Eyal Vilner Big Band – A very SW!NG Out Holiday (FR review)

Self Released - Street Date: November 6
Jazz
Eyal Vilner Big Band - A very Swing Out Holliday

Eyal Vilner Big Band – A Very SW!NG OUT Holiday: la mémoire des fêtes à l’épreuve du swing.

Nous sommes encore à la période d’Halloween, avec son cortège de citrouilles, de déguisements et de réjouissances automnales, mais le calendrier musical obéit déjà à une autre temporalité. C’est traditionnellement à cette époque que commencent à nous parvenir les albums destinés à accompagner les fêtes de fin d’année, ces rendez-vous discographiques qui, saison après saison, revisitent un répertoire dont la familiarité constitue à la fois la force et la principale difficulté. Car comment prétendre renouveler des mélodies qui appartiennent depuis longtemps à notre mémoire collective, dont les premières notes suffisent à faire ressurgir des souvenirs d’enfance, des images de films, des scènes familiales et tout un imaginaire façonné par plusieurs générations de musiciens ? L’exercice pourrait sembler condamné à la répétition, voire à une certaine complaisance nostalgique. Pourtant, chaque année, nous attendons avec une curiosité particulière le nouveau projet du multi-instrumentiste, compositeur et arrangeur Eyal Vilner et de son Big Band, dont le travail témoigne d’une volonté constante de faire dialoguer les grandes traditions du jazz orchestral avec une conception vivante, contemporaine et profondément physique de cette musique. Avec A Very SW!NG OUT Holiday, attendu le 6 novembre 2026, Vilner revient à un répertoire saisonnier particulièrement exposé aux conventions, mais refuse précisément de le considérer comme un territoire musical déjà balisé. La véritable question n’est donc pas de savoir s’il est encore possible de renouveler ces compositions, mais de comprendre comment un arrangeur peut leur restituer une capacité de surprise sans dénaturer ce qui fait leur identité.

Il faut reconnaître que la tâche est particulièrement délicate. Ces chansons sont tellement inscrites dans notre environnement culturel que leur interprétation risque à tout moment de se transformer en simple exercice de reconnaissance. Or, c’est précisément là que réside l’intérêt du travail de Vilner : il ne cherche pas à dissimuler la familiarité des thèmes derrière une modernité artificielle, pas davantage qu’il ne se contente de reproduire les formules orchestrales qui ont fait leur réputation. Son véritable terrain d’expression se situe dans l’arrangement, dans cette manière de redistribuer les rôles instrumentaux, de déplacer les équilibres harmoniques, de jouer avec les tempi et les dynamiques jusqu’à faire apparaître des perspectives que l’on n’avait pas nécessairement soupçonnées. Son Big Band devient ainsi un remarquable instrument de transformation, une formation dont il connaît parfaitement les ressources et les individualités, et dont il sait exploiter la puissance collective sans sacrifier la précision des interventions personnelles. Dès « Sleigh Ride », qui ouvre l’album, l’auditeur est invité à abandonner ses réflexes d’écoute. Le piano de Luther S. Allison installe d’abord une atmosphère intimiste, presque domestique, avant que les pupitres de cuivres et de saxophones ne viennent progressivement occuper l’espace. L’entrée des instruments, organisée comme une succession de prises de parole, donne à cette introduction une dimension presque théâtrale. Chacun semble apporter sa propre couleur à un tableau qui se construit sous nos yeux, jusqu’à ce que l’ensemble trouve son véritable élan dans une orchestration généreuse et résolument swing. Cette entrée en matière est particulièrement judicieuse : au lieu de livrer immédiatement la mélodie attendue, Vilner prend le temps de réinstaller les conditions de son écoute. Il nous rappelle ainsi qu’une composition connue n’est jamais condamnée à rester prisonnière de ses interprétations antérieures.

« A Very SW!NG OUT Holiday est une célébration », explique Vilner, évoquant l’amitié, la communauté, la famille, la musique et la danse. Cette déclaration pourrait paraître relever du discours habituel accompagnant les productions de fin d’année. Elle prend pourtant une signification plus précise lorsqu’on la replace dans le parcours du musicien et dans sa relation de longue date avec la danse jazz. Le titre de l’album constitue en effet un clin d’œil à SW!NG OUT, le projet scénique qui a développé cette rencontre entre musiciens et danseurs, notamment au Joyce Theater de New York, où il a trouvé un espace de représentation régulier, avant de parcourir les États-Unis. Cette dimension n’est nullement anecdotique. Elle éclaire une conception du jazz qui ne se limite ni à la performance instrumentale ni à la sophistication du discours harmonique. Chez Vilner, le swing demeure une expérience collective, une énergie destinée à circuler entre ceux qui jouent, ceux qui dansent et ceux qui écoutent. Les orchestrations puisent dans la grande tradition des formations de l’ère du swing, tandis que la sophistication harmonique du bebop et l’énergie plus affirmée du hard-bop viennent enrichir le propos. Mais ces références ne sont jamais convoquées comme de simples signes de respectabilité historique. Elles constituent les éléments d’un langage que le compositeur réorganise selon ses propres exigences. Cette articulation entre mémoire et mouvement est sans doute l’une des caractéristiques les plus intéressantes de son travail. Elle permet surtout de comprendre pourquoi ses albums ne se résument jamais à une succession d’arrangements destinés à flatter les amateurs de jazz traditionnel. Il y a derrière cette musique une véritable réflexion sur la fonction sociale du jazz, sur sa capacité à réunir des individus autour d’une expérience commune.

L’écoute de « Deck the Halls » confirme cette aptitude à intervenir sur la nature même d’une composition. Là où la mélodie traditionnelle appelle spontanément une interprétation légère et enjouée, Vilner choisit d’en approfondir la couleur blues, en modifiant le tempo et les rapports entre les différents pupitres. Les saxophones dialoguent avec des cuivres assourdis, tandis que le saxophone baryton de Josh Lee donne à l’ouverture une assise particulièrement intéressante. L’arrangement se construit progressivement, développe ses tensions et conduit l’ensemble vers un puissant shout chorus. Ce qui retient l’attention, c’est moins la puissance sonore de la formation que la manière dont celle-ci est mise au service d’une architecture musicale. Les différentes sections ne se contentent pas de renforcer une mélodie : elles la commentent, la prolongent et parfois la contredisent. On retrouve dans cette écriture quelque chose de la conception orchestrale de Duke Ellington et de Billy Strayhorn, notamment dans cette manière de penser une pièce comme un organisme vivant, dont chaque séquence prépare et justifie la suivante. La référence à ces deux figures tutélaires n’est d’ailleurs pas fortuite. Vilner a construit son vocabulaire au contact de cette tradition, mais aussi de compositeurs comme Tadd Dameron, dont l’approche harmonique a profondément marqué le jazz orchestral moderne. Son travail témoigne d’une connaissance approfondie de ces héritages, sans jamais donner l’impression de vouloir les enfermer dans une reconstitution historique.

La présence d’Imani Rousselle apporte une autre dimension à l’ensemble. Sur « Frosty the Snowman », sa voix s’inscrit dans un environnement orchestral particulièrement évocateur, où les saxophones exposent la mélodie tandis que les cuivres semblent dessiner autour d’elle un mouvement presque cinématographique. L’interprétation ne cherche pas à surjouer la nostalgie, mais à retrouver cette spontanéité enfantine qui constitue l’une des raisons de la longévité de ces chansons. Rousselle possède une personnalité vocale suffisamment affirmée pour ne pas se laisser absorber par la puissance du Big Band. Son intervention trouve naturellement sa place dans une orchestration qui sait ménager des espaces de respiration et éviter l’écueil d’un accompagnement trop envahissant. Elle intervient également sur « What Are You Doing New Year’s Eve? », où l’arrangement privilégie d’abord une certaine intimité avant de s’élargir progressivement vers une conclusion orchestrale plus affirmée. La composition de Frank Loesser acquiert ainsi une profondeur particulière. Derrière la chanson associée au passage d’une année à l’autre se dessine une interrogation sentimentale dont la dimension mélodique se prête remarquablement à cette lecture. Le passage d’une atmosphère recueillie à une expression collective plus ample constitue l’un des moments les plus convaincants du programme. La chanteuse et l’orchestre ne sont pas placés dans un rapport de concurrence, mais dans un dialogue qui donne à la pièce toute sa cohérence.

L’une des qualités les plus remarquables de A Very SW!NG OUT Holiday réside également dans sa manière de ne pas réduire les fêtes de fin d’année au seul répertoire de Noël. Avec « Maoz Tzur » et « Oh Hanukkah », Vilner élargit le champ culturel de son programme et rappelle que les traditions musicales de cette période sont multiples, parfois éloignées dans leurs origines, mais susceptibles de se retrouver dans un même espace de célébration. « Maoz Tzur », déjà abordé dans son album Hanukkah paru en 2016, bénéficie ici d’une nouvelle lecture orchestrale, dont les couleurs harmoniques évoquent par moments l’univers de la suite Casse-Noisette d’Ellington et Strayhorn. La mélodie traditionnelle acquiert une dimension nouvelle grâce à un travail sur les accords mineurs et diminués qui lui confère une profondeur inattendue. Il y a dans cette démarche une intelligence culturelle qu’il convient de souligner : Vilner ne juxtapose pas simplement des répertoires pour satisfaire à une représentation artificielle de la diversité. Il les inscrit dans une même pensée musicale, où chaque tradition conserve ses particularités tout en participant à une célébration commune. Cette ouverture mérite d’autant plus d’être relevée que les albums consacrés aux fêtes de fin d’année ont souvent tendance à privilégier un imaginaire culturel relativement uniforme. Ici, le jazz permet précisément de dépasser cette limitation sans effacer les différences. « Oh Hanukkah », qui intervient vers la fin du programme, adopte quant à lui une énergie beaucoup plus expansive. L’orchestre s’y déploie avec une vigueur remarquable, porté par une écriture qui laisse une large place aux interventions individuelles et aux échanges entre les pupitres. La présence d’Imani Rousselle, les interventions de la trompette d’Anthony Hervey et les relances rythmiques d’Eran Fink contribuent à construire un final particulièrement entraînant. Le morceau fonctionne comme une synthèse des différentes dimensions de l’album : la tradition, l’énergie du hard-bop, le plaisir de l’improvisation et cette volonté de faire de la musique un espace de rencontre.

« Blue Christmas » constitue une autre réussite de cette entreprise de réappropriation. L’association du saxophone baryton de Josh Lee et de la clarinette de Ricky Alexander donne à cette chanson une coloration singulière, presque crépusculaire, que le piano de Luther S. Allison vient prolonger avec finesse. La réharmonisation introduite par Vilner au moment du climax évite à la composition de se réfugier dans une sentimentalité trop prévisible. Elle révèle au contraire les possibilités expressives d’une mélodie que l’on croit connaître parfaitement. Cette capacité à déplacer légèrement le centre de gravité d’une chanson sans en effacer la personnalité constitue l’une des grandes qualités de l’album. Elle témoigne surtout d’une compréhension profonde de l’écriture pour grand orchestre : le renouvellement ne dépend pas nécessairement d’une transformation radicale du matériau initial, mais peut naître d’un changement de perspective, d’une nouvelle distribution des couleurs ou d’une tension harmonique placée au moment opportun. On retrouve une démarche comparable sur « Winter Wonderland », dont l’ouverture emprunte à un univers presque impressionniste avant de laisser progressivement émerger une pulsation destinée à entraîner l’auditeur vers la piste de danse. Les couleurs orchestrales, les interventions vocales de Rousselle et les inflexions rythmiques du Big Band donnent à cette pièce une ampleur qui dépasse largement la simple évocation hivernale. Les cuivres, parfois mordants, parfois plus enveloppants, apportent à l’ensemble une personnalité qui évite toute impression de facilité. Il faut ici saluer le sens de la progression de Vilner, qui sait faire évoluer une atmosphère sans brusquer les transitions et sans perdre de vue la fonction première de cette musique : donner envie de bouger.

A Very SWING OUT Holiday ne serait toutefois pas tout à fait le même album sans les compositions originales qui viennent rompre la succession des thèmes familiers. « Comté Fruité » constitue à cet égard une parenthèse particulièrement stimulante. La pièce s’ouvre sur des échanges rapides entre les musiciens, de petites phrases instrumentales qui circulent d’un pupitre à l’autre avant de conduire vers une construction rythmique plus complexe, traversée par des changements de tempo, des triolets et des déplacements métriques. Vilner y démontre une nouvelle fois son aptitude à concevoir l’écriture orchestrale comme un espace de liberté, où la précision de la composition n’empêche nullement l’imprévu. La pièce offre aux danseurs un terrain de jeu particulièrement riche, puisque les changements de mesure et les variations rythmiques les obligent à réagir constamment à ce qui se déroule devant eux. La musique ne dicte pas simplement un mouvement : elle lui ouvre des possibilités, l’invite à anticiper, à répondre ou à prendre ses distances. « Coffee Bean Stomp Jubilee » pousse cette logique encore plus loin en intégrant les claquettes de Caleb Teicher au dispositif instrumental. Il ne s’agit pas d’ajouter un effet spectaculaire à une orchestration déjà riche, mais de faire du rythme un véritable terrain de conversation entre les musiciens et le danseur. La question de savoir qui conduit, qui répond et qui accompagne devient une composante de la composition elle-même. La frontière entre musique et danse se trouve volontairement brouillée, dans un esprit qui rappelle combien le jazz s’est historiquement développé au contact des lieux de sociabilité, des bals et des espaces de rencontre. Cette relation entre les instruments et les claquettes n’est donc pas une simple curiosité scénographique. Elle rappelle que le rythme, dans le jazz, est aussi une matière que l’on peut voir, partager et habiter physiquement.

Cette dimension collective trouve également une expression particulièrement réussie dans « Christmas Night in Harlem », dont le titre suffit à situer l’imaginaire dans lequel Vilner inscrit son propos. Harlem n’est pas ici une simple référence géographique ou une décoration nostalgique destinée à donner une légitimité historique au projet. Le quartier représente une mémoire vivante du jazz, de ses orchestres, de ses salles de danse et de cette circulation permanente entre les générations de musiciens. La présence d’Imani Rousselle, associée aux interventions de Julieta Eugenio et d’Anthony Hervey, participe à cette évocation d’un New York hivernal où la musique demeure un élément essentiel de la vie collective. On retrouve ici l’une des convictions les plus constantes de Vilner : le jazz ne peut être compris indépendamment de son environnement social. Il appartient à une histoire, à des communautés, à des lieux et à des pratiques qui ont façonné son évolution autant que les innovations harmoniques ou instrumentales de ses grands créateurs. Cette dimension historique n’empêche nullement le plaisir immédiat de l’écoute. Bien au contraire, elle lui donne une profondeur supplémentaire. Car le swing ne se résume pas à une manière de marquer les temps ou à une esthétique orchestrale. Il est aussi le témoignage d’une culture populaire qui a trouvé dans la musique et la danse des formes d’affirmation, de liberté et de partage.

Le parcours de l’album conduit finalement à « Auld Lang Syne », qui intervient comme un rappel après le grand final. L’ouverture au piano fait écho à celle de « Sleigh Ride », établissant une continuité discrète entre le début et la fin du programme. Puis les trombones introduisent des sonorités inspirées du gospel et des traditions de l’Église, avant que les cuivres ne déploient une palette plus large, intégrant les couleurs des fanfares de La Nouvelle-Orléans, les harmonies modernes et les élans du soul-jazz. L’ensemble se transforme progressivement en une célébration orchestrale où les improvisations collectives et les échanges entre les pupitres donnent à la composition une dimension presque populaire. Le rapprochement entre ces différentes traditions n’a rien d’artificiel : il correspond à la manière dont le jazz s’est construit, par rencontres, emprunts, transformations et réinventions successives. Le bref « Auld Lang Syne – Reprise », qui clôt définitivement le disque, possède à cet égard une signification particulière. On a le sentiment d’assister à ce qui se déroule lorsque le spectacle est terminé, lorsque les musiciens et les danseurs ne sont plus tenus par les exigences de la représentation et prolongent spontanément le moment partagé. Les voix, les instruments et les claquettes se retrouvent dans une atmosphère informelle qui donne à cette conclusion une humanité bienvenue. Ce dernier instant ne relève pas du supplément décoratif : il résume assez justement l’esprit de l’album, celui d’une musique qui trouve son accomplissement dans le plaisir d’être ensemble.

Il serait injuste de ne pas rappeler que cette conception du collectif repose sur un travail instrumental et orchestral considérable. La formation réunit plusieurs générations de musiciens, avec des pupitres de trompettes et de trombones particulièrement solides, une section de saxophones dont les couleurs et les équilibres constituent l’une des forces du projet, ainsi qu’une section rythmique capable de soutenir les passages les plus complexes sans jamais perdre la souplesse indispensable au swing. La qualité des arrangements tient précisément à cette capacité de Vilner à donner une fonction à chaque individualité sans dissoudre la personnalité de l’ensemble. Le Big Band ne fonctionne pas comme une masse sonore uniforme, mais comme une communauté d’expressions individuelles dont la cohésion est au service d’une même intention. Le piano de Luther S. Allison, la batterie d’Eran Fink, la basse d’Ian Hutchison et les interventions des différents solistes participent à cette construction collective. La variété des timbres, la précision des attaques et la manière dont les sections se répondent donnent à l’enregistrement une véritable profondeur. On sent derrière cette cohérence le travail accompli au fil des années par une formation qui a progressivement développé un langage commun. C’est aussi ce qui permet à Vilner de prendre des libertés avec les mélodies sans jamais perdre leur substance. L’arrangeur ne cherche pas à imposer sa signature au détriment des œuvres : il fait en sorte que cette signature devienne le moyen de les redécouvrir.

L’enregistrement possède enfin une dimension humaine particulière, qui mérite d’être évoquée sans verser dans le sentimentalisme. Réalisé aux studios Bunker de Brooklyn en janvier 2026, il porte également la trace du dernier travail de Michael Perez-Cisneros, collaborateur de longue date de Vilner, disparu brutalement quelques jours avant l’achèvement de l’album. Leur relation professionnelle, qui s’étendait sur une quinzaine d’années, avait contribué à définir l’identité sonore des précédentes productions du Big Band. Cette circonstance donne à la dimension collective du disque une résonance supplémentaire. Il ne s’agit pas de transformer cette disparition en argument artistique, mais de rappeler que la musique est aussi faite de ces fidélités, de ces collaborations et de ces présences qui participent à la construction d’une œuvre sans nécessairement occuper le devant de la scène. Le travail de l’ingénieur du son et la confiance qui s’installe entre un musicien et ses collaborateurs font partie intégrante du résultat final. Cette dimension prend ici une signification particulière : un album consacré à la célébration des liens humains conserve également la trace d’une relation artistique qui aura accompagné Vilner pendant quinze années.

On comprend alors beaucoup mieux ce qui fait l’intérêt de A Very SWING OUT Holiday. Au-delà du répertoire festif auquel il emprunte ses mélodies, l’album réactive tout un imaginaire culturel, celui des grandes formations de jazz, des comédies musicales, du cinéma américain et de ces univers populaires qui ont longtemps accompagné les fêtes de fin d’année. Il rappelle une époque où les chansons circulaient librement entre les scènes de Broadway, les orchestres de danse, les studios de cinéma et les foyers, contribuant à fabriquer une mémoire commune. Mais l’essentiel est que Vilner ne cherche jamais à reproduire artificiellement cette époque. Il en conserve les couleurs, les élans et la générosité, tout en les réorganisant selon une sensibilité contemporaine. C’est précisément ce qui distingue une véritable démarche artistique d’une simple entreprise de nostalgie. L’histoire n’est pas ici un refuge, encore moins un musée : elle constitue une matière vivante, susceptible d’être réinterprétée et transmise. Le jazz n’a jamais cessé de se transformer en puisant dans ses propres racines, et cet album en apporte une illustration particulièrement convaincante. La tradition n’y est pas un ensemble de règles auxquelles il faudrait se soumettre, mais une richesse dont on peut continuer à explorer les possibilités.

Certains esprits chagrins pourront toujours considérer que le répertoire des fêtes de fin d’année se prête difficilement à une véritable aventure musicale, ou que le swing demeure un territoire trop familier pour susciter encore la surprise. Ce serait oublier que la difficulté n’est pas nécessairement de produire du nouveau à tout prix, mais de retrouver dans des formes anciennes les conditions d’une expression sincère. Eyal Vilner y parvient avec une élégance, une intelligence musicale et une générosité qui méritent d’être saluées. A Very SWING OUT Holiday n’est pas simplement un album qui honore une tradition : il en célèbre plusieurs, les fait dialoguer et leur restitue une fonction essentielle, celle de rassembler. Dans une époque où la musique est trop souvent consommée dans l’isolement et réduite à une succession de contenus interchangeables, cette proposition possède une valeur qui dépasse largement son cadre saisonnier. On ne demande pas nécessairement à un album de fêtes de réinventer le monde. Encore faut-il qu’il sache nous rappeler pourquoi nous continuons à écouter de la musique ensemble. Sur ce terrain, Vilner et son Big Band remplissent leur mission avec une conviction communicative. Et lorsque des artistes parviennent à conjuguer une telle exigence orchestrale avec un plaisir aussi manifeste de jouer, de faire danser et de partager, il serait particulièrement malvenu de bouder son plaisir. On les salue avec le sourire et on applaudit des deux mains.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, October 30th, 2026

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To buy this album (November 6, 2026)

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Track Listing:
“Sleigh Ride”
“Deck the Halls”
“Frosty the Snowman”
“What Are You Doing New Year’s Eve?”
“Maoz Tzur”
“Blue Christmas”
“Comté Fruité”
“Christmas Night in Harlem”
“Coffee Bean Stomp Jubilee”
“Winter Wonderland”
“Oh Hanukkah”
“Auld Lang Syne”
“Auld Lang Syne – Reprise”