Bernie Bonvoisin – Organic

XIII Bis Records
Rock
Le dernier opus de Bernie Bonvoisin démontre clairement qu’il n’y a pas besoin d’être nombreux pour faire quelque chose de très grand. Et chacun des quinze morceaux, tel un chapitre particulier d’un nouvel ouvrage, participe à la construction du tout ‘Organic’,sachant quele tout est plus que la somme des quinze.
 
Les textes signés Bernie Bonvoisin sont intéressants tant dans la forme que dans le fond. Car on ne peut s’empêcher de guetter le compositeur dans ses écrits et l’on est, rapidement,  comme rassuré et satisfait de retrouver cette continuité qui ne l’a jamais quitté dans ses différentes démarches scripturales. Sans doute est-ce cela, l’honnêteté intellectuelle.
 
La musique, quant à elle, est envoûtante et captivante parce qu’elle soutient formidablement bien les mots. Elle colle à leur peau et à la voix du chanteur. Il faut dire aussi que le Ismaila Diop est seul à la basse, à la guitare, aux claviers et à la programmation. Il est la colonne vertébrale du projet musical et cela même si deux batteurs viennent, parfois, renforcer la rythmique. Signalons également la présence de Casey dans l’un des morceaux, ‘Chacun sa haine’.
C’est, en dernière instance, la voix du chanteur qui est l’instrument principal des partitions. Tantôt des brulots, tantôt des cocktails Molotov et parfois de simples poèmes d’un écorché vif qui a fait le choix de ne pas faire de concessions. Certaines de ses paroles apostrophent, familiarisent et tutoient tandis que d’autres confessent, avouent et reconnaissent. Mais, avec au fond de la gorge, toujours la même hargne, toujours la même rage d’être écouté et d’être compris afin que chacun fasse sa part des choses et s’affranchisse enfin de ce qui lui pèse. Et tant pis s’il faut aller jusqu’à la provocation. Qu’importe les moyens, car ce qui compte, c’est le résultat!
 
Dominique Boulay
 

 

 
Quand son nom apparaît, ils sont nombreux à l’associer de suite au groupe Trust et à son titre mythique, Antisocial, que les jeunes de vingt balais à peine reprennent en chœur alors même que ceux-ci n’étaient pas nés lorsque Bernie & Co chantaient ce cri de révolte, en 1980, trois ans après avoir mis sur les rails ce qui allait devenir l’un des indéboulonnables groupes de rock français.
Mais Bernie ce n’est pas que ce cri de révolte. Bernie Bonvoisin, c’est un artiste au sens plein du terme, un touche-à-tout qui a fait acteur, réalisateur, rédacteur, auteur,…et chanteur, en alignant trois albums solo.
Et là où beaucoup se seraient gamellés en faisant du sous-Trust, du ‘ça a le goût de…, la couleur de…, mais ce n’est pas du Trust’, le Bernie a su se démarquer très intelligemment en mettant à nu son écriture et ses pensées au travers de chansons imbibées de celui qui est derrière celui qui chantait (et chante encore) Antisocial.
 
Ecoutez ‘Etre et Avoir’ ou bien ‘Que tout est éternel’ et vous toucherez du doigt ce Bernie-là, l’artiste dont le talent traverse les bouquins et les écrans de ciné. Un artiste dont les ouvrages publiés et gravés n’ont pas eu la reconnaissance qu’ils méritaient, faute sans doute au poids que pèse le succès de Trust, mais qui ne donnent que plus de mérite encore à celui qui continue à avancer sur son chemin perso, en vous glissant ‘Sache que tout est éternel, Sache que tout est éternel’. Un mec qui avance sans douter de lui, sans douter des autres, à qui on ne pourra jamais faire taire la rage de crier les injustices. ‘Résigné’ est de cette veine et les mots finement ciselés marquent chaque minute, chaque seconde de la chanson comme de votre espace: ‘On te doit d’être digne, on te doit le respect, on te doit des manières, pas des façons’.
 
La voix est très souvent posée, parfois rageuse. Les vérités sont assénées avec clarté et luminosité, sans l’ombre d’un nuage pour perturber le message. Pas de langue de bois ou de sous-entendus, tout est dit avec cette certitude qui fait de Bernie un artiste plus qu’un chanteur. Un artiste que notre société devrait écouter, et prendre le temps de lire, comme d’autres époques avaient leur Voltaire, leur Rousseau, leur Montaigne, leur Platon.
 
Côté arrangement musical, c’est une alchimie réussie entre guitares électriques saturées et six cordes acoustiques, percus légères et batterie féroce, basse ronflante et programmation incandescente. Une alchimie qui donne un relief étonnant à des titres tels ‘Le contraire de ce que je m’imagine’ et ‘Spiritualité’, sans oublier ce ‘Panurge’ que je conseillerais à pas mal de monde d’écouter attentivement, histoire de comprendre qu’il est temps, enfin, d’assumer ses responsabilités, de prendre en main sa propre destinée, surtout si, comme Bernie, vous avez le ‘Goût de sang’ dans la bouche, en vous observant ‘Les uns, les autres’.
 
Loin d’être un chanteur cramponné à un passé qui en a fait une icône de l’Antisocial, Bernie Bonvoisin est tout simplement un artiste qui a su avancer avec le temps, son temps. Un artiste, au sens plein. Respect, mec!
 
Frankie Bluesy Pfeiffer


Paris-Move
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Bernie Bonvoisin