ITW de Beth Hart

                                       ITW de Beth Hart

ITW préparée et réalisée par Frenchy

A l’occasion de la sortie de ‘Don’t Explain’, un album important, en duo avec la star montante de la guitare Joe Bonamassa, Paris Move a voulu rencontrer Beth Hart, une rockeuse que les journalistes paresseux voudraient comparer à Amy Winhouse. Oui, il y a le look, le passé de junkie alcoolique et cette voix à se damner, bien sûr, mais Beth la croqueuse de vie est un tout autre animal. Rock & Roll animal…!

Frenchy : En ces temps de politiquement correct, c’est étonnant de constater que toi, tu ne caches rien sur ta biographie, les problèmes d’alcool, de drogue et le reste!
Beth :
Je sais pas, je pense avoir le devoir d’être honnête dans tout ce que je fais dans ma vie. Le fait que j’arrive à transformer des évènements terribles en quelque chose de positif peut sans doute aider d’autres personnes qui on vécu dans choses semblables dans leur propre vie et qui pensent qu’ils ne méritent pas de vivre. Mais il y a une autre raison, plus égoïste. Quand j’en parle, ça m’aide à ne pas oublier. Ceux qui te conseillent de cacher la merde sous le tapis ont tort, car le passé sera toujours en toi, quoi que tu fasses.

Pourquoi penses-tu être si auto destructrice?
Je suis née comme ça, je suppose. Mon cerveau veut toujours m’emmener dans des endroits dangereux. Je tiens ça de famille, le grand-père de ma mère s’est suicidé et la mère de mon père s’est aussi suicidée. Mais j’ai de la chance parce qu’eux ne connaissaient pas les médicaments qui existent aujourd’hui.

T’a même été en taule, à un moment…!

Ouais, une journée, à l’âge de 15 ans, et une autre fois à 29 ans.

Tu crois que tout ça a joué par rapport à ta carrière, malgré le talent évident que tu as?

Mon psychiatre dit ça (rires)…! Tu sais, je vais juste avoir 40 ans, alors je pense pas que j’ai du payer un prix. J’ai juste vécu c’est tout…

Tu as commencé par le piano, à l’âge de quatre ans…

Oui. J’arrêtais pas de jouer, même quand mes copines venaient à la maison. Du coup, elles demandaient à leur mère de ne plus venir chez moi (rires).

Tu jouais quoi? De la musique classique?

Oui, et j’adorais ça!

Tu aimes toujours?
C’est ma musique préférée, la plus belle musique au monde.

C’est étonnant de t’entendre dire ça, toi la Rock & Roll Animal sur scène! (rires)
Oui, tout le monde me dit ça! Mais si tu montes dans ma voiture et que je mets le contact,…musique classique!!! Le réveil sonne le matin,…musique classique!!! (rires)

Tes préférences?
Mon préféré est Beethoven, et celui que j’aime le moins, c’est Mozart.

Quand as-tu commencé à chanter?

Vers six ou sept ans j’ai voulu apprendre toutes les chansons de la comédie musicale ‘Annie’, que j’adorais, et j’ai commencé à les chanter pour ma mère et mes amies.

As-tu appris un autre instrument que le piano?
Oui, j’ai fait du violoncelle. Je suis tombé amoureuse de cet instrument…

Tu n’avais pas envie, comme tous les autres ados, de monter ton groupe de Rock?
Non, pas du tout (rires). Pas avant de prendre de la drogue! Vers 14 ans.

Et cette passion pour Etta James?
Je devais avoir seize ans et j’arrêtais pas d’écouter Big Joe Turner à ce moment-là. Un pote m’a conseillé d’écouter ‘Blues in the Night, The Early Show’, un concert d’elle devant cinquante ou soixante personnes, si j’étais vraiment branchée Blues. C’est encore aujourd’hui mon disque préféré!

Elle aussi à eu une vie difficile…

Oui. Son père était un joueur de billard et sa mère une prostituée. Et elle a fini terriblement accro à la dope, pendant très longtemps. Et son corps a explosé quand elle a arrêté la dope pour la bouffe. Mais cette femme peut chanter Rock, Soul, Jazz et Blues, tout ça dans la même chanson! Je n’ai jamais imaginé chanter une de ses chansons…

Et tu viens d’en chanter deux sur ce disque!
Ouiiiiiiiiiii…!!!! (rires)

Comment ça se fait que tu n’aies pas eu peur de reprendre des gens comme elle ou Ray Charles et Aretha Franklin?
Oh, mais j’ai eu peur! En sortant du studio le premier jour, je n’arrêtais pas de me gratter. J’ai relevé mes manches et je me suis aperçu que j’avais des grosses plaques rouges dues au stress.

Pourquoi choisir ces chansons alors?

Ce sont mes préférées et j’aimais le challenge de les interpréter sur ce disque. Aujourd’hui, grâce à mes médicaments, j’accepte l’idée de rater… et de réussir, aussi! Tu sais, c’est le seul disque que j’ai fait que je continue à écouter.


Pourquoi ce choix de faire ‘Chocolate Jesus’ de Tom Waits?

La première fois que j’ai entendu Tom Waits, c’était à la fin des années 90, un album qui s’appelle ‘Mule Variations’. Je n’arrivais pas à croire que quelqu’un puisse écrire de telles chansons, mieux que celles de Bob Dylan pour moi. Il a tellement de talent que moi j’avais envie d’arrêter (rires). J’ai pensé que je n’arriverais jamais à écrire comme ça. Quand j’ai travaillé cette chanson pour le disque, je ne voulais pas refaire ce côté Bluesy de la chanson, je voulais lui donner un côté sexe. Juste pour emmerder le monde (rires).

Et le choix de Bill Withers?

Je ne connaissais pas Bill Withers, c’est Joe qui a choisi ce titre. Je ne voulais pas faire ma Diva et dire non (rires). Et, à force, j’ai fini par aimer cette chanson, comme le ‘Well, Well’ de Delaney & Bonnie, que Joe voulait vraiment faire.

Est-ce vrai que pour ‘I’ll Take Care Of You’ de Brook Benton, tu n’arrivais pas à trouver une manière de la chanter?

Oui, j’ai beaucoup travaillé pour trouver mon truc à moi. Au contraire de ‘Your Heart Is As Black As Night’. Dès que je l’ai entendue, je savais de suite comment je la chanterais!

Comment as-tu enregistré tes voix?
En Live, avec le groupe. Je n’ai rien enregistré après les séances. Mais je crois que Kevin a corrigé une fausseté sur le pont de ‘I’ll Take Care Of You’. Quand j’ai écouté la prise, je trouvais que c’était un peu faux et quand j’ai été au mixage, ce n’était plus aussi faux (rires). Mais il n’a jamais confirmé (rires)…!

Pourquoi ne pas avoir mis sur le disque ‘A Change Is Gonna Come’, que tu fais sur scène avec Joe?
On a essayé de la faire, et je ne la chantais pas très bien. Ca s’est passé aussi le premier jour de l’enregistrement et j’étais définitivement trop nerveuse.

As-tu enregistré une autre chanson qui n’a pas été mise sur le disque?

Oui, ‘Don’t Me No Favours’, un titre de James Hunter qui sonne un peu Rockabilly Jazz.

Ouais, pas très intéressant comme titre… Mais tu n’avais le droit qu’à un essai par titre?

Oui, et j’ai aimé ça chez Kevin. ‘On fait celle-là maintenant. Tu la chantes bien, super, tu n’arrives pas à la chanter, on la met pas sur le disque.’ J’aime cette honnêteté.

Parle-moi du groupe…
Je connaissais le bassiste, Carmine Rosas, depuis des années. Je n’avais jamais rencontré Arlan [Scheirbaum, le claviers], qui est devenu comme un petit frère pour moi. Tellement gentil. Il voyait dans que état j’étais, et il me disait: ‘Tu vas voir, tu vas être super!’

Etonnant de voir Blondie Chaplin sur ce projet!

Quand je l’ai rencontré, je l’ai trouvé si étrange… Il jouait de la guitare, assis dans un coin, en fumant son joint… Mais je vais te dire: dans ma cabine, j’avais une petite table de mixage sur laquelle je pouvais choisir les musiciens que je voulais entendre pendant que je chantais. Et, à la fin, c’est lui que je mettais le plus fort! Un incroyable talent. La manière dont il joue de la guitare est si sincère et spéciale. Il joue comme le Rock et le Blues devaient être joués au début, par nécessité. Je pense que Blondie a cette vérité ultime que tous les musiciens essaient d’exprimer…

Tu connaissais le producteur, Kevin Shirley, avant ce projet?

Je croyais que non et quand je l’ai rencontré, je lui ai dit que j’étais enchantée de faire sa connaissance, et il m’a dit: ‘On se connait déjà, on a pris un petit déjeuner ensemble il y a 14 ans !’ (rires). En fait, il devait produire un de mes albums et ça ne s’est pas fait…

Et la rencontre avec Joe? Tu avais déjà chanté sur son album ‘Dust Bowl’!
Oui, mais j’ai fait ces chœurs le premier jour de l’enregistrement de ‘Don’t Explain’. On s’était juste croisés sur deux festivals avant ça. Je lui dois beaucoup d’avoir voulu faire ce projet avec moi.

Comment est d’ailleurs venue l’idée de faire cet album?
Joe était en Grèce, en train d’enregistrer son album, et un soir qu’il n’arrivait pas à dormir il a écouté la réédition de ‘Get Yer Ya-Ya’s Out’ des Stones, qui comprend aussi les sets des premières parties. Dès qu’il a entendu Ike & Tina Turner il a contacté son producteur, Kevin Shirley, en lui disant: ‘Faisons un album de reprises de Soul music avec Beth…!’

Joe a-t-il été directif avec toi?

Pas du tout! Il m’a demandé quelles chansons j’aimerais mettre sur l’album, m’en a proposé d’autres, et on a chacun choisi la moitié des titres sur l’album. Il n’y a pas eu de pré-production, aucune répétition. Je suis arrivée à midi au studio et Kevin m’a dit: ‘Tu peux aller chanter, le micro est installé’ (rires).

C’est vrai que vous n’avez mis que quatre jours à faire ce disque, toi et le groupe?
Totalement! Jouer Live en studio est tellement plus gratifiant. Je déteste les studios d’enregistrement (rires)…!

Comment as-tu réussi à gérer la pression?

Comme je te l’ai dit, le premier jour je n’ai pas réussi (rires). Je veux pas sonner trop américaine, mais le soir je suis rentré chez moi et j’ai prié. Et le lendemain, tout s’est super bien passé…

Que penses-tu des versions que tu as faites des titres de ton idole Etta James?
J’espère que si elle les entend, ça ne lui donnera pas envie de vomir et qu’elle pensera que la branleuse a fait un bon boulot (rires)…

Pas la peine de te demander si tu es fière de ce disque!
Je suis reconnaissante pour ce disque! C’est de loin le disque sur lequel j’ai le mieux chanté. Il y a deux ou trois chansons que j’ai écrites avant cet album dont je suis très fière, mais pour le chant, le mieux que j’ai jamais fait est sur ce disque.

Sur le prochain disque, on aura donc le chant ET les compos?
On sait jamais, tu sais. Parfois on pense avoir franchi un palier et quelque chose survient et te fait redescendre de deux. Je ne m’attends à rien, ça a sûrement à voir avec le fait de vieillir (rires)…! Fais le maximum, profite de l’instant car tu ne sais jamais ce qui va suivre…

Cette expérience va quand même changer quelque chose, non?

J’ai pensé à ça ce matin. J’espère que ça va changer ma manière d’écrire des chansons. J’espère que ça va déteindre sur ma manière d’écrire des chansons. Les portes sont ouvertes en tout cas…

 

BM : Tu as choisi comme titre de ton album, Don’t Explain, la reprise d’un morceau de Billy Holliday. Peux-tu nous expliquer ce choix?
Beth Hart :
C’est l’une de mes chansons préférées, en terme d’écriture, mais ce n’est pas moi qui ai décidé de donner ce titre à l’album, c’est le choix des producteurs Kevin Shelley et Joe Bonamassa. Je ne peux donc pas répondre précisément à ta question, mais j’assume le titre de l’album.

BM : Certains te comparent à Amy Winehouse. La connaissais-tu ?
BH :
Non, mais je l’aimais, je l’aimais vraiment beaucoup. Et quand elle est morte, cela m’a beaucoup touchée. C’était une très belle jeune femme. Ma sœur Sharon est décédée à peu près dans les mêmes circonstances. Elle avait contracté le virus du sida après avoir consommé trop de drogue. Et avec Amy, c’est un peu comme si ma sœur était morte uns seconde fois. D’autant plus que j’en porte encore le deuil. Je ne m’en remets toujours pas! Et lorsque l’on me parle de cette artiste, cela me donne à nouveau envie de pleurer.

BM : N’est ce pas trop difficile d’être mariée avec son propre manager?
BH : (rire) Non, c’est magnifique! En fait, c’est mon Road Manager. Celui qui s’occupe de tout, donc de moi lorsque je suis en tournée. Mon Manager, au sens où tu l’entends, c’est David Wolf. Cela fait 17 ans que l’on travaille ensemble. Et mon Road Manager, c’est mon mari. Ce n’était pas son job, auparavant, car il était plutôt dans le théâtre, il s’occupait de l’intendance. Lorsque je l’ai rencontré, nous avons d’abord été amis quelque temps, puis on a commencé à se fréquenter et nous nous sommes mariés un an après. Cela fait maintenant dix ans que cela dure. Tu sais, j’adore vraiment être en tournée avec mon mari. J’aime d’ailleurs cela plus que chanter ou écrire. Et puis je peux te dire que je ne tournerais pas autant sans lui, cela serait trop difficile!

BM : Est-ce que tu travailles particulièrement ta voix?
BH :
Tu sais, je me suis beaucoup entraînée lorsque j’étais adolescente. J’avais un super professeur de chant qui me disait: ‘Je ne vais pas t’apprendre le style, parce que cela t’appartient, mais je vais t’enseigner comment parvenir à une vie saine!’, et il n’arrêtait pas de me dire ‘pas de tabac’, mais je n’ai pas arrêté pour autant. Mais pour tout le reste, j’ai suivi ses conseils. Je m’échauffe la voix avant un spectacle et à la fin du show, j’en fais d’autres pour reposer mes cordes vocales. Je bois beaucoup d’eau et de thé. En bref, tout ce que font les artistes pour éviter de perdre leur voix.

BM : Tu as commencé ta carrière d’artiste très tôt…
BH :
J‘ai commencé jeune à jouer du piano, puis du violoncelle. Et j’ai donné mon premier récital de piano à l’âge de 4 ans. Mais je ne chantais pas, ce n’était qu’instrumental. Et puis, un peu plus tard, vers 14 ans, j’ai commencé à écrire des paroles de chansons. J’avais commencé également à composer de la musique très jeune, avant même d’écrire les textes. Ce n’était bien sûr ni du classique, ni du jazz, ni du rock ou de la pop. C’étaient mes chansons à moi…! Je n’ai commencé à travailler dans un genre bien précis que vers 30-35 ans, car auparavant, je ne voulais qu’être pianiste ou violoncelliste, et éventuellement chanteuse lyrique. C’est d’ailleurs pour cela que j’avais commencé à étudier avec un professeur, à l’âge de 12 ans. Mais c’est vrai aussi que je ne pouvais pas m’empêcher de chanter mes propres compositions. Et un jour, le professeur m’a dit que le chant lyrique était réservé à la musique classique. Et comme je ne suis jamais parvenue à me discipliner, j’ai continué à mélanger les genres…

BM : Tu as déjà enregistré 6 CD avant ce nouvel opus…
BH :
Le premier, Immortal, sorti en 96, était rock, mais en fait j’en avais fait un auparavant, Hart and the Ocean of Souls, sorti en 1993 et republié en 2009. Pour moi, c’est Immortal qui a été la grande première. Le second, Screamin’ for my Supper, en 1999, contenait des blues et un peu de rock. Après cela il y a eu Leave the Light on en 2003, et celui-là a connu un retentissement jusqu’en Europe. Peut-être parce qu’il était un peu plus soul. Ensuite j’ai fait un CD/DVD, Live in Paradiso, en 2005, puis un qui fut plus rock, 37 Days, en 2007, et My California, en 2010, beaucoup plus doux, avant cet album avec Joe Bonamassa.

BM : Joe Bonamassa s’est comporté comme un véritable gentleman sur ce disque car il est là, bien sûr, mais son jeu est beaucoup plus dans la discrétion, comme pour mieux te mettre en avant…
BH :
Oui, ce qu’il a fait est très généreux de sa part. Je n’avais jamais travaillé avec lui et je ne savais pas trop ce que tout ça allait donner. Quand je suis arrivée dans le studio, il m’a tout simplement dit: ‘Fais ce que tu aimes!’. Franchement, je dois te dire que je n’avais jamais travaillé avec un artiste qui donne tant. Il a été parfait!

BM : Sur cet album vous ne faites que des reprises. Avez-vous déjà prévu un autre disque qui ne contiendrait que vos compositions personnelles, à toi et/ou à Joe?
BH :
En ce qui me concerne, j’ai prévu de sortir un nouvel album en mai 2012. Mais avec Joe, nous avons prévu de faire quelque chose ensemble aux alentours de janvier 2013, quelque chose qui sera sans doute très soul.

BM : Mais tu vas tourner encore sous ton seul nom…
BH :
Oui, parce que je n’ai pas encore eu l’occasion de tourner avec Joe. Je viens de terminer un DVD Live avec lui et lorsque nous avons terminé le show, il m’a dit qu’il avait envie de faire une tournée d’une quinzaine de dates avec moi. Et ça, je crois que cela va être vraiment bien!

BM : Comment as-tu rencontré Joe?
BH :
Hé bien je faisais les chœurs sur l’un des titres de son album ‘Dust Bowl’, et nous avons commencé en parallèle à enregistrer ‘Don’t Explain’.

BM : Tu as enregistré deux émissions télé en France, Taratatta et La Musicale. Etais-tu déjà passée par la France?
BH :
Oui, une fois, en 1996. Et depuis, je reviens régulièrement en France lors de mes tournées. J’ai aussi visité l’Australie, dernièrement.

BM : L’histoire de ta vie n’a pas toujours été facile, si tu peux me permettre de le dire ainsi. Penses-tu que chanter, pour toi, agit comme une thérapie?
BH :
C’est difficile à dire. J’aime chanter et je ne l’ai jamais considéré sous cet angle là!
Chanter, parfois, me brise le cœur, tout comme cela peut me rendre aussi particulièrement heureuse. Mais tout dépend des textes, et de ce que je chante. Quand cela me rend triste, c’est parce que les paroles évoquent des événements tristes. Mais ce qui me pousse à continuer, c’est parce que je n’oublie pas, et que cela fait partie intégrante de ma vie. Je ne crois pas ceux qui disent que l’on oublie plus facilement les événements tristes, pour les uns, et les événements heureux, pour d’autres. Moi, je garde tout en mémoire.

BM : Comment est ce que tu composes tes propres morceaux?
BH :
Cela dépend… A la basse, à la guitare ou au piano, bien que je ne sois pas très bonne à la guitare. C’est vrai que la plupart du temps, c’est au piano que je compose.

BM : Te considères-tu davantage comme une songwriter ou plutôt comme une poétesse?
BH :
Je me considère d’abord comme une musicienne qui écrit des chansons. La musique est quelque chose qui me vient facilement. Mais pour ce qui est d’écrire des paroles, cela représente un vrai travail. C’est ce qui me prend le plus de temps. C’est toujours un vrai défi que d’écrire des textes.

BM : Comment trouves-tu l’inspiration?
BH :
En ce qui me concerne, il faut vraiment que cela vienne du plus profond de moi. Quelque chose qui m’a blessée, effrayée. Il faut que cela soit quelque chose que j’ai en moi et que je puisse exprimer. Quand je suis heureuse et que tout va bien, rien ne me vient à l’esprit. Je suis comme ça…

BM : Qu’apprécies-tu particulièrement lorsque tu fais de la promo, comme en ce moment, toi qui est si entière et sincère jusqu’au bout des ongles?
BH :
Tu sais que faire de la promo c’est très souvent lié à des concerts, plus ou moins longs en fonction des endroits où on se trouve. Et c’est magnifique, parce que c’est toujours excitant d’être sur scène avec son groupe. C’est un défi permanent et quand ça marche, c’est vraiment très gratifiant. Mais pour vraiment répondre à ta question, oui, c’est vrai, j’aime beaucoup aussi faire de la promo. J’aime faire des télévisions, car il faut toujours être prêt, ici ou là, en mouvement, c’est très excitant! Et puis tu rencontres plein de gens, tu peux croiser d’autres artistes que tu ne verrais pas autrement, et ça, même dans le petit monde dans lequel je vis. Car on n’a pas souvent l’occasion de se croiser. Dans ce petit monde de la musique, je travaille tout le temps. J’aime aussi faire des radios. Cela me rappelle ma jeunesse lorsque je m’imaginais moi-même Disc Jockey. En réalité, j’aime faire les deux, la promo et les concerts. Tu sais, en fait, j’aime jouer partout. Bien sûr que si j’avais le choix, je préfèrerais jouer dans de grands théâtres. Cela ne m’effraie pas de jouer devant pus de 2.500 personnes. En réalité, c’est même plus intime. Et il y a suffisamment de gens pour que le courant passe. Et puis le son est extraordinaire dans les théâtres. Même si c’est vrai qu’un petit club, c’est pas mal non plus. En réalité, y’a tant de choses qui rentrent en jeu. Les festivals, c’est bien également, même si je n’ai jamais l’impression que je vais être bonne. C’est tellement grand et ma musique est si personnelle… Donc si je dois faire un festival, je serai plus rock’n’roll….et il me manquera la douceur que j’affectionne. Comme tu le vois, il y a pour moi de bonnes choses partout mais ce que je préfère, oui, ce sont les grands théâtres.

BM : Et tes musiciens actuels?
BH :
Y’a John Nichols à la guitare, avec qui je suis depuis 12 ans, Todd Wolfe à la batterie, avec qui je suis depuis 8 ans, et Tom Lilly à la basse, avec qui je suis depuis 11 ans. Comme tu peux le remarquer, je suis avec eux depuis un moment (rire)! C’est devenu comme une seconde famille pour moi.

BM : Tu ne fais pas que chanter sur scène…
BH :
Oh non! Je joue également du piano électrique et de la guitare acoustique. Dommage, mais il m’est impossible d’avoir un vrai piano avec moi.

BM : Mais tu en as un chez toi…
BH :
Non, pas un, mais deux pianos! Un très vieux piano droit et un Baby Grand Piano, une sorte de modèle réduit de piano à queue. J’ai aussi 6 ou 7 guitares. Beaucoup moins que Joe, évidemment (rires).

BM : Tu ne vis plus à Pasadena, en Californie…?
BH :
J’ai passé une partie de mon enfance à Pasadena, mais depuis une douzaine d’années, je vis à Silver Lake en Californie, près de Los Angeles.

BM : Et quand tu ne chantes pas…?
BH :
J’aime marcher en forêt, aller à la pêche en rivière ou en mer. Je fais aussi du vélo avec mon mari, le long des plages, et nous courrons aussi. Il y a un lac près de chez nous, et c’est super de courir autour avec le chien, tôt le matin.

BM : Songes-tu à avoir des enfants, maintenant que tu as trouvé une certaine paix intérieure?
BH :
Oui, bien sûr! Souvent je me dis oui, j’en veux, et aussitôt après, c’est non. Car c’est vrai que je suis très souvent en tournée et je ne voudrais pas laisser mon enfant trop souvent en garde à quelqu’un d’autre, et je ne voudrais pas le retirer de l’école pour l’emmener en tournée avec moi. Avoir des enfants cela doit être fantastique, mais cela signifierait pour moi l’arrêt des tournées…, alors je ne sais pas.

BM : Quelle musique écoutes-tu lorsque tu es à la maison?
BH :
Du classique! Mozart, Bach, Chopin, Hayden, Schubert et Beethoven, c’est lui mon préféré! J’écoute aussi Ella Fitzgerald. J’aime beaucoup Edith Piaf, James Taylor, Amy Winehouse, les Sex Pistols, Bob Marley et le Reggae. En fait, j’aime tous les genres de musique.

BM : Compte tenu de ta culture musicale, n’as-tu jamais songé à enregistrer un album avec un orchestre classique?
BH :
Si, et on a quelque chose en projet avec mon producteur. Seulement on n’est pas encore parvenu à tomber d’accord sur la période dans laquelle on puisera. J’aimerais par exemple vraiment faire un disque de jazz classique, avec d’anciens tires connus comme My Funny Valentine, Cry Me A River… Ce serait vraiment génial de reprendre tous ces morceaux là! J’aimerai aussi reprendre un titre de Billy Holliday! Regarde cette femme et la vie qu’elle a vécue. Regarde Strange Fruit, c’est vraiment beau et incroyable. Surtout quand on connait l’histoire de cette femme. Elle a vraiment vécu une vie très spéciale, faite de beaucoup de moments tristes, et de moments vraiment horribles.

BM : Que penses-tu de la France?
BH :
J’aime beaucoup ce pays, et pas seulement pour Edith Piaf. J’ai beaucoup appris sur ton pays en regardant un film sur la vie de Joséphine Baker qui était une afro américaine rejetée dans son propre pays. Elle est venue en France et a été adoptée par le peuple français. Grâce à ce film, j’ai appris à découvrir ton pays, les monuments, les rues, les villes et les gens aussi. Et j’ai été séduite. Quand j’ai vu ce film, je n’avais que 16 ans, et je me disais que cela devait être merveilleux d’aller à Paris! Même si cela ne devait durer qu’un jour! Jamais je n’aurais osé imaginer que j’y viendrai un jour…

BM : Avant de venir te rencontrer, j’ai fait écouter ton disque à une amie qui a trouvé que ta manière de chanter était comparable à Edith Piaf…
BH :
WAOUH, vraiment…?!!! Hé bien tu la remercieras pour moi, car cette femme, c’est….comment dire….je ne comprends pas les paroles en français, mais j’ai le sentiment de la comprendre, elle. Il y a une telle intensité dans ce qu’elle chante. C’est tellement intense, du point de vue émotionnel. Je suis très touchée par ce compliment.