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Résumé: Le contrebassiste Ben Wolfe signe un album de jazz richement composé, mêlant tradition post-bop et modernité, porté par un ensemble cohésif et des performances marquantes de Sullivan Fortner et Joel Ross.
Ben Wolfe réinvente le post-bop avec une sensibilité contemporaine
Le nouvel album de Ben Wolfe ne perd pas de temps, il vous attrape dès les premières secondes. On y perçoit un sens aigu de la direction, presque comme si le contrebassiste lançait un message clair: «Écoutez bien, voici ce que je suis.» Dès le premier morceau, on entre dans un univers post-bop foisonnant de vie. Les textures sont riches, les couleurs nombreuses, et l’énergie oscille entre ancrage et goût de l’aventure.
Ce qui s’impose au fil de l’écoute, c’est la voix de compositeur de Wolfe. Il a clairement franchi un cap. On sent un travail d’écriture approfondi, désormais capable de structurer l’ensemble, non seulement en façonnant chaque pièce, mais aussi en les reliant entre elles pour former un tout cohérent.
Le groupe renforce encore cette impression de maturation. Joel Ross, au vibraphone, apporte une dimension fluide et en quête permanente, qui élève la musique. Le piano de Sullivan Fortner, toujours parfaitement en phase avec Wolfe, ne se contente pas d’accompagner; il provoque de véritables échanges musicaux au sein du groupe. Les lignes de saxophone de Chris Lewis scintillent et mordent, tandis que la batterie d’Aaron Kimmel, vivante et précise, reste constamment à l’écoute. L’ensemble sonne comme une unité organique, loin d’un simple assemblage de musiciens réunis pour une session.
Après une ouverture percutante, le disque s’élargit et surprend. Certains passages évoquent le premier Miles Davis, non par imitation, mais par une manière de travailler l’atmosphère, l’espace et la tension, avec une dimension presque intemporelle. Wolfe dépasse la nostalgie, il s’inscrit dans une langue vivante, en perpétuelle transformation.
Cette cohésion fluide découle directement de l’expérience partagée par les musiciens. Des années à jouer ensemble, à écouter, à vivre côte à côte, donnent à l’album sa respiration naturelle. «Tout s’est déroulé naturellement en studio. C’était très organique. L’essentiel résidait dans le son global», explique Wolfe. Il va même jusqu’à confier: «À certains égards, c’est mon album préféré du début à la fin.»
La critique a également salué cette réussite. Le New York Times situe la musique de Wolfe à la croisée de Mingus, Miles Davis, Bartók et Bernard Herrmann. DownBeat met en avant la qualité mélodique et l’interaction du groupe. Le Wall Street Journal souligne une sophistication rythmique marquée. Et Wynton Marsalis résume: «Ben Wolfe swingue avec autorité.»
Un consensus se dessine donc: Wolfe est au sommet de sa forme, et cet album en est la démonstration. La musique attire immédiatement, l’écriture reste chantante sans jamais céder à la facilité, et le groupe conserve une rugosité bienvenue, qui évite toute complaisance. Le saxophone de Chris Lewis apporte une tension constante, ses phrases tombant toujours avec justesse.
Wolfe pense la musique en termes de couleurs et de formes, et cela s’entend. Les lignes s’entrecroisent, les sons se superposent ou se répondent, comme si l’on assistait à la construction d’une toile. Sullivan Fortner en a une compréhension fine. Il ne se limite pas à accompagner, il écoute, attend, intervient au moment juste, et oriente subtilement le flux musical.
À l’écoute attentive, son rôle devient de plus en plus central. Par touches discrètes ou gestes plus affirmés, il rééquilibre sans cesse la matière sonore et en assure la circulation.
Même lorsque les morceaux s’inscrivent dans la tradition du jazz, ils ne donnent jamais l’impression d’être figés. Wolfe joue en permanence avec les tensions, mêlant héritage et modernité, alternant sections ouvertes et grooves plus serrés, avant de relâcher à nouveau la pression. Ces transitions s’opèrent sans heurt, portées par l’attention constante des musiciens et une forme de légèreté intérieure.
Cette impression de mouvement donne envie d’y revenir. Chaque écoute révèle de nouveaux détails, un détour inattendu, une nuance cachée. Qu’on soit sensible aux marges les plus libres du jazz ou attaché à ses formes plus classiques, chacun y trouve matière à s’arrêter. Wolfe ne choisit pas un camp, il fait dialoguer les influences tout en restant fidèle à l’esprit de la tradition.
Pour les amateurs déjà conquis, l’attente jusqu’au 15 mai risque d’être longue. L’album confirme pleinement la réputation de Wolfe et ouvre en même temps une nouvelle étape de son parcours, où écriture, interaction collective et expression pure s’entrelacent avec une densité accrue.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, April 29th 2026
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Musicians :
Ben Wolfe: Bass
Joel Ross: Vibraphone
Sullivan Fortner: Piano
Chris Lewis: Tenor Saxophone
Aaron Kimmel: Drums
Track Listing :
- Any Time After Now
- Waltz II
- If Only
- Blues
- 5/4 Groove
- Do You Love?
- Down with Gravity
- Always Four
- ’Til Next Time
- Green (*)
(*) bonus track – not on LP
