberg – Awakening

S’il fallait trouver un point commun entre l’élégant Bob James et Brian Bromberg, ce serait sans doute cette capacité assez rare à traverser les différents territoires du jazz sans jamais donner l’impression de perdre leur identité. Du jazz le plus classique au smooth jazz, de la fusion au funk, de l’acoustique à l’électrique, tous deux ont cette faculté de faire circuler la musique plutôt que de la laisser s’enfermer dans les catégories que l’industrie culturelle aime tant lui assigner. Chez eux, le genre n’est jamais une frontière. Il est un langage en mouvement, un espace suffisamment vaste pour accueillir la tradition, la modernité, la mélodie, le groove et, surtout, la rencontre. Brian Bromberg appartient depuis longtemps à cette famille de musiciens pour lesquels la virtuosité n’est pas une fin en soi. Elle constitue un outil, parfois spectaculaire, mais toujours au service d’une conception plus large de la musique.

Avec Awakening, son nouvel album chez Shanachie, et un disque qui s’inscrit comme un nouveau chapitre particulièrement personnel de sa carrière, le bassiste ne cherche pas simplement à démontrer qu’il maîtrise encore son instrument. Il semble vouloir raconter quelque chose de beaucoup plus intime : le retour à la vie, à la création et à la liberté après une période où tout, ou presque, avait été remis en question. Pour ce nouvel album, qui vient prolonger une discographie déjà considérable et marque une nouvelle étape dans son parcours de leader, Bromberg s’entoure d’amis prestigieux : Dave Koz, Paul Brown, Euge Groove, Everette Harp, David Benoit, Marion Meadows et Michael Paulo. Pour les auditeurs de Bayou Blue Radio, ces noms ne sont évidemment pas inconnus. Ce sont des artistes que nous entendons régulièrement et dont je me suis moi-même souvent fait l’écho au fil de leurs nouvelles productions. Leur présence sur Awakening n’a donc rien d’une simple opération de prestige destinée à aligner quelques grands noms sur une pochette. Elle correspond à une conception de la musique que Bromberg pratique depuis longtemps : faire de chaque collaboration une véritable rencontre. Il ne demande pas à ses invités de venir se fondre dans un disque déjà entièrement construit autour de sa propre personnalité. Il compose, arrange et joue en tenant compte de la singularité de chacun. La musique semble ainsi se construire de l’intérieur, morceau après morceau, comme si le bassiste cherchait moins à imposer une direction qu’à créer les conditions d’un dialogue.

C’est  ce qui donne à l’album cette impression de chaleur et de naturel, malgré une production particulièrement maîtrisée. Cette manière de travailler explique aussi pourquoi la présence de Dave Koz paraît presque évidente. Il existe entre les deux musiciens une forme de complicité qui dépasse la simple addition de deux signatures reconnues du jazz contemporain. Le saxophoniste, dont le dernier album reposait lui-même sur le principe du duo et de la rencontre, retrouve ici un musicien qui partage cette même conception de la conversation musicale. The Dance We Never Had est à cet égard l’un des moments les plus intéressants du disque. La basse de Bromberg et le saxophone de Koz ne cherchent jamais à se neutraliser ni à se voler la lumière. Ils se répondent. Chacun laisse à l’autre suffisamment d’espace pour que le morceau respire. Il aurait été facile de transformer une telle association en démonstration de virtuosité, deux musiciens de ce niveau ayant évidemment les moyens de remplir chaque mesure. Ils choisissent au contraire la retenue, et c’est précisément cette retenue qui rend leur échange aussi convaincant. On retrouve là l’une des qualités fondamentales du jazz : la musique naît moins de ce que l’on joue que de ce que l’on accepte de laisser jouer à l’autre.

Danny Weiss, vice-président du département Jazz A&R de Shanachie Entertainment, a résumé la singularité de Bromberg en soulignant son aptitude à jouer du jazz au plus haut niveau tout en conservant une capacité exceptionnelle à toucher et à communiquer avec un public large. Il le rapproche de figures comme Stan Getz, Wes Montgomery et Oscar Peterson. Ce genre de comparaison peut toujours sembler périlleux, surtout lorsqu’il s’agit de musiciens dont les trajectoires et les langages furent aussi différents. Mais elle prend un autre sens lorsque l’on regarde réellement le parcours de Bromberg. Celui-ci a travaillé avec des personnalités aussi différentes que Stan Getz, Herbie Hancock, Dizzy Gillespie, Sarah Vaughan, Andrea Bocelli, Lalo Schifrin, Kenny Barron et bien d’autres. Cette liste dit quelque chose de plus important que la simple accumulation de collaborations prestigieuses : elle montre la capacité d’un musicien à entrer dans des univers extrêmement différents sans y perdre sa propre voix. Peu de bassistes ont pu évoluer avec une telle liberté entre jazz, musique populaire, studio, fusion, musique de film et smooth jazz. Ayant eu la chance de chroniquer pratiquement tous les albums de Brian Bromberg, je peux d’autant plus facilement comprendre les propos de Danny Weiss.

Ce qui me frappe chez Bromberg n’est pas seulement son extraordinaire maîtrise technique, mais sa capacité à comprendre ce que chaque contexte musical exige de lui. Il serait d’ailleurs réducteur de parler de lui uniquement comme d’un bassiste virtuose. Bromberg est également un compositeur, un arrangeur, un producteur et un chercheur de son. Sa relation avec la basse a toujours dépassé les fonctions traditionnelles que l’on attribue à l’instrument. Il a notamment développé un travail très personnel autour de la basse piccolo, jusqu’à lui donner une place mélodique qui pouvait parfois faire oublier sa fonction originelle. Dans son jeu, la basse peut être fondation, contrepoint, voix principale ou partenaire. Elle peut soutenir le groupe puis, l’instant suivant, prendre la parole. Mais ce qui compte surtout, c’est que cette démonstration technique n’a jamais totalement pris le dessus sur le musicien. Bromberg sait que la virtuosité ne vaut que lorsqu’elle produit quelque chose qui dépasse la virtuosité elle-même. Awakening prend alors une dimension particulière parce qu’il ne peut être dissocié de ce qui est arrivé à son auteur. Cet album aurait pu ne jamais voir le jour. En décembre 2023, Bromberg traverse une succession d’événements qui bouleversent profondément son existence. Sa relation avec sa fiancée prend fin et il doit quitter leur maison d’Ojai, en Californie. Il ne quitte pas simplement un lieu. Il laisse derrière lui une vie, des habitudes, un studio d’enregistrement et surtout ses animaux, ses chiens, ses chats et ses chevaux, qu’il considère comme sa famille.

Pour quelqu’un dont l’existence personnelle et professionnelle est intimement liée à son environnement de création, cette rupture représente un véritable arrachement. Bromberg a raconté combien cette séparation avait été douloureuse, notamment parce que ses animaux constituaient une présence quotidienne et affective essentielle. Un ami lui offre alors refuge dans son ranch, à plus de 160 kilomètres de là. Il faut recommencer à vivre autrement, dans un décor différent, alors que tout ce qui constituait jusque-là une forme de stabilité vient de disparaître. À cette rupture s’ajoute une intervention chirurgicale de la cataracte, qui l’oblige à multiplier les déplacements vers Santa Barbara pour l’opération et les contrôles médicaux.

Puis vient l’accident. Alors qu’il s’administre les gouttes antibiotiques prescrites après l’intervention, dans un environnement nouveau et mal éclairé, Bromberg perd l’équilibre et tombe sur un sol en béton. Il se brise le dos et se blesse aux doigts de la main droite. Le détail n’est évidemment pas anodin lorsqu’il s’agit d’un bassiste. Chez un musicien, le corps n’est jamais seulement le corps : il constitue l’interface avec l’instrument, le premier outil de création. Les mains, le dos, les doigts, la mobilité et la précision deviennent alors les conditions mêmes de l’existence artistique. Bromberg se retrouve soudain confronté à une situation dans laquelle il ne peut plus simplement faire ce qu’il fait depuis toute une vie. Pendant des mois, la douleur et l’immobilité s’installent. Il se retrouve seul, nostalgique de son existence précédente, incapable de savoir avec certitude ce que l’avenir lui réserve. Il faut comprendre cette dimension physique pour saisir ce que signifie réellement le titre Awakening. Il ne s’agit pas seulement d’un joli mot choisi pour donner une cohérence symbolique à un album.

Bromberg parle lui-même d’un réveil après une période terriblement douloureuse de sa vie. Il évoque une énergie nouvelle, de nouveaux objectifs, une nouvelle confiance et la sensation de se réapproprier pleinement son existence. Cette expression est importante parce qu’elle ne parle pas simplement de guérison. Elle parle de reconstruction. Il ne s’agit pas nécessairement de revenir à ce qui existait avant, mais de découvrir ce qui peut exister après. La nuance est essentielle. Lorsqu’une vie a été brutalement déplacée, le véritable défi n’est pas toujours de retrouver exactement ce que l’on a perdu. Il consiste parfois à accepter que cette vie appartient désormais au passé et à inventer une autre manière d’avancer. C’est exactement ce que l’on entend dans l’album. Awakening aurait pu être un disque de revanche, une démonstration de force destinée à proclamer le retour du virtuose après l’épreuve. Bromberg aurait eu toutes les raisons de jouer plus fort, plus vite, plus démonstrativement. Or il choisit presque l’inverse. Le disque est techniquement irréprochable, mais il ne semble jamais obsédé par la technique. La basse est partout, naturellement, mais elle n’écrase pas les autres instruments. Bromberg semble davantage intéressé par la construction d’un groupe différent à chaque morceau que par l’affirmation permanente de son propre statut.

Sa basse devient un élément parmi d’autres, un instrument capable de se mettre en retrait lorsque le morceau l’exige et de revenir au premier plan lorsqu’elle doit raconter quelque chose. Cette modestie apparente constitue peut-être l’une des grandes forces du disque. C’est particulièrement sensible dans les collaborations avec Dave Koz, Paul Brown, Marion Meadows ou David Benoit. Chacun apporte son langage, sa couleur, son histoire musicale. Mais au lieu de juxtaposer ces personnalités, Bromberg les intègre à un ensemble cohérent. Le résultat n’est jamais uniforme, et c’est heureux. Chaque morceau possède sa propre respiration. Chaque invité semble avoir été choisi non seulement parce qu’il est excellent, mais parce qu’il peut révéler une facette différente de la musique du bassiste. C’est cette capacité à faire varier les perspectives qui empêche Awakening de devenir un simple exercice de style.

L’album appartient au jazz contemporain et au smooth jazz, mais il ne semble jamais vouloir se conformer à une formule précise. Il préfère évoluer au gré des rencontres. Cette approche rappelle d’ailleurs une réalité trop souvent oubliée à propos du smooth jazz. Le genre a parfois été réduit à une musique de confort, à une succession de productions parfaitement polies mais interchangeables. Pourtant, une partie de ses meilleurs représentants n’a jamais accepté cette simplification. Dave Koz, Euge Groove, Everette Harp, Marion Meadows, Paul Brown ou Michael Paulo appartiennent précisément à cette génération de musiciens capables de faire une musique immédiatement accessible tout en conservant une vraie culture du jazz, du groove et de l’improvisation. Brian Bromberg se situe dans cette même zone de circulation. Son travail montre qu’il n’existe aucune contradiction fondamentale entre sophistication musicale et accessibilité. La véritable question est ailleurs : que fait-on de cette maîtrise ? Chez Bromberg, elle sert à raconter. Le morceau The Dance We Never Had résume peut-être mieux que tout autre cette philosophie. Son titre porte déjà une forme de regret, l’évocation d’une danse qui n’a jamais eu lieu, d’un moment absent, d’une possibilité qui appartient désormais au domaine du souvenir ou de l’imaginaire. Mais la musique refuse de rester prisonnière de cette absence. Avec Dave Koz, Bromberg transforme le regret en dialogue. C’est là que l’on retrouve ce qui fait les grands moments de jazz : une émotion personnelle qui, parce qu’elle n’est pas expliquée jusqu’à l’épuisement, devient disponible pour celui qui écoute. Chacun peut y projeter sa propre histoire. Le musicien ne dit pas tout. Il laisse de la place à l’auditeur.

Le même phénomène apparaît dans Ojai, morceau dont le titre renvoie directement à un lieu devenu indissociable de cette période de la vie de Bromberg. Ojai pourrait facilement être traité comme une pièce nostalgique, un adieu à une existence révolue. Il n’en est rien. La musique semble plutôt regarder ce lieu depuis une certaine distance, comme on regarde une photographie dont on sait qu’elle appartient à une autre époque. Cette capacité à ne pas confondre mémoire et enfermement est probablement ce qui donne à l’album sa maturité. Bromberg ne cherche pas à effacer ce qui lui est arrivé. Il ne cherche pas davantage à en faire le centre permanent de son œuvre. Il l’intègre et continue. What Could Have Been, avec David Benoit, pousse encore plus loin cette interrogation sur les vies possibles. Ce qui aurait pu être, ce que l’on imaginait autrefois et qui ne s’est finalement pas réalisé, constitue une expérience universelle. Nous avons tous, à un moment ou à un autre, connu cette confrontation avec les chemins abandonnés. Mais l’intérêt du morceau réside justement dans le fait qu’il ne fournit pas une réponse. Il ne cherche pas à expliquer. Il suggère. Et cette suggestion vaut davantage qu’un récit trop précis, parce qu’elle permet à la musique de sortir du seul cadre autobiographique de Bromberg. Puis arrive So in Love, So Alone, qui clôt l’album avec une émotion particulière. Là encore, il serait tentant de chercher une correspondance directe entre le titre et les événements vécus par le musicien. Elle existe probablement. Mais l’œuvre ne se résume pas à cette correspondance. Ce qui est intéressant, c’est la manière dont un sentiment aussi personnel que la solitude peut devenir une matière musicale sans être transformé en confession. Bromberg ne demande pas à l’auditeur de connaître les détails de son histoire pour comprendre la musique.

Il lui offre simplement un espace dans lequel cette émotion peut résonner. Et c’est précisément cette distance qui permet au morceau de toucher. Il y a dans Awakening une autre dimension que je trouve particulièrement intéressante : la manière dont Bromberg semble avoir accepté de ne plus être obligé de prouver quoi que ce soit. Après une carrière aussi longue, avec une discographie aussi importante et des collaborations aussi nombreuses, il pourrait facilement se contenter de reproduire une formule qui fonctionne. Ce serait probablement plus simple. Mais ce n’est manifestement pas son tempérament. Son parcours a toujours été marqué par une volonté d’explorer. Il a consacré des projets à des figures aussi différentes que Jaco Pastorius, Jimi Hendrix ou Scott LaFaro. Il a travaillé avec des musiciens venus d’horizons très éloignés. Il a exploré différentes conceptions de la basse et différentes formes de production. Cette curiosité est sans doute ce qui lui permet aujourd’hui de produire un album qui ne ressemble pas simplement à un résumé de sa carrière. Car Awakening n’est justement pas un album rétrospectif. Il ne regarde pas en arrière pour célébrer ce qui a été accompli. Il regarde vers l’avant. Même lorsqu’il évoque la perte, le regret ou la solitude, il le fait depuis un présent qui semble avoir retrouvé sa capacité de mouvement. Le disque porte les traces de l’épreuve, mais il ne s’y installe jamais. C’est ce qui le rend plus intéressant qu’un simple album de témoignage. Bromberg transforme une période douloureuse en énergie créatrice, mais sans transformer la douleur en spectacle. Il ne cherche pas à nous convaincre qu’il a souffert. Il nous montre ce qu’il en a fait. Cette transformation est d’autant plus remarquable que le bassiste aurait pu être tenté de mettre son instrument au centre de tout. Après une blessure touchant précisément les capacités physiques nécessaires à son métier, il aurait été compréhensible qu’il ressente le besoin de démontrer qu’il est toujours capable de jouer. Mais le choix artistique est différent.

Il joue pour la musique. Cette distinction peut sembler subtile, mais elle change profondément l’écoute. La basse n’est plus une preuve. Elle redevient une voix. Et cette voix paraît parfois plus calme, plus consciente de son environnement, comme si l’épreuve avait modifié non seulement la vie de Bromberg, mais aussi sa manière d’habiter la musique. C’est probablement pour cela que l’album donne une impression de liberté. Pas la liberté spectaculaire du musicien qui repousse constamment les limites de la vitesse ou de la technique, mais une liberté plus intérieure. Celle qui apparaît lorsque l’on cesse de vouloir reproduire exactement ce que l’on était auparavant. Bromberg ne tente pas de refaire le disque qu’il aurait enregistré avant cette période de sa vie. Il enregistre celui qu’il est devenu après. Cette différence est fondamentale. Elle explique peut-être pourquoi Awakening possède une tonalité aussi personnelle sans jamais devenir pesant. Le disque ne demande pas à être interprété comme une confession. Il peut simplement être écouté comme un grand album de jazz contemporain. Il serait d’ailleurs injuste de réduire Awakening à son histoire personnelle. Le disque fonctionne parfaitement indépendamment du récit qui l’accompagne. On peut écouter Dave Koz dialoguer avec Bromberg sans connaître la douleur qui se trouve derrière certains morceaux. On peut apprécier Paul Brown, Marion Meadows, Euge Groove, Everette Harp, Michael Paulo ou David Benoit simplement pour ce qu’ils apportent à la musique. On peut se laisser porter par les mélodies, les arrangements et le groove sans jamais penser à la biographie du bassiste. C’est le propre d’une œuvre réussie : son contexte peut enrichir l’écoute, mais il ne doit pas la remplacer. Il y a enfin, dans la trajectoire actuelle de Brian Bromberg, quelque chose qui dépasse ce seul album. Son arrivée chez Shanachie ouvre une nouvelle période, et il serait bien présomptueux de vouloir prédire ce qu’il fera ensuite. Mais lorsque l’on connaît son parcours, une chose paraît certaine : il ne restera probablement pas très longtemps dans le même paysage. Sa carrière a toujours été construite sur le mouvement, la curiosité et la rencontre. Il est donc raisonnable d’attendre encore des projets capables de surprendre, de déplacer les frontières entre les genres et de rappeler qu’un musicien expérimenté n’est pas nécessairement un musicien installé. L’expérience peut au contraire devenir une nouvelle forme de liberté. Comme le phénix renaissant de ses cendres, Brian Bromberg est donc là, bien là, mais la métaphore mérite d’être légèrement déplacée. Il ne renaît pas exactement comme avant. Il revient différent. Et c’est sans doute ce qui donne à Awakening sa véritable valeur.

Ce nouvel album n’est pas une simple confirmation de plus dans une carrière déjà riche. Il ressemble davantage à un point de départ. La musique y est élégante sans être précieuse, virtuose sans être démonstrative, accessible sans être simpliste. Elle porte les traces d’une histoire personnelle difficile mais refuse de se laisser définir par elle. Et surtout, elle respire. Il y a de la place pour les invités, pour les mélodies, pour les silences, pour les échanges et pour cette sensation si précieuse de liberté retrouvée. Pour ceux qui suivent Brian Bromberg depuis longtemps, Awakening apporte donc quelque chose de différent. Pour ceux qui le découvrent, il constitue une porte d’entrée particulièrement intéressante dans l’univers d’un musicien dont la carrière résiste aux classifications trop faciles. Bassiste, compositeur, producteur, accompagnateur et leader, Bromberg a passé une grande partie de sa vie à démontrer qu’un instrument pouvait dépasser la fonction qu’on lui assigne. Aujourd’hui, il semble appliquer cette même idée à sa propre existence. Après avoir perdu une partie de ses repères, il en construit de nouveaux. Après avoir été contraint au silence par la douleur, il reprend la parole avec ses propres armes : une basse, des compositions, des amis et cette capacité intacte à transformer une expérience personnelle en musique.

So in Love, So Alone referme ainsi un album qui parle de solitude sans être solitaire, de perte sans être un disque de deuil, de renaissance sans tomber dans le triomphalisme. C’est peut-être là toute la réussite de Brian Bromberg : avoir compris que revenir ne signifie pas forcément retrouver ce que l’on avait perdu. Parfois, revenir signifie simplement être capable de regarder devant soi et de recommencer à jouer.

Avec Awakening, il ne referme donc pas une parenthèse. Il ouvre une nouvelle page. Et, à l’écoute de ce disque, il semble évident que cette nouvelle page pourrait bien compter parmi les plus personnelles, les plus libres et les plus humaines de son parcours.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, September 30th, 2026

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Album Release Concert:
Friday, October 16 and Saturday, October 17
Alpharetta, GA
Sets at  7:30 and 9:30 p.m.
The Velvet Note

 

To buy this album (October 16, 2026)

Website

 

Musicians :
Brian Bromberg – Bass (lead artist, producer, composer)
Tom Zink – Keyboards
Shane Theriot – Guitar
Michael White – Drums

Featured Guest Artists & Musicians:
Euge Groove – Saxophone on “California Summer”
Everette Harp – Saxophone on “Apparently Not!”
Dave Koz – Featured on “The Dance We Never Had”
Michael Paulo – Saxophone on “Candlelight” (and part of his live/touring lineup)
Paul Brown – Featured on “Ojai”
Marion Meadows – Featured on “Salutations” and “Just Be Boppin’ Around”
David Benoit – Piano/Collaboration on “What Could Have Been”

Track Listing:
Forever Friends
California Summer – featuring Euge Groove
Apparently Not! – featuring Everette Harp
The Dance We Never Had – featuring Dave Koz
The Dancer
Cherry Blossom
Awakening
Candlelight – featuring Michael Paulo
Ojai – featuring Paul Brown
Salutations – featuring Marion Meadows
What Could Have Been – featuring David Benoit
Just Be Boppin’ Around – featuring Marion Meadows
So In Love, So Alone