BRANDON GOLDBERG – In Good Time

Autoproduction
Jazz
BRANDON GOLDBERG - In Good Time

Ses quinze ans à peine sonnés, le pianiste Brandon Goldberg (de Miami) publie déjà son second album en leader (songez que son prédécesseur, “Let’s Play!”, date déjà d’avril 2019). Cet enfant prodige sur l’instrument aux ivoires (qu’il aborda dès l’âge de trois ans) se consacra tout jeune à l’étude attentive de maîtres tels que Bill Evans, Herbie Hancock, Oscar Peterson, Charlie Parker et la paire Davis-Coltrane, dont les influences déterminantes affleurent au fil des dix plages de cet album. Dès le bien intitulé “Authority”, on se trouve en effet plongé en plein carrefour bop, avec de vigoureux échanges entre les cuivres (Josh Evans, trompette et Stacy Dillard, saxophone), selon le drive irrépressible d’une rythmique à toute épreuve (Luques Curtis, basse et le regretté batteur Ralph Peterson, dont ceci témoigne de l’une des ultimes sessions). Sur le languide “Circles”, le saxo soprano de Dillard adopte ces mélismes modulés dont Coltrane se fit l’apôtre, sur un beat de valse où le drumming de Peterson rappelle celui du grand Elvin Jones sur “My Favorite Things”, et où les agréments du clavier ne s’autorisent que de furtives échappées. De même, le moody “Time”, introduit par un languide solo de trompette d’Evans, s’étire sur plus de dix minutes, et la transition d’un solo de contrebasse y précède le soprano de Dillard, tandis qu’en bienveillant leader, le benjamin du combo se tient provisoirement en retrait pour mieux laisser s’exprimer ses partenaires. Il serait toutefois erroné de prétendre y discerner la moindre pusillanimité, puisque son clavier décolle à la sixième minute de cette prise, confirmant un talent où l’élégance d’un Erroll Garner le dispute à l’inventivité de Bud Powell. L’adaptation du “Nefertiti” de Wayne Shorter prend des accents circassiens, tandis que celle du “Monk’s Dream” de Thelonious (en strict trio piano-basse-batterie) dispense un régal d’interplay entre ses protagonistes, et propose un remarquable solo de Peterson sur son drum-kit. Le nébuleux “Stella By Starlight” voit Brandon opérer d’harmonieux arrangements au Fender Rhodes, tandis que Dillard et Evans y instillent de moelleuses lounge licks. Sur un savoureux pattern en 7/4, “El Procrastinador” déroule sur près de neuf minutes une feria rythmique d’un irrésistible funk, précédant une relecture sensible au piano solo du classique “Someone To Watch Over Me” de George et Ira Gershwin, où l’on peut apprécier toute l’assurance et la délicatesse de notre jeune musicien. L’antépénultième (et enlevé) “Ninety-Six” repasse frayer aux confins du bop intemporel, avant que le “Send In The Clowns” de Stephen Sondheim ne conclue ce remarquable second effort sur un poignant duo trompette-piano avec Antoine Drye, passé en ami. Davantage qu’un simple album de démonstration technique, voici donc l’œuvre collective d’un combo soudé comme un gang. L’avenir n’a donc qu’à bien se tenir, puisque la relève s’annonce si prometteuse.

Patrick Dallongeville
Paris-MoveBlues Magazine, Illico & BluesBoarder

PARIS-MOVE, October 7th 2021

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Brandon Goldberg – In Good Time – feat. Ralph Peterson, Josh Evans, Stacy Dillard & Luques Curtis:

Living Room Live: Brandon Goldberg Caravan: