Black Joe Lewis & The Honeybars – Scandalous

Wrasse Records
Blues

Le R’n’B’GV (*) est annoncé avec douze temps d’avance! Les métronomes ont explosé et la machine infernale ne s’arrêtera plus. Avec des musiciens américains qui ont gravé dans leur chair le proverbe suédois: ‘Ne t’inquiète pas, cela ne s’arrangera jamais!’.
La pulsion fusionnelle entre le hard rock garage et le funky R’n’B est ressentie par tous, qualifiée même de ‘scandaleuse’ par les exégètes eux-mêmes. Provocation ou pulsion ingérable, le combo nous revient avec onze nouveaux brûlots qui ne peuvent laisser de marbre tant vous prenez des vagues ininterrompues de décibels. Le feu de l’enfer est mis dès le ‘Livin’ in the Jungle’ qui ouvre les hostilités, les effets dévastateurs de cette intro se prolongeant même au-delà de la durée de la galette. Ici, c’est le drummer qui lance la machine, entraînant avec lui des musiciens qui collent à ses injonctions rythmiques sur ‘I’m Gonna Leave You, Booty City’, alors que là c’est le bassiste qui attaque le premier ‘Black Snake’. Avec toujours cette voix hargneuse comme en décalage permanent avec la rythmique, cette voix qui véhicule des émotions à fleur de peau et qui attire à elle tout ce qui se trouve à sa portée, balayant tout sur son passage. Il suffit de l’écouter sur ‘Since I Met You Baby’, pour être sur le flanc, conquis, submergé.

Joe Lewis revient de son Texas natal avec son gang de potes: Zach Ernst à la guitare rythmique, Bill Stevenson à la basse et aux claviers et Matthew Strmiska à la batterie. D’après ce qui se dit sur place, là-bas, ils ne sortent de leur garage où ils répètent que pour monter sur les scènes du monde entier et les détruire! Et à l’écoute de cet opus, résultat garanti tant c’est efficace!
Pour accompagner le quatuor, on a droit à une section de cuivres persuasive comme une volée de Scuds qui s’abattrait sur une centrale atomique: Derek Phelps est à la trompette, Joseph Woullard au sax baryton et Jason Frey au sax ténor, soutenus par Jim Eno comme batteur supplémentaire et aux percussions. Jamais en retard sur les ‘rockgaragistesbluesmen’ qui sont à leur côté, ils renforcent au contraire l’impact de ces derniers. A la manière d’une seconde couche. Et ce n’est pas la présence de The Relatives, le groupe de funky gospel du Révérend Gean West de West Dallas qui va pacifier les mœurs…, au contraire, même.

Pendant plus de trente huit minutes, on est malmené entre des cuivres façon Tamla Motown et une voix fabuleusement groovy qui lutte contre des guitares qui ne lui laissent aucun répit. Un pur blues s’est même fourvoyé sur la galette, Messin’, excellent par ailleurs, mais est-ce un hasard ou une tentation sublime dans ce déluge sonore mémorable…?

Un ouvrage scandaleusement indispensable, à posséder et à écouter sans modération, jusqu’à ce que vos cinq sens ne fassent plus qu’un.

Dominique Boulay
Paris-Move & Blues Magazine

(*) Rhythm’ and blues grande vitesse

 

A chaque époque ses scandales, ses coups d’éclats, ses moments de joie intense, ses instants inoubliables. En ce début de seconde décennie de ce second millénaire, il fallait bien qu’un musicien frappe un grand coup, et c’est ce satané Black Joe Lewis qui s’y est collé, signant avec ce ‘Scandalous’ un opus scandaleusement bien foutu, scandaleusement bien torché, excitant de bout en bout. C’est d’une redoutable efficacité, proche de la perfection, avec ce qu’il faut pour séduire le max d’amateurs de sensations fortes. Ca vous défriche tout sur son passage et ca vous laisse les enceintes inondées de plaisir.
Scandaleusement bon. Excellemment scandaleux.

Frankie Bluesy Pfeiffer
Paris-Move, Blues Magazine (Fr) & Blues Matters (UK)
Black Joe Lewis