| Jazz manouche |
Il y a des musiciens dont chaque nouvel album est attendu avec impatience, et Adrien Moignard est de ceux-là. Après le succès de Bright Up (2021) et Django’s Songs (2023), le guitariste nous revient avec un nouveau projet, Miroirs, enregistré cette fois avec un quartet (retranscrit sur la pochette par un subtil 4TET) entièrement acoustique, sur Label Ouest, label de référence qui nous a déjà proposé un excellent album de world music, Samin Dong Rak (chroniqué ICI et noté “Coup de cœur” par notre rédaction), et un non moins excellent Mosaïque du guitariste manouche Gwen Cahue (chroniqué ICI et noté également “Coup de cœur” par la rédaction de PARIS-MOVE).
D’ailleurs, à l’instar du Mosaïque de Gwen Cahue, le titre Miroirs de cet opus annonce déjà tout un programme en soi. Un titre qui évoque en effet à la fois le dialogue entre les quatre instruments, le reflet que chaque musicien dévoile aux trois autres, mais aussi ce regard rétrospectif que tout artiste pose sur ses racines avant de les dépasser. Et c’est précisément ce double mouvement d’ancrage dans la grande tradition du jazz manouche et d’ouverture vers d’autres univers qui traverse l’ensemble de ce disque. Le répertoire mêle compositions originales et standards revisités avec un talent d’arrangeur incontestable, comme cette superbe adaptation de S’il suffisait d’aimer de J.J. Goldman (pour Céline Dion) ou cette sublime reprise de Yardbird Suite de Charlie Parker ou encore cet étincelant Night and Day de Cole Porter.
Héritier de la musique de Django Reinhardt, Adrien Moignard est un guitariste qui démontre notamment avec ces adaptations qu’il possède non seulement un talent, mais un don, pour sublimer des morceaux qu’il traduit en version six cordes manouche, tout en alignant des compos à rendre jaloux quelques très bons guitaristes du genre. Depuis Django’s Songs Moignard semble avoir ajouté dans ce nouvel opus une dimension moins visible mais essentielle: une maturité artistique et émotionnelle accrue.
L’interaction entre les musiciens constitue l’un des points forts de l’album. Dans ce 4TET, Moignard est accompagné de Benji Winterstein à la guitare rythmique, dont le jeu tout en finesse ou enflammé constitue avec celui de Julien Cattiaux, également à la guitare, une assise rythmique indestructible et généreuse. La complémentarité entre Winterstein et Cattiaux aux guitares constitue l’une des grandes réussites de cette formation: leurs lignes se répondent et se croisent avec finesse et élégance naturelle, fusionnant dans une enveloppe rythmique d’une remarquable densité pardessus laquelle Adien Moignard peut jouer avec un plaisir non dissimulé.
Né au Venezuela d’une mère colombienne et d’un père français, le contrebassiste Fabricio Nicolas a reçu dès son plus jeune âge des influences musicales d’Amérique du Sud comme d’Afrique, d’Europe et des États-Unis, et cela se sent dans son jeu. D’ailleurs sur Miroirs sa contrebasse est bien plus qu’un pilier harmonique du quartet: d’une autorité discrète mais essentielle, l’instrument se libère quand il faut, dialogue, taquine, et par instants s’impose et en impose le plus naturellement possible.
Miroirs est un disque qui regarde vers Django sans y rester enfermé, qui honore la tradition manouche en la vivifiant. La formation de ce quartet à trois guitares et une contrebasse (sans batterie!) restitue cette pureté acoustique qui est l’âme du jazz manouche depuis ses origines, tout en laissant toute latitude à quatre musiciens accomplis pour y insuffler leur propre modernité.
Le Adrien Moignard 4TET nous rappelle avec ce nouvel opus que la profondeur peut naître d’un engagement sincère envers une tradition toujours en mouvement.
Frankie Pfeiffer
Editor in chief – PARIS-MOVE
PARIS-MOVE, May 2nd, 2026
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Musiciens :
Adrien Moignard : guitare solo
Benji Winterstein : guitare rythmique
Julien Cattiaux : guitare rythmique
Fabricio Nicolas-Garcia : contrebasse