Bjarke Falgren – Turkis (FR review)

Self Released – Street date : June 26, 2026
Jazz
Bjarke Falgren – Turkis

Résumé: Une critique du style de violon jazz de Bjarke Falgren, où se mêlent racines classiques, influences gitanes et latines, et un jazz fusion aux accents cinématographiques. À travers des comparaisons avec Regina Carter, Avishai Cohen et Anouar Brahem, l’album se déploie comme un carnet de voyage façonné par l’espace, le silence et une narration émotionnelle.

Bjarke Falgren et le nouveau langage du violon jazz : un paysage sonore cinématographique sans frontières

Au cours des trois dernières décennies, le violon jazz a connu une transformation marquante. De plus en plus, les violonistes affirment des identités musicales singulières, portées par des univers de composition clairement dessinés. Leur formation classique reste souvent perceptible, comme une ossature discrète qui structure des élans plus libres et exploratoires.

Autre évolution notable, les influences circulent aujourd’hui avec une grande fluidité entre les genres. Les phrasés issus des musiques gitanes et les rythmes latins s’invitent naturellement dans un vocabulaire jazz élargi, sans jamais paraître forcés.

Dès le premier morceau, Cigarillos por favor, l’auditeur comprend que Bjarke Falgren, violoniste et compositeur danois, est un véritable voyageur sonore. Il possède une capacité rare à saisir des atmosphères avec une précision presque cinématographique. Comme un réalisateur travaillant avec le son, il compose des scènes.

Avec le deuxième titre, Embrace, l’album glisse vers un univers de jazz fusion, ouvrant un autre espace émotionnel. Le disque se construit rapidement sur des contrastes, entre légèreté et joie, puis une forme de romantisme plus intime, presque méditatif, toujours retenu, jamais démonstratif.

Chez Falgren, les frontières stylistiques semblent constamment poreuses. Son écriture donne souvent l’impression d’un cinéma intérieur, que ce soit volontaire ou non. Le violon, lorsqu’il occupe le devant de la scène, devient presque un personnage central, capable d’imposer une présence immédiate et de structurer l’émotion environnante.

Une image revient comme fil conducteur, celle du turquoise, couleur ouverte, associée à l’horizon, à la disparition des limites, à un mouvement naturel plutôt qu’imposé.

«Je ne compose jamais avec une idée fixe de destination», explique-t-il. «J’écoute. J’attends. Et quand le vent tourne, je le suis.» Cette philosophie de l’abandon traverse l’ensemble du disque. Le silence, la retenue et la patience ne sont pas des vides entre les notes, mais des composantes à part entière.

L’écoute devient alors une expérience où l’espace compte autant que la mélodie, où l’hésitation elle-même acquiert une valeur expressive.

Cette manière de travailler produit une forme d’écriture en patchwork, où le langage musical se révèle progressivement, porté par des impulsions évolutives plutôt que par une architecture rigide. La technique du violon repose sur un rapport très physique à l’archet, proche de la respiration plus que de l’exécution mécanique.

«J’ai travaillé l’archet comme d’autres travaillent la voix.», confie-t-il. «Comme un souffle qui ne disparaît jamais totalement, même dans le silence.»

L’enjeu n’est pas la virtuosité pour elle-même, mais la qualité du timbre, la précision du phrasé, et une conscience aiguë de l’espace sonore. Le violon semble ici anticiper une parole qui ne vient jamais tout à fait, mais reste suggérée.

Une forme de jeu apparaît également, discrète mais bien réelle. Le morceau Low Five fait écho à Take Five, non comme une imitation, mais comme un clin d’œil à la mémoire du jazz. L’album multiplie ces références légères, ces fragments de mélodies familières à demi reconnues.

La pochette, où l’on voit le musicien dans une voiture sous une lumière d’été, prolonge cette impression de mouvement et d’observation spontanée. L’ensemble ressemble à un carnet de voyage rempli dans l’urgence, entre deux arrêts de café, où se mêlent impressions, conversations et détails fugitifs.

Chez Bjarke Falgren, les notes fonctionnent comme des esquisses. Tout le reste vient ensuite, par couches successives de couleurs et de textures. Le résultat est lumineux sans jamais être superficiel, et semble particulièrement adapté à une écoute estivale, sur la route ou dans une après-midi lente, un verre frais à la main.

Suggestions d’écoute:

Dans cet univers musical, plusieurs prolongements s’imposent naturellement.

Regina Carter développe une expression profondément narrative du violon jazz. Son jeu relie tradition et improvisation avec une grande clarté, chaque phrase semblant porter une intention précise plutôt qu’un simple ornement.

Avishai Cohen propose une autre voie, plus méditerranéenne, nourrie de lignes mélodiques lyriques et d’une grande ouverture harmonique. Sa musique oscille entre intimité et ampleur, entre pulsation et contemplation.

Enfin, Anouar Brahem prolonge cette dimension atmosphérique dans un registre plus méditatif. Ses compositions avancent lentement, avec une patience presque cinématographique, où se rejoignent voyage, mémoire et observation silencieuse.

Pris ensemble, ces artistes dessinent moins une catégorie qu’une cartographie sensible. Chacun trace une trajectoire différente au sein d’un même paysage, celui d’un jazz contemporain sans frontières, ouvert et profondément narratif.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, June 6th, 2026

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Website

Musicians :
Bjarke Falgren | Violin
Heine Hansen | Piano
Morten Lundsby | Double Bass
Eliel Williams Lazo Linares | Congas
Anders Holm Jensen | Drums
Jakob Riis Holm | Guitar

Track Listing
Embrace
Il Posto del Padre
Cigarillos por Favor
Viola
Tiden Står Stille Her
Rossignol
Rosa’s Forår
Low Five
Vinden Vänder
Hora Azul