BATTEURS EN 150 FIGURES – Daniel Dumoulin

Éditions Du Layeur
Livre

Peu importe que vous ignoriez la différence entre une snare, un charley, une crash et une ride, et que les notions de paradiddle, double ratamacue, single drag et autres rimshots vous demeurent absconses: cet ouvrage ne traite en effet pas de la batterie dans sa dimension technique, mais des batteurs. Cette engeance à propos de laquelle le folklore colporte depuis l’invention (pas si ancienne) de son instrument les plaisanteries les plus injustes et pittoresques qui soient. Choisir, c’est renoncer, et l’amateur de rock averti regrettera sans doute quelques absences cruelles… Nulle mention ici de Michael Shrieve (qui, avec Santana insuffla pourtant à des générations de batteurs en herbe le désir de le rejoindre dans sa bacchanale, sur les split-screens du film “Woodstock”), non plus que des magistraux Jim Gordon, Guy Evans, Topper Headon, Danny Mihm, Doug Clifford, Big Figure, Rick Buckler et John Densmore, ni des papes du blues que demeurent devant l’Éternel Fred Below, Clifton James, Elgin Evans et Ted Harvey. Serait-ce à dire que ce livre manque en partie sa cible? Sans doute pas, car son auteur (qui dirige l’École de batterie Dante Agostini de Toulouse) maîtrise manifestement son sujet. Et s’il n’a pas osé faire l’impasse sur quelques totems incontournables du rock (Charlie Watts, John Bonham, Ian Paice, Phil Collins, Keith Moon, Phil Rudd ou Ringo Starr), son approche chronologique propose au néophyte comme à l’exégète une mise en perspective de l’évolution du rôle essentiel de ces quadrumanes au fil du siècle écoulé. Si les jazzmen s’y taillent forcément une part méritée, certains acteurs plus exotiques y bénéficient également de leur accessit (ainsi de “Zigaboo” Modeliste, poumon des Meters, ou de Carlton Barrett pour les Wailers de Bob Marley). Le funk est représenté par Clyde Stubblefield et Chad Smith, mais on peut déplorer l’oubli du click humain qui propulsait Booker T. & The MGs, le grand Al Jackson, ainsi que, dans l’ombre de Little Richard et de Fats Domino, du polyvalent Earl Palmer. Petite coquille sans conséquence: le premier album solo de Ringo Starr ne s’intitulait pas “Sentime”, mais “Sentimental Journey” (ce qui ne le rend pas moins anodin). N’empêche, en 470 pages reliées sous couverture cartonnée, agrémenté d’une riche iconographie couleur (clichés rares ou inédits, pochettes d’albums plein cadre, photogravure soignée) ainsi que de concis résumés biographiques et d’une sélection d’albums représentatifs, ce beau livre (au sens éditorial du terme) trouvera sa place légitime au pied du proverbial sapin (agrémenté ou non d’une paire de baguettes neuves).

Patrick Dallongeville
Paris-MoveBlues Magazine, Illico & BluesBoarder

PARIS-MOVE, October 27th 2022

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