3rd CALL MEN – Waiting For A Call

Grande Records 002
Rhythm 'n' Blues, Rock 'n roll
3rd CALL MEN - Waiting For A Call

C’est depuis Helsinki, capitale de la Finlande, que nous provient le premier album de cette formation, constituée de musiciens pas tombés de la dernière pluie pour autant. Pete Bergman (lead vocals, guitare rythmique et compositions), Gona Lehtinen (lead guitar), Jan “Smöde” Smedberg (basse et backing vocals) et Sauli Karhu (batterie et backing vocals) se sont enfermés dans les studios Supravox de Tomi Leino pour capter ces dix originaux live indoors, avec pour simple viatique la formule suivante: “no style is our style, no direction is our direction. Play what feels right, leave some room for accidents and keep the music alive. No need to squeeze every song into the same box. If it grooves, swings, growls or just feels damn good, it belongs here“. Selon cet adage, “Chased By Time” rappelle d’emblée le pub-rock mâtiné de rockabilly que pratiquait par le passé cet autre grand original de Mickey Jupp. La rythmique fébrile y soutient une lead guitar aux accents surf rappelant les flammèches qu’allumaient jadis Link Wray et Chris Spedding auprès de Robert Gordon, voire celles qu’attisait la dénommée Poison Ivy au sein des Cramps. Impression que corrobore le non moins frénétique “Hoodoo Against Your Voodoo”, évoquant pour sa part les Unknowns du regretté Bruce Joyner: sur un mambo exotica beat, une slide guitar y hulule à la mort, tandis que le timbre éraillé de Bergman y figure un Tom Waits sous amphétamines. Le sardoniquement intitulé “Chord That Never Came” prend pour sa part des accents swamp entre Creedence et Chris Dreja, et ses lyrics adoptent la touche surréaliste d’un Johnny Dowd ou d’un Jim White (de son vrai nom Michael Davis Pratt), dont le “Wrong Eyed Jesus (The Mysterious Tale Of How I Shouted)” paru en 1997 demeure un exemple notoire de pataphysique appliquée à la Bible Belt. Mambo enjoué en dépit de ses accents lugubres, “Mr Johnson’s Lucky Pie” offre à l’excellent Gona Lehtinen une nouvelle occasion de faire scintiller sa surf guitar, tandis que ses complices lui donnent la réplique en chœur. Au milieu de ce fatras stylistique, le southern soul blues “How Can You Miss” sonne quasiment comme un inédit de Lynyrd Skynyrd ou des Allmans, et Lehtinen s’y taille cette fois encore la part du lion en un solo d’un feeling et d’une concision significatifs, avant que les authentiques funks “A.J. Leafer”, “Al Dante” et “Almost A Man” ne rebondissent ensuite comme des ballons sauteurs sur une basse hénaurme et un break-beat, au fil desquels les six cordes lead s’ébrouent comme un alligator que l’on aurait dérangé en pleine sieste. Si vous parvenez à ne pas vous trémousser béatement là-dessus, c’est que vous êtes sévèrement frappé de catalepsie. Une méchante slide électrifiée introduit ensuite le traînant double shuffle “Dicco Sniffin’ Boogie”, dont la facture greasy remémore les premiers ZZ Top (de la musique pour motards accidentés sous codéine, en quelque sorte). Cette épatante rondelle se referme sur le second-line beat “The One That Got Away”, soit en pleine Nouvelle-Orléans (ce qui n’est tout de même pas ordinaire sous ces latitudes glaciaires), pour confirmer l’éclectisme revendiqué de ces soudards effrontés. Mon disque du mois (et nous ne sommes pourtant que le 3): tout ce que j’aime dans un grand verre!

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, October 3rd, 2026

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