BIG DEZ – Chicken In The Car And The Car Can’t Go

Socadisc
Blues
BIG DEZ

Fondé en région parisienne voici un quart de siècle déjà, Big Dez est autant un groupe de blues (aussi éclectique que hautement vitaminé) qu’une authentique histoire d’amitié. Piliers de la formation, le guitariste, chanteur et auteur-compositeur Philippe Fernandez, le bassiste Lamine Guerfi et l’harmoniciste Marc Schaeller ont certes connu divers line-ups (voyant ainsi défiler le batteur Stéphane Minana, le guitariste Rodolphe Dumont ou l’excellent claviériste Bala Pradal), mais leur sextet actuel n’en constitue pas moins l’une de ses configurations les plus convaincantes. Capté “à la maison” chez leur nouveau guitariste, Paco “Lefty Hand”, cet album (leur dixième) perpétue en dix originaux toute la gouaille et la versatilité qui établirent leur marque. Dès la plage titulaire qui ouvre le ban avec une touche Albert (King et Collins) & Son (Seals) prononcée, l’orgue soulful de Léa Worms et la rythmique, funky en diable, soutiennent la guitare expansive et les vocals du leader, et l’on se prend à songer qu’avec des musiciens de cette trempe, notre Hexagone étriqué pourrait en effet se passer bientôt de l’Alliance Atlantique. Persistant dans cette veine, “Up And Down The Road” élève encore d’un cran le jeu collectif, tandis que les six cordes du patron rappellent des gloires récentes telles que Michael Hill et Vance Kelly. Miss Léa passe au piano pour le savoureux Chicago shuffle bon teint “300 Miles For A Chat”, qui offre à l’harmo gouleyant de Schaeller son premier (et étincelant) billet de sortie, dans la ligne immaculée de Junior Wells, Carey Bell et des deux Walter. Tout le band y fait les chœurs, et le refrain ne vous quitte plus. Sur la trame survoltée du “Bonie Moronie” de Larry Williams, “Oh! Baby Doll” emprunte ensuite la facture des premiers Blasters, entre rock n’ roll noir et rockabilly effréné (Léa y pilonnant ses ivoires comme un Little Richard au féminin). “Willing And Able” pousse ensuite les escarpins en soul dance-floor, entre Curtis Mayfield et Prince, tandis que la guitare du patron y cocotte en wah-wah, avant d’asséner un solo aussi concis que slick, et que Schaeller ne se la joue Lee Oskar. “Fall In Love Again” propose l’option ballade dans le même registre, entre Bobby Womack et Bob Seger, et ce sont dès lors les impressionnants talents vocaux du patron qui s’y distinguent le mieux. Retour au funk avec le bouillant “Flip The Coin”, qui emprunte son riff au “One Way Out” de Rice Miller. Si la rythmique y brille particulièrement, ce sont la guitare du boss et le Hammond B3 de Léa Worms qui tirent leur épingle du jeu. Le vintage rockin’ boogie reprend ses droits avec “Set Him Free”, dans l’esprit des premiers Johnny Burnette et Jerry Lee Lewis. Swamp shuffle dans la ligne de Lazy Lester et consorts, “I Got To Find My Baby” offre évidemment à Schaeller l’occasion de rendre hommage à l’écurie de JD Miller (Slim Harpo en tête). Les fans des early Fabulous Thunderbirds apprécieront sans doute, d’autant que l’instrumental “Texas Barbès Q” qui clôt l’affaire renvoie aux riches heures d’Antone’s, quand les protagonistes en lice s’y livraient une ultime joute en forme de jam incendiaire, aux premières lueurs de l’aube. Garçon, la même chose!

Patrick Dallongeville
Paris-MoveBlues Magazine, Illico & BluesBoarder

PARIS-MOVE, October 14th 2021

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