| Pop, Rock |
Ce n’est parce que certains sont parvenus au succès sous le nom (de prime abord inepte) de Police qu’il eût suffi d’en décliner le concept pour aboutir au même résultat. À preuve, ce quintette pop-rock canadien des mid-eighties cumula les déconvenues en dépit (ou à cause) de son blase non moins incongru. Au point que l’on pourrait citer à son instar d’autres décollages ratés notoires, tels que ceux de Badfinger (naufragé dans la déroute judiciaire et financière d’Apple Records), Big Star (planté par Ardent, filiale de Stax alors en pleine déconfiture, malgré deux premiers albums entrés depuis au panthéon des œuvres séminales – pour un accueil commercial inversement proportionnel), Rare Earth (lâché en plein vol par Motown, sans plus de considération pour leur hit en discothèques “Get Ready”), et les pourtant inoubliables Plimsouls (licenciés comme des malpropres par Geffen pour cause de trop faibles retours sur investissements, à l’orée d’eighties plus axées que jamais sur le profit à court terme, à l’ère de MTV). Car c’est bien de cette décennie maudite qu’il s’agit, concernant cette formation issue d’un tandem d’auteurs-compositeurs auquel Virgin Canada (ça sonnait déjà comme un succédané, à l’instar d’un soda de funeste mémoire) se piqua d’adjoindre un guitariste émérite (Bob Smart, c’est malin, tiens), un solide batteur au bpm chevillé au corps (Dave Allan), et surtout un chanteur rompu à toutes les roueries du showbiz (Rick Livingstone, ex-enfant star, et manifestement abonné aux noms de combos prémonitoires, tels que Last Week’s Laundry, Hard Rain, Fortune et Eclipse: tout un programme en somme). On devait d’ailleurs retrouver ce plénipotentiaire derrière le micro de The Best, éphémère supergroupe anachronique au sein duquel on dénombrait (accrochez-vous) Joe Walsh, John Entwistle, Keith Emerson, Simon Phillips et Jeff “Skunk” Baxter (ex- Steely Dan et Doobie Brothers, mais aussi futur conseiller spécial de l’armée U.S. en matière de sécurité militaire – je n’invente rien). C’est justement cet impassible virtuose moustachu aux inamovibles Ray-Bans fumées qui présida à l’enregistrement de ce premier (et quasi-unique) LP d’Agent (on parie que ce fut lui qui en suggéra le nom?), propulsé sur les ondes FM par un “Surrender” supposé imparable. Co-signés par le bassiste André Kunkel et le claviériste Craig Zurba, ces dix originaux accusaient hélas la plupart des stigmates attachés à leur époque: réverb à tout va (notamment sur la caisse claire et les toms), pompes de cuivres exécutées par le truchement de synthés zinzinants, chœurs de garçons-coiffeurs, power-chords emphatiques et chorus de guitares épileptiques façon Europe (“Can’t Hold Back”, “This Could Be The Night”, voire le grotesque “Surrender” précité et l’idoine “On The Radio”). Sans parler de la production manifestement empruntée au “Every Breath You Take” du commissariat central ainsi qu’au Yes de “Owner Of A Lonely Heart”, de même qu’au Kenny Loggins de “Footloose” (“Can’t Stop”, “Headlines”) et à Bryan Adams, à l’image des sirupeux “She Trusted Me”, “Change Of Heart” et “Blame It On Love” (Phil Ramone et Phil Spector égarés au Salon de l’Électro-Ménager)… On ressent la troublante impression d’entendre défiler une anthologie en son dolby des scores de nanards blockbusters dont Hollywood abreuvait déjà la planète, depuis qu’il semblait que “Dirty Dancing”, “Crocodile Dundee” et “Top Gun” menaçaient de renvoyer Coppola et Scorcese à leurs chères études. Il parait qu’on appelle ça de l’Adult-Oriented-Rock… Bah, on n’est plus à un oxymore près (et Loana, c’était Marie Curie ou Sœur Emmanuelle?).
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, August 2nd, 2026
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