Andrew Kim – Lineage (FR review)

Origin Records – Street date : July 24, 2026
Jazz
Andrew Kim – Lineage

Andrew Kim, l’affirmation d’une nouvelle voix du trombone

Origin Records annonce pour la fin du mois la parution de Lineage, premier album d’Andrew Kim. Une sortie qui met également en lumière l’influence exercée depuis plusieurs années par Michael Dease sur une nouvelle génération de trombonistes. Mentor du jeune musicien durant ses études universitaires, Dease accompagne aujourd’hui ce premier enregistrement en tant que producteur. Une filiation assumée qui ne saurait toutefois conduire à une comparaison entre les deux artistes. Si l’héritage est perceptible, Andrew Kim affirme d’emblée un langage qui lui appartient.

Avec ce premier disque, le tromboniste signe la majorité du répertoire et révèle des qualités de compositeur qui constituent sans doute l’aspect le plus remarquable de Lineage. Son écriture témoigne d’un véritable sens de la mélodie, d’une attention constante portée aux couleurs orchestrales et d’une maîtrise déjà affirmée de formes musicales parfois complexes. À travers ces compositions se dessine une personnalité qui ne cherche jamais à impressionner gratuitement, mais qui privilégie une construction patiente du discours musical.

Pour donner vie à cet univers, Andrew Kim s’est entouré d’un quintette particulièrement inspiré : la saxophoniste Sharel Cassity, le pianiste Xavier Davis, le contrebassiste Rodney Whitaker et le batteur Ulysses Owens Jr. Aux côtés de cinq compositions originales figurent également des relectures de J.J. Johnson et Curtis Fuller. Là encore, il ne s’agit pas de simples hommages. Les arrangements s’éloignent suffisamment des versions d’origine pour s’intégrer naturellement dans l’univers du jeune tromboniste, qui parvient à faire de ces œuvres une extension cohérente de son propre langage.

Dès les premières mesures, l’énergie du groupe s’impose avec évidence. Le swing circule avec une remarquable fluidité, porté par une section rythmique d’une cohésion exemplaire. Les musiciens semblent prendre un plaisir manifeste à évoluer dans cet environnement musical où la tradition du jazz reste omniprésente sans jamais devenir un carcan. Andrew Kim donne le sentiment d’avoir absorbé un héritage extrêmement vaste, dont le jazz constitue le socle, mais certainement pas l’unique horizon.

Son parcours, déjà jalonné de festivals et de distinctions, éclaire le soutien que lui apporte aujourd’hui Michael Dease. En acceptant de produire Lineage, celui-ci reconnaît autant la qualité du tromboniste que la maturité de son écriture. Andrew Kim apparaît ainsi comme l’un de ces musiciens capables d’apporter un souffle nouveau à un instrument dont les grandes figures semblent parfois avoir déjà tout exploré.

À plusieurs reprises, son approche rappelle l’énergie communicative développée par Nils Landgren, notamment avec son Funk Unit. Il ne s’agit nullement d’une influence directe, mais plutôt d’une proximité dans la manière d’aborder le rythme, le collectif et le plaisir du jeu. Andrew Kim partage cette capacité à faire cohabiter sophistication de l’écriture et immédiateté de l’écoute.

Les quelques œuvres déjà connues présentes sur l’album bénéficient d’une véritable réécriture. Elles ne sont jamais reproduites à l’identique mais entièrement remodelées afin de s’inscrire dans une esthétique très personnelle. Car derrière des thèmes souvent limpides se cache une écriture particulièrement élaborée. Les lignes mélodiques demeurent accessibles tandis que l’architecture harmonique et rythmique révèle une réelle sophistication. Andrew Kim manifeste un goût prononcé pour le travail de la section rythmique, qu’il sollicite constamment sans jamais céder à la démonstration.

Nostos constitue sans doute l’un des meilleurs exemples de cette démarche. Le morceau débute sur un thème d’une apparente simplicité avant de laisser progressivement chaque musicien développer un discours plus dense. Les improvisations complexifient peu à peu le paysage musical sans jamais perdre de vue la lisibilité du propos. La construction de la pièce illustre parfaitement la manière dont Andrew Kim conçoit ses compositions : accessibles au premier abord, mais riches de multiples niveaux de lecture.

Avec Welcome Home, c’est une autre facette de son écriture qui apparaît. Le dialogue entre le trombone, le saxophone et le piano se déploie avec une grande délicatesse, tandis que Rodney Whitaker fait valoir toute la profondeur de son jeu de contrebasse. Sa complicité avec Ulysses Owens Jr., dont le jeu conjugue précision, puissance et souplesse, contribue largement à l’équilibre du morceau. Chaque intervention semble trouver naturellement sa place au sein d’un ensemble où l’écoute mutuelle prime constamment sur la démonstration individuelle.

Tous les musiciens semblent avoir trouvé dans les compositions d’Andrew Kim un terrain d’expression particulièrement stimulant. Leur implication dépasse largement le simple rôle d’accompagnateurs: chacun participe pleinement à la construction de cet univers collectif, donnant parfois l’impression de découvrir ces partitions avec une curiosité jamais démentie.

À mesure que l’album progresse, une idée s’impose. Andrew Kim aurait probablement pu consacrer entièrement ce premier enregistrement à ses propres compositions. Elles constituent le véritable cœur de Lineage tant elles révèlent une écriture déjà singulière et parfaitement assumée. Les reprises, aussi convaincantes soient-elles, apparaissent finalement comme des respirations destinées à inscrire le projet dans une continuité historique plutôt qu’à en définir l’identité.

Ce choix se comprend néanmoins. Pour un premier album, intégrer quelques références majeures du répertoire permet sans doute d’offrir des points d’ancrage à un public de jazz parfois attaché aux grandes figures du genre. Une stratégie éditoriale fréquente, qui facilite l’entrée dans un univers pourtant suffisamment solide pour se suffire à lui-même.

Comme Nils Landgren en Europe, Michael Dease consacre depuis plusieurs années une part importante de son activité à accompagner la nouvelle génération de trombonistes. Le musicien suédois cite régulièrement des artistes comme Ebba Åsman parmi les talents appelés à renouveler le paysage du jazz contemporain. De ce côté de l’Atlantique, Michael Dease semble jouer un rôle comparable. En produisant Lineage, il ne soutient pas uniquement un ancien élève; il accompagne l’émergence d’une voix appelée à trouver sa place sur la scène internationale.

Au-delà de la réussite de ce premier disque, Lineage témoigne d’un moment particulier du jazz actuel. Celui d’une génération qui assume pleinement l’héritage des maîtres sans éprouver le besoin de s’y enfermer. Andrew Kim appartient manifestement à ces musiciens qui regardent autant vers l’avenir que vers la tradition. Son premier album laisse entrevoir un compositeur dont l’écriture possède déjà une identité forte, et un tromboniste qui, loin de chercher à démontrer sa virtuosité, met constamment sa technique au service d’un projet musical cohérent.

Dans un paysage où la relève des grands instrumentistes suscite toujours de nombreuses attentes, Lineage apparaît moins comme une promesse que comme la première affirmation d’une personnalité artistique déjà pleinement constituée.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, June 28th, 2026

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Website

Musicians :
Andrew Kim – trombone
Sharel Cassity – alto sax, tenor sax, flute
Xavier Davis – piano
Rodney Whitaker – bass
Ulysses Owens Jr. – drumset

Guests:
Randy Napoleon – guitar (5, 10)
Michael Dease – baritone saxophone (3, 7)
Steven Bowman – bass (1, 3, 5, 9)

Track Listing :
Kimposter 5:53
The World Falls Away  5:52
Shadrach, Meshach, and Abednego  6:42
Cube Steak  4:51
Nostos  5:31
Welcome Home  5:37
Discovered Ease  5:50
Bit of Heaven  5:52
Awaken  4:58
Stella by Starlight  6:08

Compositions by:
(1,5,6,7,9) Andrew Kim
(2) Rodney Whitaker
(3) Xavier Davis
(4) J. J. Johnson
(8) Curtis Fuller
(10) Victor Young

Produced by Michael Dease
Recorded, mixed & mastered by Corey DeRushia at Troubadour Recording Studios, Lansing, MI
Recorded on May 16, 2025
Front cover photo by Yujen Tsai/ ÜJIN Studio
Cover design & layout by John Bishop