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Résumé: Un mélange raffiné de jazz smooth, de soul et de funk, Faster Than We Know de Benjie Porecki met en valeur une voix distinctive, une interaction élégante en trio et un hommage moderne aux traditions musicales afro-américaines classiques.
Benjie Porecki, Faster Than We Know: une vision renouvelée et riche en jazz du smooth jazz, soul, funk, blues.
Dans un genre souvent relégué à l’arrière-plan, agréable, soigné, mais trop facilement négligé, le claviériste Benjie Porecki offre un argument convaincant pour qu’on s’y attarde de nouveau. À peine avais-je allumé la lumière du bureau et posé une tasse de café encore fumante que j’ai lancé Faster Than We Know. En quelques instants, un sourire s’est installé. C’était du smooth jazz, oui, mais plus jazz que smooth, et d’autant plus captivant pour cette raison.
Les figures de proue du smooth jazz forment une constellation familière, leurs noms viennent aisément à l’esprit. Pourtant, l’œuvre de Porecki occupe un espace plus insaisissable, à la fois au sein du genre et à sa lisière. Des éléments de jazz, de soul et de funk apparaissent par touches mesurées, sans jamais submerger l’auditeur, enrichissant constamment la palette sonore. Issu d’un environnement profondément musical, Porecki puise dans une lignée qui inclut Ray Charles, Herbie Hancock, Bill Evans, Stevie Wonder, Jimmy Smith et Billy Preston. Ce qui le distingue n’est pas seulement l’étendue de ces influences, mais la facilité avec laquelle il les intègre dans un son pleinement abouti et résolument personnel.
L’album a atteint la 19e place du classement établi par JazzWeek, un résultat honorable, même si l’on peut supposer qu’il aurait pu grimper plus haut en Europe, où le public a historiquement montré un goût plus prononcé pour l’hybridation stylistique et les nuances instrumentales. Ici, la réussite tient moins à l’innovation qu’à la clarté de la voix artistique. Pour un instrumentiste, ce n’est pas rien: cela témoigne d’une véritable vision, au-delà des influences.
Travaillant en format trio, Porecki et ses collaborateurs produisent un son à la fois compact et ample. L’interaction est serrée sans être rigide, laissant place à une respiration naturelle du phrasé. Par moments, une ligne de piano légèrement syncopée se déploie sur un groove retenu; ailleurs, la basse ancre l’harmonie avec une sonorité chaude et ronde tandis que la batterie oscille subtilement entre maintien du tempo et texture. Ce ne sont pas des gestes spectaculaires, mais une accumulation de détails précis, délibérés et discrètement expressifs.
Des instants de lyrisme émergent sans ostentation. Ils semblent naturels, presque inévitables. Pourtant, cette impression de facilité est soigneusement construite. Plus la musique paraît fluide, plus son architecture se révèle complexe. Un simple accord peut réorienter l’émotion ; une inflexion rythmique peut transformer toute une phrase.
C’est un projet qui s’adapte aussi bien aux lieux intimistes qu’aux scènes plus vastes. Il possède suffisamment de subtilité pour une écoute attentive, tout en restant assez immédiat pour séduire un public plus large. À travers neuf morceaux, qui passent presque trop vite, Porecki semble tracer un fil narratif, naviguant avec aisance entre les styles. Par instants, on croit percevoir la présence de Ray Charles en filigrane: un phrasé ici, une progression harmonique là, comme une ombre juste au bord de la lumière.
Au final, ce qui émerge tient moins de la nostalgie que d’un dialogue vivant avec le passé. L’album se présente comme un hommage discret aux traditions musicales afro-américaines du XXe siècle, non pas figées, mais en constante évolution. La nostalgie, ici, ne consiste pas à regarder en arrière, mais à prolonger une continuité, à observer comment ces sons persistent et se transforment dans un XXIe siècle en perpétuel mouvement. S’agit-il de chansons devenues musique, ou de musique devenue chanson? La distinction semble de moins en moins pertinente.
Faster Than We Know est avant tout une œuvre de pur plaisir d’écoute. Elle invite à y revenir, non seulement par sa complexité, mais par son équilibre entre sophistication et accessibilité, entre maîtrise et spontanéité. C’est le genre d’album que l’on choisit entre des œuvres plus exigeantes, pour découvrir qu’il récompense discrètement une écoute répétée.
Alors que je me lève pour me servir une seconde tasse de café, je vous laisse en compagnie de Benjie Porecki. Dans un paysage musical surchargé, une telle compagnie n’est pas seulement bienvenue, elle devient de plus en plus rare.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, March 17th 2026
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Musicians :
Benjie Porecki, piano, electric piano, organ, keyboards
Mark Prince, drums
Gary Baker, bass
Track Listing :
Chrysalis
Right Direction
Moving On
Headed Home
Make It Bring You UpSuperstar
Fresh Start
It’s Gonna Be Alright
Faster Than We Know
