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Just Us: Bob James et Dave Koz, l’art de l’écoute
À une époque où le jazz contemporain privilégie souvent le vernis sonore, le volume et la sophistication technologique, Just Us apparaît presque comme un geste radical par sa simplicité. C’est un album qui refuse les catégories, préférant le dialogue à la démonstration, l’intimité à la production. Et c’est précisément ce qui rend cette collaboration entre Bob James et Dave Koz si discrètement captivante.
Après un changement d’ordinateur, j’avais perdu le contact avec Dave Koz. Le début de l’année 2026 aura finalement mis fin à cette petite série de malchances. Le lien a été rétabli et, peu de temps après, ce très bel album est arrivé dans ma boîte aux lettres. Certains auditeurs seront peut-être surpris de retrouver Dave Koz dans un registre moins familier, plus intériorisé, moins immédiatement groove. Pour ma part, j’ai toujours admiré son sens musical, et je n’ai pas été surpris de le retrouver ici en dialogue étroit avec l’un de mes musiciens les plus inspirants et respectés: Bob James.
Il y a de nombreuses années, Bob James publiait un album solo remarquable, Dancing in the Water, un disque que je conserve précieusement et que je continue d’écouter régulièrement. Si je le mentionne, c’est parce que Just Us en apparaît comme un prolongement naturel, presque philosophique. Deux musiciens. Deux artistes. Deux manières distinctes de penser la musique, qui ne s’opposent pas mais convergent. Il en résulte un duo émouvant, tendre, profondément poétique. Le choix du répertoire illustre cette ouverture, convoquant plusieurs filiations musicales : Bob James et Dave Koz, bien sûr, mais aussi Charlie Chaplin, Kurt Weill ou Ira Gershwin, autant de références qui témoignent d’un attachement commun à la mélodie, au récit et à la clarté émotionnelle.
Just Us est avant tout un hommage à la musique elle-même, celle qui dépasse les genres et s’adresse directement au cœur et à l’âme. La beauté réside ici non dans la virtuosité démonstrative, mais dans l’équilibre, dans l’architecture fragile d’un duo acoustique. Ce format est sans doute l’un des exercices les plus exigeants pour deux musiciens : aucun refuge possible, chaque respiration compte, chaque silence a un poids. James et Koz en ont pleinement conscience. Ils se poussent mutuellement vers une interprétation plus profonde, puisant dans leur formation classique, laissant au silence une fonction expressive à part entière.
Cela dit, les auditeurs habitués aux productions plus amples et rythmées de Dave Koz pourraient, dans un premier temps, se sentir déroutés. L’album se déploie lentement, avec retenue, exigeant une écoute attentive et patiente. Mais ce léger déséquilibre initial devient rapidement l’une de ses plus grandes qualités. Just Us ne cherche pas à impressionner d’emblée : il cherche à résonner, à s’installer dans la durée, à récompenser les écoutes répétées.
L’art de la composition et de l’arrangement est central dans la conception de cet album. Si l’approche adoptée ici diffère sensiblement de celles qui caractérisent leurs projets personnels respectifs, c’est précisément cette différence qui donne à Just Us sa cohérence et sa profondeur. Dave Koz, plus jazz que jamais, est reconnaissable non par des codes stylistiques, mais par sa seule sonorité: précise, lyrique, maîtrisée. Bob James, maître incontesté de l’élégance harmonique, lui répond avec une autorité qui n’est jamais écrasante. La musique respire comme une conversation entre égaux.
Ce qui rend cette collaboration particulièrement satisfaisante, c’est le sentiment qu’elle aurait pu, ou dû, exister depuis longtemps. Pendant des années, je me suis demandé à quoi pourrait ressembler un album réunissant Bob James et Dave Koz. La réponse est finalement désarmante de simplicité: cela sonne comme une évidence. Le plus étonnant n’est pas que cela fonctionne, mais que cela ait mis tant de temps à voir le jour.
Je parle souvent d’élégance lorsque j’écris sur les albums, et Just Us en est un modèle du genre. D’un côté, Bob James, unanimement respecté, dont la carrière incarne une longévité artistique exemplaire. De l’autre, Dave Koz, qui remplit les salles du monde entier depuis des décennies grâce à un groove immédiatement identifiable. Malgré une discographie impressionnante et d’innombrables collaborations, aucun des deux ne semble ici se reposer sur ses acquis. Bien au contraire. Just Us sonne comme un acte volontaire de renouvellement, réunissant la beauté de l’écriture, le plaisir du jeu et un amour profond de l’art musical.
Il est inutile d’élargir davantage le tableau. Je renverrai simplement les lecteurs vers les sites respectifs de ces deux artistes, avec une certitude : Just Us est un album que l’on peut acheter les yeux fermés. Il ne cherche pas à attirer l’attention à grand bruit, mais il saura parler, avec douceur et persistance, à votre cœur comme à votre âme.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, January 10th 2026
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Thanks to Dave Koz!
Musicians:
Bob James, piano
Dave Koz, saxophone (alto & soprano)
Track Listing :
1. Sommation
2. My Ship
3. T W O
4. All The Way
5. Fontaine d’Alice
6. The Naked Ballet
7. Smile
8. Rue de Rivoli
9. Protea
10. New Hope
11. Sunny Side of the Street (bonus track – CD only)
Produced by Bob James, Dave Koz and David Marchione
Engineered and Mixed by David Marchione at Unicorn Studio, Traverse City, MI
Mastered by Alex DeTurk at The Bunker Studio, Brooklyn, NY
Piano Technician: Rolf von Walthausen
Assistant Engineer: Jamey Tate
