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Résumé: Le compositeur montréalais Alexis Martin signe avec son premier album une œuvre où narration cinématographique et textures inspirées du jazz se mêlent pour créer une expérience intime, atmosphérique, façonnée par la mémoire et le mouvement.
Alexis Martin – Les Pôles – Volume 1
Un compositeur montréalais transpose deux décennies de travail pour le cinéma et la télévision dans un premier album qui avance comme la mémoire elle-même, oscillant entre immobilité et élan discret.
Une chaleur lourde s’installe sur Austin à 7 heures du matin. Le ciel est gris, l’air immobile. Dans le bureau, un seul objet attire le regard : un album à la pochette sobre, posé près de la table de mixage. La figure centrale suggère un homme mû par une force intérieure, silencieuse mais indéniable. Le nom s’impose: Alexis Martin. Batteur. Percussionniste. Compositeur. Le titre: Les pôles, Volume 1. J’insère le disque. Le son monte, puis s’installe presque aussitôt, avec douceur, et ne me quitte plus.
Je retourne la pochette. Rien que les titres. Aucun commentaire. À l’intérieur, un livret. Un nom retient l’attention: Emie R. Roussel. Ce n’est pas une surprise, plutôt une confirmation. Sa présence indique une intention précise. Dès le morceau d’ouverture, «Entre le boom et l’écho», l’album révèle sa profondeur. L’écoute évoque la lecture de Marguerite Yourcenar: une progression lente, réfléchie, traversée par une conscience aiguë du temps. Une phrase de piano suspendue au-dessus de percussions contenues donne à la musique une qualité presque immobile. Très vite, une évidence s’impose: bien que percussionniste, Martin agit d’abord en compositeur, construisant autour de thèmes plutôt que de démonstrations.
Cette impression initiale ne se dément pas. Difficile de croire qu’il s’agit d’un premier album. Tout semble pensé, jusqu’à l’enchaînement des pièces. Alexis Martin, compositeur et producteur basé à Montréal, apparaît ici en chef d’orchestre avec une voix déjà affirmée. Longtemps reconnu pour son travail à l’image, il en transpose la sensibilité dans ces compositions instrumentales. Le résultat tient moins de la construction que de l’observation, avec un sens du rythme naturel, presque organique.
Ses pièces avancent comme des scènes, structurées mais ouvertes, guidées moins par un genre que par une intuition narrative. Les pôles, Volume 1 rassemble des compositions traversées par l’idée de transition: transformation du monde, réminiscence des lieux, émerveillement de l’enfance, quête d’apaisement. Le titre en reflète le mouvement. À la manière de pôles magnétiques en déplacement, la musique explore un territoire émotionnel où rien ne demeure figé.
Cette approche s’inscrit dans la durée. En plus de vingt ans de collaborations, notamment pour la télévision et des projets orchestraux, Martin a affiné un langage qui lui appartient désormais pleinement.
Originaire de Montréal, il puise dans un large éventail d’influences artistiques. Par moments, la musique évoque le silence d’une salle de musée, chaque note y étant soigneusement déposée. Ailleurs, les interactions entre instruments rappellent le théâtre, des voix qui entrent et se retirent dans une forme de dialogue. Le mouvement est constant, non dans le tempo mais dans l’intention, comme si les compositions appelaient d’elles-mêmes une forme de chorégraphie.
Je ne connais pas tous les musiciens réunis ici, mais après plusieurs écoutes, la cohésion est manifeste. Chaque présence semble nécessaire. Qu’un artiste canadien intitule une pièce «Dune du Pilat» laisse deviner une sensibilité façonnée par le voyage. Cette conscience traverse l’ensemble de l’album. Elle se lit dans une musique qui observe plus qu’elle n’affirme, et dans cette impression que l’écoute devient une attention au monde.
Ce qui s’impose, au final, c’est la force de l’identité artistique de Alexis Martin. Elle tient le centre. Il façonne le son avec une retenue de poète. Le jazz n’y est pas une langue dominante, mais une ponctuation, une respiration entre les phrases. Il affleure comme un vent de fin d’été sur le rivage, rassemblant peu à peu les fragments de la mémoire.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, May 6th, 2026
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Musicians :
Alexis Martin: batterie, percussions, claviers, synthétiseurs Moog, programmation
Emie R. Roussel: piano, claviers, Fender Rhodes
Mathieu Désy: Contrebasse
Marie-Josée Frigon: saxophone ténor, saxophone baryton, clarinette basse
Jean-François « Fafoui » Gagnon: trompette, flugel horn, trombone à piston
André Leroux: saxophone ténor, saxophone soprano, flûte
Sheila Hannigan: violoncelle
Informations complémentaires:
Réalisation: Alexis Martin
Arrangements: Alexis Martin et Emie R.Roussel
Prise de son: Ghyslain-Luc Lavigne et Alexis Martin
Assistant à la prise de son: Mathieu Lavoie-Tarlo
Mixage: Ghyslain-Luc Lavigne
Matriçage: Marc Thériault, Le Lab Mastering
Orchestrations et copie: François Richard et Philippe Leclerc
Direction artistique visuelle: Yola Van Leeuwenkamp
Photographe: Justine Latour
Styliste: Mélanie Brisson
Graphisme: Michel Ouellette
Studios: Studio de la faculté de musique de l’Université de Sherbrooke, Studio Le Hublot, Studios Opus, The Treatment Room
