ED MOTTA – Toc-Toc

Dwitza
Funk, Soul

Quand j’étais gamin (ça fait un bail), Motta était une marque de glaces en petits pots ronds et cartonnés, que l’on dégustait sur la plage en été avec une cuiller en plastique coloré. On en trouvait alors trois variétés, vanille-chocolat, vanille-café et vanille-fraise. Quant à “Toc-Toc”, au même âge, ça désignait, parmi mes camarades, celui ou celle qui avait, selon nous, un brin de pète au casque (geste à l’appui). Plusieurs décennies plus tard, ces deux analogies quasi-proustiennes se prêtent étonnamment bien à caractériser le muti-instrumentiste, chanteur, compositeur et producteur brésilien Ed Motta. Neveu fier et revendiqué du regretté Tim Maia (considéré comme l’inventeur de la soul brésilienne à l’orée des années 70, tandis que le pays bruissait encore des échos de la bossa et de la Tropicalia craze), il se targue de posséder plus de 30.000 vinyles rares. Fan éperdu de funk et de soul, il en a déjà enregistré quinze pour sa part, et sa stature gargantuesque s’explique en partie par sa seconde passion, la critique œnologique et culinaire. Mais tandis qu’il ne s’est pas privé de convoquer par le passé des pointures telles que les drummers Bernard Purdie et Marvin Smith, ou des bassistes tels que Tony Dumas et Ceci McBee Jr, c’est entièrement seul qu’il vient d’enregistrer ce nouvel opus dans son home studio de Rio de Janeiro (comme il l’avait déjà fait en 1990 pour son premier album solo, “Um Contrato Com Deus”). Entièrement chantés en portugais (ce qui ne lui était pas arrivé non plus depuis une décennie), ces onze titres furent concoctés dans la perspective de concilier écriture pop et exécution électronique (“deux démarches qui s’excluent réciproquement le plus souvent“, selon lui). Cet éminent érudit ne peut néanmoins s’affranchir du travail pionnier de défricheurs tels que Bernie Worrell, Grace Jones, Prince (dont semble manifestement s’inspirer la plage titulaire), Gino Vanelli (cf. ici “Glamour Hotel”, “Nào Tem Contradiçào”, “Um Dia De Sol”, “O Grande Piano” et “Volte Pra Mim”) et Robert Palmer (voire même Stevie Wonder sur la seule bossa du lot, le langoureux “Casa  De Frente Pro Mar”, ainsi que le vétéran Johnny Guitar Watson dans sa période DJM des seventies, que rappelle ici “O Desejo Esta Nu”). Avec son sax languide, “Beth” n’aurait quant à elle pas déparé sur le “Gaucho” de Steely Dan (sempiternelle référence de Ed), et pour le reste, quasi-intégralement réalisée avec une antique drum-machine, un bass synthétiseur et des claviers numériques, voici donc la pépite soul-funk rétro-futuriste du mois. L’été indien, en somme… Sacré Motta, va.

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, November 3rd, 2026

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