| Jazz |
Il est des instruments qui semblent devoir, génération après génération, reconquérir leur place dans le champ du jazz, comme s’ils restaient prisonniers d’une histoire qui leur aurait attribué un rôle précis et dont il serait difficile de sortir. L’harmonica appartient à cette catégorie paradoxale. Instrument populaire par excellence, associé au blues, aux musiques traditionnelles, aux chansons de rue et à une certaine mémoire sonore du XXe siècle, il a pourtant produit quelques-uns des musiciens les plus singuliers de l’histoire du jazz. De Larry Adler à Toots Thielemans, l’instrument a progressivement quitté les marges pour entrer dans le langage de l’improvisation moderne, sans jamais perdre complètement cette fragilité particulière qui le rapproche de la voix humaine. Avec Roni Eytan, l’histoire semble prendre un autre chemin.
Il ne s’agit plus seulement de démontrer que l’harmonica peut tenir sa place face au saxophone, à la trompette ou au piano, mais de repenser sa fonction au sein d’un ensemble. Eytan ne cherche pas systématiquement à attirer l’attention sur lui. Au contraire, son jeu semble souvent vouloir se fondre dans une architecture plus vaste, devenir une voix parmi d’autres, parfois presque disparaître derrière les compositions pour mieux réapparaître lorsque la musique en a besoin. C’est cette attitude qui rend son premier album comme leader, Melody People, particulièrement intéressant. Prévu pour paraître le 30 octobre 2026 chez PKmusik, le disque ne se réduit pas à une démonstration de virtuosité ou à une tentative de donner à l’harmonica une respectabilité supplémentaire dans le jazz contemporain. Il est le résultat d’un parcours au cours duquel plusieurs univers musicaux se sont rencontrés, parfois de manière évidente, parfois plus souterraine. Le jazz y côtoie les traditions du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, notamment les musiques andalouses, ainsi que des éléments liés à l’héritage culturel juif. Mais il serait trop facile, et finalement assez réducteur, de ranger cette musique dans la catégorie aujourd’hui très commode des « musiques du monde ». Cette expression a souvent le défaut de transformer la rencontre entre les cultures en produit esthétique immédiatement identifiable, comme si quelques rythmes, quelques instruments ou quelques inflexions mélodiques suffisaient à définir une identité.
Chez Eytan, le processus paraît plus complexe. Les traditions ne sont pas simplement convoquées pour colorer le jazz ; elles semblent agir de l’intérieur sur la manière de penser la mélodie, le rythme et surtout le rapport à l’espace sonore. Son harmonica microtonal, associé aux modes et aux inflexions des musiques du Moyen-Orient, permet précisément d’échapper à certaines habitudes du langage occidental. Il ouvre des intervalles, des tensions et des couleurs qui ne sont pas toujours immédiatement familiers à l’oreille habituée au jazz traditionnel. L’instrument devient alors davantage qu’un objet sonore singulier : il devient le lieu d’une rencontre entre plusieurs mémoires musicales. Roni Eytan est né et a grandi à Jérusalem, dans un environnement où les traditions musicales de cette région faisaient partie de son paysage culturel, avant que le jazz ne devienne pour lui une autre manière de comprendre la musique et le monde. Son parcours l’a ensuite conduit aux États-Unis, où il a étudié à Berklee avec une bourse complète, puis développé une carrière de sideman auprès de musiciens reconnus de la scène internationale. Il a notamment travaillé avec Danilo Pérez, John Patitucci, Eddie Gómez, Brian Blade, Kevin Hays, Kris Davis et Shai Maestro. Cette expérience est loin d’être secondaire. Elle explique en partie pourquoi son approche de l’harmonica ne repose pas uniquement sur la volonté d’affirmer une singularité instrumentale. Il a appris à écouter le groupe, à comprendre les rapports entre les instruments, à mesurer la place d’une intervention et, surtout, à considérer la musique comme un espace collectif. C’est probablement cette expérience qui lui permet aujourd’hui de concevoir son instrument autrement. L’harmonica n’est plus seulement celui qui vient prendre un solo ; il peut devenir une ligne mélodique, une texture, une ponctuation, une voix intérieure. Cette conception est au cœur de Melody People, album qui paraît d’autant plus intéressant qu’il ne cherche pas à masquer les questions encore ouvertes par un premier projet de cette ampleur.
Car un premier album comme leader est toujours une épreuve particulière. Le musicien ne peut plus se réfugier derrière la personnalité d’un autre compositeur ou derrière la fonction du sideman. Il doit désormais répondre de l’ensemble du projet. Il faut écrire, arranger, choisir les musiciens, déterminer les équilibres, décider de ce qui doit être entendu et de ce qui doit rester dans l’ombre. La difficulté est encore plus grande lorsque l’instrumentiste est également compositeur. Il ne suffit plus de savoir jouer ; il faut savoir pourquoi l’on joue, à quel moment, dans quel espace et au service de quelle idée musicale. Roni Eytan semble avoir pris cette responsabilité au sérieux. Son parcours explique beaucoup de choses. Adolescent, il découvre l’harmonica et se passionne rapidement pour le jazz. Mais plutôt que de limiter son apprentissage aux grands harmonicistes, il va chercher son vocabulaire auprès d’instrumentistes appartenant à d’autres familles, notamment les trompettistes, les saxophonistes et les pianistes.
Ce choix révèle déjà quelque chose de sa personnalité. Il ne veut pas seulement apprendre à jouer de l’harmonica ; il veut comprendre le langage musical dans lequel il souhaite inscrire son instrument. Cette distinction est essentielle. Beaucoup de musiciens restent prisonniers de la tradition de leur instrument. Eytan semble avoir voulu faire exactement le contraire, considérant que son instrument ne devait pas déterminer les limites de sa musique. Dans le même temps, il explore les traditions folkloriques de son environnement et cherche à renouer avec ses racines.
Le jazz et les musiques régionales deviennent d’abord deux chemins parallèles avant de se rapprocher progressivement. C’est cette convergence qui constitue aujourd’hui le centre de son identité de musicien et de compositeur. Le choix de produire un album à l’écriture presque chambriste renforce cette impression. Melody People a été conçu autour d’un ensemble acoustique réunissant Shai Maestro au piano, Nitzan Bar à la guitare, Barak Mori à la contrebasse et Daniel Dor à la batterie, avec la présence du violoncelle de Mayu Shviro. La formation permet à Eytan d’éviter l’écueil d’un album centré exclusivement sur son instrument. La musique circule. Les timbres se répondent, les lignes se croisent, et l’harmonica peut devenir tantôt soliste, tantôt accompagnateur, tantôt élément d’une texture plus générale. Le choix de Shai Maestro comme producteur n’est pas sans conséquence. Pianiste et compositeur dont le propre parcours est marqué par le dialogue entre jazz, traditions et écriture contemporaine, Maestro semble avoir compris que la force du projet résidait précisément dans cette tension entre plusieurs univers. Il ne fallait pas transformer la musique d’Eytan en simple démonstration de ce que peut faire un harmonica microtonal, mais lui permettre de respirer dans une formation où chaque musicien conserve sa propre voix. C’est ici que le disque devient réellement intéressant. On pourrait facilement faire de l’harmonica d’Eytan le sujet principal de l’écoute. Il serait pourtant plus juste d’écouter d’abord le compositeur. Le timbre attire, la technique surprend, certaines inflexions peuvent évoquer un accordéon ou une voix humaine, mais derrière cette singularité se trouve une écriture qui cherche encore son équilibre. Il y a beaucoup d’idées, beaucoup de couleurs, une volonté manifeste de faire dialoguer plusieurs traditions et de construire des paysages sonores suffisamment vastes pour accueillir cette mémoire. Par moments, cette abondance peut toutefois jouer contre la musique.
Certaines compositions gagneraient probablement à accepter davantage de vide, de silence, de respiration. Ce n’est pas un reproche définitif, mais plutôt une remarque qui me paraît importante pour comprendre ce que pourrait devenir Eytan dans ses prochains travaux. Il possède déjà une matière musicale riche ; il lui reste peut-être à apprendre ce que beaucoup de compositeurs mettent des années à comprendre : le silence n’est pas l’absence de musique, il en est l’une des formes les plus exigeantes.
Le parcours de Roni Eytan est d’ailleurs traversé par ces rencontres qui, dans le jazz comme dans la vie, peuvent modifier une trajectoire sans que l’on sache immédiatement leur importance. Son installation aux États-Unis constitue l’un de ces moments décisifs. Il y découvre un environnement musical beaucoup plus vaste, mais surtout une autre manière de penser son instrument et sa place dans un ensemble. Sa rencontre avec Grégoire Maret, l’un des grands harmonicistes de sa génération, a compté dans cette évolution. Maret a souligné la capacité d’Eytan à développer une approche personnelle de l’instrument en associant les éléments de sa propre culture aux racines du jazz. Le compliment est important, mais il faut surtout regarder ce qu’il signifie. Il ne s’agit pas simplement de reconnaître un jeune harmoniciste talentueux ; il s’agit de constater que celui-ci a commencé à dépasser la question de l’instrument pour entrer dans celle du langage. Benny Golson, autre figure majeure de l’histoire du jazz, a lui aussi relevé la singularité de son talent. Ces témoignages ont leur importance, mais ils ne doivent pas devenir une sorte de certificat de qualité venant remplacer l’écoute. Le parcours d’un musicien ne se résume jamais à ceux qui l’ont reconnu. Ce qui compte est ce qu’il fait de cette reconnaissance.
Et, dans le cas d’Eytan, la réponse se trouve moins dans ses collaborations que dans son évolution comme compositeur. En 2018, il devient le premier harmoniciste sélectionné pour intégrer le prestigieux programme de l’Herbie Hancock Institute of Jazz, alors connu sous le nom de Thelonious Monk Institute. Cette étape est importante non seulement parce qu’elle constitue une reconnaissance institutionnelle rare pour un harmoniciste, mais parce qu’elle intervient au moment où son travail de composition commence à prendre une place centrale. Il étudie notamment sous la direction artistique de Herbie Hancock et Wayne Shorter, deux musiciens dont les parcours ont constamment repoussé les frontières du jazz, et travaille également auprès de Tigran Hamasyan. Ce dernier l’encourage à trouver sa propre voix de compositeur. La phrase pourrait sembler banale si elle ne prenait pas, dans le cas présent, une dimension particulière. Trouver sa voix ne signifie pas seulement inventer un son immédiatement reconnaissable. Cela signifie parvenir à transformer ses influences en quelque chose qui ne soit plus identifiable comme une simple somme de références. Le problème est ancien. Tous les musiciens qui possèdent une culture musicale riche sont confrontés au même danger : celui de devenir le reflet de leurs influences plutôt que leur prolongement. Eytan semble avoir compris que son identité ne pouvait pas être simplement « jazz plus Moyen-Orient plus Afrique du Nord ». Une telle addition ne produirait qu’un catalogue. La véritable difficulté consiste à faire en sorte que ces éléments deviennent indissociables. Que l’on ne puisse plus séparer le jazz de la mémoire mélodique, ni la tradition de l’improvisation. C’est précisément ce que certaines pièces de Melody People commencent à laisser entrevoir. L’harmonica microtonal joue ici un rôle essentiel. Il permet d’introduire dans une formation de jazz des inflexions qui auraient été difficiles à obtenir avec un instrument traditionnellement accordé selon les standards occidentaux. Mais son intérêt ne réside pas seulement dans la possibilité technique. Il tient à sa capacité à rapprocher l’instrument de la voix. Les micro-intervalles donnent à certaines phrases une souplesse particulière, comme si la mélodie pouvait hésiter entre plusieurs hauteurs avant de se fixer. C’est dans cette instabilité que se trouve une partie de la beauté du projet. La mélodie cesse d’être une ligne parfaitement droite ; elle devient une mémoire qui cherche son chemin.
Le titre même de l’album prend alors une importance que l’on pourrait facilement négliger. Melody People est un disque consacré aux mélodies, mais aussi aux personnes qui les transmettent. Le projet rend hommage au grand-père de Roni Eytan, présenté comme un conteur qui lui a transmis des mélodies venues des générations précédentes. Cette dimension transforme considérablement la perception de l’album. La mélodie n’est plus seulement une matière musicale ; elle devient une forme de récit. Elle conserve quelque chose de celui qui l’a chantée ou jouée avant de passer à quelqu’un d’autre. Elle voyage avec les individus, franchit les frontières, change de contexte et finit parfois par devenir méconnaissable sans pour autant perdre son origine. C’est peut-être ici que se trouve le véritable sujet de Melody People. Que devient une tradition lorsqu’elle quitte le lieu où elle est née ? Que devient une mélodie lorsqu’elle passe d’une génération à une autre, puis d’un continent à un autre ? Et surtout, à partir de quel moment une tradition cesse-t-elle d’être une tradition pour devenir une création nouvelle ? Ces questions donnent au disque une portée qui dépasse largement celle d’un premier album d’harmonica.
Elles renvoient à une réalité contemporaine dans laquelle les identités musicales ne sont plus nécessairement attachées à un territoire précis. Les musiciens voyagent, les enregistrements circulent, les langues se mélangent et les traditions sont réinterprétées par des artistes qui ne vivent plus dans les mêmes lieux que leurs ancêtres. La mondialisation musicale pourrait avoir pour conséquence une uniformisation générale, mais elle peut aussi produire l’effet inverse : permettre à certains musiciens de revenir vers leur propre mémoire avec des outils nouveaux. Eytan semble appartenir à cette seconde catégorie. Il ne retourne pas vers ses racines pour les conserver intactes. Il y retourne pour les transformer. Cette distinction est fondamentale. Il ne s’agit pas d’une nostalgie musicale, encore moins d’une reconstruction artificielle d’un passé idéalisé. Les traditions qu’il mobilise sont confrontées à l’improvisation, à l’harmonie du jazz et aux textures de la musique contemporaine. Elles deviennent quelque chose d’autre sans cesser complètement d’être elles-mêmes.
On pourrait voir dans cette démarche une métaphore du jazz tout entier. Depuis son origine, cette musique n’a cessé de se construire par déplacements, rencontres, appropriations, conflits et transformations. Elle n’existe jamais dans un état définitif. Elle absorbe, détruit, reconstruit. Elle se nourrit de ce qui vient d’ailleurs pour inventer quelque chose qui n’existait pas auparavant. Roni Eytan s’inscrit dans cette histoire sans chercher à la reproduire. Son travail rappelle que l’innovation ne consiste pas nécessairement à abandonner la tradition, mais parfois à la regarder suffisamment longtemps pour découvrir ce qu’elle permet encore de faire. Son harmonica, en ce sens, devient une sorte de passeur. Il porte une mémoire ancienne dans une musique contemporaine. Il peut évoquer une voix, un instrument populaire, une tradition régionale ou, simplement, devenir un timbre nouveau au milieu d’un ensemble. C’est cette ambiguïté qui le rend intéressant. L’instrument reste identifiable, mais sa fonction change.
Il faut néanmoins conserver une certaine distance critique devant ce premier album. La tentation est grande, lorsqu’un jeune musicien possède un parcours aussi singulier et bénéficie du soutien de figures reconnues, de présenter immédiatement son premier disque comme l’œuvre d’un artiste arrivé à maturité. Ce serait aller trop vite. Melody People est avant tout un album de fondation. Il révèle un compositeur qui possède une véritable personnalité, mais qui n’a pas encore nécessairement trouvé toutes les formes capables de contenir ses idées. Certaines compositions paraissent particulièrement ambitieuses, parfois au point de vouloir faire entrer trop d’informations dans un même espace. Les arrangements sont travaillés, les textures riches, les références nombreuses, et l’on comprend parfois que la musique aurait gagné à se retirer légèrement pour laisser une mélodie seule occuper le devant de la scène.
Cette réserve n’enlève rien à l’intérêt du projet; elle permet au contraire de mieux mesurer ce que l’on peut attendre de la suite. Le véritable enjeu pour Eytan sera désormais de ne pas confondre richesse et accumulation. Il possède déjà beaucoup de matériaux. Son prochain défi sera probablement de choisir, de simplifier, de laisser certaines choses inachevées afin que l’auditeur puisse lui-même participer à la construction du récit. Le jazz a toujours entretenu un rapport particulier avec cette notion de liberté. Une bonne improvisation n’est pas celle qui dit tout, mais celle qui sait laisser une place à ce qui pourrait encore être dit. Il en va de même pour la composition. À mesure que son langage se développera, Eytan pourrait trouver dans cette économie une nouvelle force.
L’harmonica lui-même semble appeler cette évolution. Parce qu’il est proche de la voix, il possède une capacité naturelle à raconter sans tout expliquer. Une phrase courte peut parfois avoir plus de poids qu’un arrangement complexe. Une respiration peut devenir plus expressive qu’une nouvelle série de notes. C’est peut-être là que se trouve l’une des directions les plus prometteuses de son travail. Mais il serait injuste de demander à un premier album de résoudre des questions qui appartiennent à une carrière entière. Ce que l’on peut demander à Melody People, c’est de montrer qu’un musicien possède suffisamment de personnalité pour que l’on ait envie d’entendre ce qu’il fera ensuite. Sur ce point, le pari est réussi. Eytan est intéressant parce qu’il n’utilise pas son histoire comme un argument marketing, mais comme une matière de création. Il ne cherche pas seulement à faire entendre un instrument rare ; il cherche à comprendre ce que cet instrument peut raconter dans un monde où les musiques et les identités se déplacent constamment. Son parcours de sideman lui a donné l’expérience du collectif, ses rencontres avec certains des grands musiciens du jazz contemporain lui ont apporté une connaissance approfondie de cette tradition, son travail sur les musiques du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord lui a permis de renouer avec une mémoire culturelle, et son passage par l’Herbie Hancock Institute l’a placé face à la question essentielle de la composition. Melody People apparaît ainsi comme le point de rencontre de ces différentes trajectoires.
Il y a encore des hésitations, des densités parfois excessives, des arrangements qui pourraient respirer davantage. Mais il y a surtout une direction. Et, dans la musique comme dans toute forme de création, la direction compte souvent davantage que la perfection immédiate. Roni Eytan est désormais un musicien à suivre, non pas uniquement parce qu’il joue d’un instrument inhabituel, mais parce qu’il semble avoir compris que la véritable singularité ne réside pas dans l’objet que l’on tient entre les mains. Elle réside dans la manière dont on écoute le monde avant de le transformer en musique. L’harmonica n’est finalement que le moyen. Derrière lui se trouve une réflexion beaucoup plus vaste sur la mélodie, la transmission et la mémoire.
Les mélodies du grand-père deviennent celles d’un musicien installé entre plusieurs mondes ; les traditions deviennent des matériaux contemporains ; le jazz devient un langage capable d’accueillir ce qui vient d’ailleurs sans nécessairement le réduire. C’est là que Melody People dépasse la simple curiosité d’un premier album. Il ne nous dit pas encore tout de Roni Eytan, et c’est probablement sa meilleure qualité. Il laisse ouvertes des portes que le musicien devra maintenant franchir. La suite dira s’il saura transformer cette abondance initiale en une écriture plus dépouillée, plus silencieuse peut-être, mais aussi plus profondément personnelle. Pour l’heure, il suffit de constater qu’un nouvel harmoniciste vient de s’installer dans un territoire qui n’appartient déjà plus tout à fait à l’harmonica. Il y entre avec ses propres mélodies, ses propres souvenirs et une conception de la musique qui semble refuser les frontières trop confortables. Et c’est précisément lorsqu’un musicien commence à déplacer les frontières de son propre instrument que l’on peut commencer à parler, véritablement, d’une voix.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, October 7th, 2026
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Musicians:
Roni Eytan: harmonica and microtonal harmonica
Shai Maestro: piano
Nitzan Bar: guitar
Barak Mori: bass
Daniel Dor: drums
Special guest:
Mayu Shviro: cello
Tracklisting:
- Winter Dance [2:19]
- Hopeful [3:31]
- Melody People [8:31]
- Tears (A Mother’s Lament) [6:34]
- A Modern Folk Tale [7:38]
- Before It Begins [1:13]
- Like A River [4:43]
- Harmonica Song (For Dave) [3:24]
- Elegy for Saba [8:30]
- Melody People (Holding | Letting Go) [1:26]
- Hayalda Hachi Yafa Bagan [3:34]
- Ne Me Quitte Pas [6:10]
Total time: 57:36
All music composed and arranged by Roni Eytan except:’Before It Begins’ by Mayu Shviro, ‘Hayalda Hachi Yafa BaGan’ by Yoni Rechter (lyrics by Yehonatan Geffen), ‘Ne Me Quitte Pas’ by Jacques Brel, arranged by Roni Eytan.
Recorded at La Buissonne, Pernes-les-Fontaine, France.
Recorded and mixed by Gérard de Haro, assisted by Matteo Fontaine.
Mastered by Nicolas Baillard at La Buissonne Mastering Studio.
Additional recording at Big Orange Sheep, Brooklyn, NY, by Alon Benjamini.
Additional recording at Pluto Studios, Tel Aviv, Israel, by Asaf Shai and Daniel Anglister.
Roni Eytan plays Suzuki Harmonicas. The microtonal harmonica was developed with Brendan Power.
Produced by Shai Maestro
