BELLEVILLE NOCTURNE en concert au Pitchtime

BELLEVILLE NOCTURNE au Pitchtime le 27 Octobre 2017
Reportage : Alain AJ-Blues
Photos : © Alain AJ-Blues
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“J’allais de galère en galère, depuis des jours et des nuits. Je savais vraiment plus quoi faire pour donner un sens à ma vie. C’est là qu’il est venu, vêtu de rouge et de noir, avec un je ne sais quoi de trop brillant dans le regard. Il m’a dit: je t’offre le pouvoir, la puissance et l’argent, enfin tout ce que rêvent d’avoir les hommes depuis la nuit des temps. C’est vrai, je peux faire ton bonheur, mais chaque chose a un prix. Donne-moi ton âme, donne-moi ton coeur, ils m’appartiennent si tu dis oui. J’ai regardé un instant et j’ai répondu simplement: rien à faire, je préfère Lucille à Lucifer, rien à faire, je préfère Rocky à Rockfeller, j’n’ai rien à faire, rien à faire en enfer.”
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Texte de Gérard Cintra, auteur, compositeur, interprète et guitariste du groupe Belleville Nocturne.

Même si le bleu, couleur du Blues, associe cette musique à celle du diable, même si l’état dépressif était jadis attribué à cette couleur, loin de nous la volonté d’engendrer la mélancolie, mais plutôt de pencher pour l’enthousiasme avec un brin d’euphorie. Laissons brûler les flammes de l’enfer derrière nous, car nous non plus, nous n’avons rien à faire chez Lucifer. Ouvrons plutôt en grand les portes de notre petit paradis, celles de la petite salle de concert du Pitchtime en ce 27 octobre 2017, pour découvrir le répertoire de Belleville Nocturne.

Heureux que nous sommes, adeptes du Blues chanté en français, fervents de découvertes avec toujours un faible pour les compositions, nous allons être gâtés. Que dis-je, enchantés!
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Formé récemment, Belleville Nocturne n’en est pas moins un groupe composé de musiciens d’expérience. Vous savez, ces “vieux routards” qui on déjà bien roulé leur bosse. Autour de Gérard Cintra, chant et guitare, sont présents Dominique Mordini, guitariste et arrangeur, Dominique Paton à la basse et Patrick Jean à la batterie. Nous présentant ses complices, Gérard, avec humour, dira de ce dernier qu’il a joué partout dans le monde, avec les grands de ce monde. Citons par exemple sa participation à la batterie avec Michel Jonasz, ou encore avec le groupe Cruciferius, et Demis Roussos, tout de même!

Une nouvelle fois, je dirai que ces endroits de proximité comme le Pitchtime permettent d’être au plus près des artistes, de les côtoyer dans l’intimité, comme ce fut notre cas ce soir avec Patrick Jean durant le repas avant concert, partagé avec le groupe.
Lorsque Patrick Jean nous conte quelques anecdotes de ses rencontres avec effectivement des grands de ce monde, nous pouvons lire dans son regard pétillant et quelque peu malicieux, cette flamme, cette passion qui l’anime et qui pousse à toujours aller de l’avant.
Ce sont des moments privilégiés, car nous avons toujours beaucoup à apprendre en compagnie de tels personnages, tant ils sont disponibles et accessibles, tant ils savent rester humbles. tant on se sent proches d’eux. Merci Patrick, pour ces moments partagés avec toi.

Place au concert, place à la découverte, entrons dans l’univers Blues de Belleville Nocturne.
Durant deux sets, durant deux heures de concert, une vingtaine de compositions seront jouées, dont ce savoureux ‘Cocktail maison’ si explicite, car il résume le répertoire de ces noctambules du Blues, ponctué d’un zeste Folk-Jazzy et d’une bonne rasade de Rock Laid Back. C’est servi bien chambré et c’est à déguster avec délectation et sans modération!
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Gérard Cintra est un poète. Ses textes ciselés, riches en rimes, sont une superposition d’images, le déroulé d’un vécu ou d’un imaginaire, parcourant les chemins de la vie où se côtoient l’ombre et la lumière, comme sur ce premier titre, reprenant le nom du groupe ‘Belleville Nocturne’: “Dans la blancheur d’un clair de lune, à l’heure où les néons s’allument, toutes les couleurs n’en font qu’une, Belleville Nocturne. Pour un repas, quelques bières brunes, un bluesman chante sans rancune, tous ses rêves perdus , l’amertume.”

Au fil des titres, ‘Rien à faire’, ‘Gringo’, ‘Bien perdu ‘, des accords de guitare, la voix de Gérard, grave ou enjouée suivant les textes, fait passer l’émotion, comme sur ce titre ‘Daisy’, car en poésie, l’amour a toujours à dire.
Complice de tous les instants, le souriant Dominique Mordini ne va pas se priver de nous dévoiler tout son talent à la guitare électrique. Tout en finesse et à point nommé lorsque le moment est venu, fusent ses riffs de gratte ajustés de main de Maître, pour quelques envolées Blues/Rock bien jouissives et fortement applaudies par le public. J’ai fermé les yeux pour mieux ressentir son jeu.

Coté rythmique, imperturbable à la basse, Dominique Paton n’est pas en reste, loin de là. Il est indissociable de cette formation, et le groove de son jeu est à toute épreuve.

Privilège du lieu, discrètement, je prends place sur un côté de la scène pour quelques clichés, tout proche de Patrick Jean. J’écarquille en grands les yeux devant ce prestidigitateur, scotché devant tant de dextérité aux baguettes, et durant de longues minutes je le regarde jouer, tant cette facilité parait déconcertante. Je vais en faire sourire certains, et ce en toute innocence, car en le voyant frapper sur ses fûts, je me dis que c’est facile de jouer de la batterie. Mais comment m’exprimer autrement, tant la magie est présente!

Comme c’est le cas en d’autres endroits, mais restons dans le cadre du Pitchtime, des musiciens viennent assister aux concerts, non pas forcément pour jouer avec ceux présents sur scène, mais simplement pour venir les applaudir, ce qui est tout à leur honneur. Ce soir, l’ami JP Harmo est présent parmi nous, et il sera invité pour partager quelques titres avec le groupe. Adorable personnage et talentueux harmoniciste, sa prestation sera fortement applaudie par le public.

Je vais citer ces titres chargés d’émotion. Celui ci, complainte sur la solitude, ‘Au jour le jour’: “Un café, une cigarette, aux mêmes heures et mêmes gestes, pour éviter de trop penser. Je prends mes clés, je mets ma veste, je sors, il va pleuvoir peut-être, je fais comme si de rien n’était, mais tu me manques tellement, mais tu me manque tout le temps.”
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Ce texte poignant, conversation entre les barreaux du titre ‘Parloir’: “J’ai le coeur bleu dans un trou noir, au beau milieu de nulle part, derrière les murs et les ferrures…. ce n’est pas un endroit pour toi. Alors si tu m’aimes, ne viens plus me voir au parloir, car j’ai trop de peine, trop de cafard, chaque semaine quand tu repars.”
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Amis lecteurs de Paris-Move, je profite de cette pause entre deux sets pour vous faire partager ce que nous vivons ce soir. Voici ICI la vidéo du titre ‘Rien à faire’. C’est pour vous, et c’est cadeau!
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Les compositions se succèdent, ‘Toutes les nuits’, ‘Congo Square’, La dérive’, ‘La vie après l’amour’… et nous serons totalement conquis par la beauté et la force des textes, tout comme par la musique du groupe, ce Blues tout à la fois conventionnel et innovant.
Nous aurons également droit à deux adaptations de standards, dont ce titre culte, ‘Layla’, d’Eric Clapton, mais avec un texte écrit dans le langue de Molière et signé Gérard Cintra.

Une petite larme perlera aux coins de nos yeux sur ce titre ‘Sur la route de l’été’, car il faut être bourreau ou statue de marbre pour rester insensible à l’écoute de ce texte. Ce n’est pas l’homme qui vous parle, mais l’animal, celui à qui il manque la parole, dit-on…
“J’ai partagé leurs joies, leurs peines et leurs souffrances, j’ai toujours été là, ils me faisaient confiance. J’ai gardé leur maison, joué avec leurs enfants, j’étais le compagnon, fidèle et rassurant. Je commence à avoir froid, je tremble comme une feuille, ils ne reviendront pas, je me sens si seul. Sur la route de l’été, quelque part en chemin, sur le bas côté, ils m’ont attaché et abandonné… comme un chien”.

Waouh… Sacré coup de Blues que ce titre, ‘Le Blues du fêtard’, celui de l’homme qui est fatigué au petit jour, qui rentre se coucher, seul et sans amour, mais après tout il est maître de son destin et nous n’aurons quasiment pas envie de le plaindre. (Humour, précisons-le…)
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Alain Sabbatier, le boss du Pitchtime, reprendra possession de sa batterie pour accompagner le groupe sur ce titre ‘Sur la lune’, il me semble….

Le jeu de mot est facile, me direz-vous, concernant Alain Sabbatier, car à l’heure où j’écris ces lignes, il n’est pas sur la lune, mais heureux sur son petit nuage, car grâce à la générosité de nombreuses personnes, il va pouvoir offrir au public de nombreuses et sacrées soirées au Pitchtime, comme celle que nous venons de vivre, et nous ne pouvons que nous en réjouir.
Remercions et saluons ici les artistes et toutes les personnes qui ont fait le ‘beau geste’ de verser ce qu’ils ont pu pour aider Alain Sabbatier à sauver le Pitchtime. Et place ce soir aux applaudissements nourris du public en rappel pour clôturer ce superbe concert.
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Dans cette discipline du Blues chanté en français, sachez qu’il faut désormais compter avec Belleville Nocturne, vous êtes prévenus!
Voici le lien de leur page Facebook: ICI
Suivez leur actualité et allez les applaudir en live, vous ne serez pas déçus!

BELLEVILLE NOCTURNE au Pitchtime le 27 Octobre 2017
Reportage : Alain AJ-Blues
Photos : © Alain AJ-Blues