ROOTS & ROSES FESTIVAL – 1er mai 2025

ROOTS & ROSES FESTIVAL
Lessines, Belgique, 1er mai 2025

Texte et Photos: Jean-Christophe Baugé (BLUES MAGAZINEJAZZ NEWSLEGACY (DE)MYROCKPARIS-MOVEROCK & FOLK)

Le Roots & Roses festival, rendez-vous incontournable des amoureux des formes modernes de folk, blues, rock’n’roll et garage, s’est tenu le jeudi 1er mai 2025 à Lessines (B), dans la province du Hainaut, à 60 km de Lille, sous deux chapiteaux géants.
Cette 14ème édition, la première sur les anciens terrains de foot de l’Union, proposait Fred And The Healers (B) et Eli «Paperboy» Reed (USA) en têtes d’affiche. De quoi attirer d’autres directeurs de festivals, à l’instar de Philippe Delory pour l’excellent Raismes Fest, venus faire de bon matin leur marché pour 2026…

THE FLYNTS (Les Silex), avec un «y» pour faire la nique au duo pop homonyme de Manchester, ravivent depuis Arlon, en Wallonie, la libido rock dans notre époque insipide et désenchantée. Boris Iwanow (Les Paul jouée sous la ceinture) et Luca Galet (basse), adulateurs de Greta Van Fleet avant le confinement, dégrossissent une dizaine de compositions à l’intention de Raphaël Rufo, demi-finaliste de The Voice Belgique avec «Radar Love» de Golden Earring, et son couteau-suisse de batteur Gaël Thiry. Une musique sous influence (Led Zeppelin en pointe, beaucoup d’autres en écho servile), mais un groupe de cœur. Bientôt reçu en majesté, avec une esthétique assumée (chemises bariolées, pantalons pattes d’éléphant), par 4 000 spectateurs au Classic 21 Festival le 1er juin 2024. First Spark est le trip rock’n’roll d’un quart d’heure de gloire où chaque morceau, du groovy «White Lava» au vaporeux «Mystic Deams», apporte son lot de tensions, de respirations, d’envolées. Raphaël, dont les lunettes fumées travestissent le réel, a beau déclamer «Bright days might come to an end» entre deux falsettos, le quatuor pyromane entend bien faire aujourd’hui des étincelles… pour mieux mettre demain le feu aux poudres.

Précédent de peu la vaguelette Ultra Lounge de Capitol Records, de bonnes âmes gantoises s’agrègent sous la bannière THE WHODADS (The Revelaires, dans sa version allégée) en 1994 pour revisiter les musiques de salon, de films, d’une époque où les voitures avaient des ailes et les missiles étaient en crise. Au même titre que Fifty Foot Combo, de Gand, ou Condor Gruppe, d’Anvers, restés sous les radars du métier. Parmi John Barry, Jack Constanzo, Martin Denny, Ray Anthony, Les Baxter, Mel Tormé, Nelson Riddle, le collectif de cowboys de l’espace a choisi de célébrer… Henri Mancini sur son album 10 pouces des 25 ans. Spook!, outre Filip Wauters (guitare), fait la part belle aux soufflants du big band, du tromboniste Frederik Hevimann sur «A Shot In The Dark» au saxophoniste Tom Callens sur «Joanna». «James Bond Is Black», single issu des mêmes sessions des 16 et 17 septembre 2019 au studio Boma, complète l’offre numérique. Le pont surf-jazz-mambo-cool entre Link Wray et Perez Prado est désormais jeté sur scène, où la diaphane Reena Riot, invitée de la dernière heure au chant, renforce l’affectio societatis.

Formé pendant la crise du COVID à Gillingham, dans le Kent, THE ZAC SCHULZE GANG – soit les frères Zac (chant, guitare) et Ben Schulze (batterie) plus Anthony Greenwell (chant, basse) – a plus de rêves que de souvenirs lorsqu’il décide de réhabiliter le patrimoine en souffrance de Rory Gallagher au festival de Ballyshannon en 2022. Si les EP autoproduits Made Of Three (2023) et Live And Loud (2024) témoignent encore d’une continuité culturelle, Straight To It, aux vidéos rythmées et calibrées pour la viralité, est jalonné de repères plus flageolants. Tout en muscles, l’excellent single «High Roller» que le commentariat qualifie, sans guillemets distanciés, de Dr. Feelgood, peine pourtant à évoquer, lors du solo de guitare boosté à la tube screamer, l’anti-virtuose Wilko Johnson. Sur scène, à rebours des formations classic rock dont on se réjouit de la multiplication métastatique, TZSG mobilise surtout ses énergies pour la mise en abîme de reprises, comme ce «Shadow Play» de Rory Gallagher lardé du chorus du «Sultans Of Swing» de Dire Straits. Même le meilleur lobbyiste à la solde de Ruf Records ne saurait nier l’évidence: rarement un groupe qui tourne à raison de 250 dates par an aura aussi peu promu son premier album!

Née Justina Ogunlolu d’une mère de 17 ans avec qui elle a vécu, pauvre, dans les rues de Lagos au Nigeria, JUSTINA LEE BROWN, aujourd’hui immigrée à Baden en Suisse alémanique, sort un second album solo relié à plusieurs traditions: funk («On My Way», qui ne s’interdit pas de rapper), blues («Crossfire», justifiant à lui seul le Swiss Blues Award décroché en 2024) et rock («10K Feelings», tel qu’aime enregistrer Dan Auerbach au débotté). C’est pourtant «Billiki», en plage n°4 mais à l’extrémité «tribale» du large spectre musical proposé, qui cristallise l’expérience d’une vie. L’histoire d’une fillette partie chercher de l’eau au ruisseau, enlevée, abusée, fait écho au travail de la fondation JLB Care contre la maltraitance infantile en Afrique. Malade de son nomadisme, la chanteuse charismatique qu’on présentait benoîtement comme citoyenne du monde envisage, pour son premier retour de «congé» maternité, une suite 100% afro, faisant de Black & White Feeling (2019) et Lost Child (2023) une parenthèse, sinon enchantée, rare.

ROOTS & ROSES FESTIVAL
Lessines, Belgique, 1er mai 2025

Texte et Photos: Jean-Christophe Baugé (BLUES MAGAZINEJAZZ NEWSLEGACY (DE)MYROCKPARIS-MOVEROCK & FOLK)