| Rock 'n roll |
Mais où va-t-il s’arrêter ? Après s’être acoquiné pour notre plus grand bonheur avec l’indéboulonnable Jean-William Thoury, âme damnée de Bijou et prodigieux parolier, qui du côté de Juvisy-sur-Orge, n’a jamais connu le syndrome de la page blanche, après l’excellent et sulfureux groupe The Jana’s, avec la belle et survitaminée Diana Biscari dite JA NA, qui continue ardemment son odyssée de Marseille à Paris et toute une pléiade d’autres groupes marseillais, comme par exemple Batmen, le fameux collectif Aïoli Temple avec Melody Nelson en ligne de mire… et bien d’autres formations qui couvrent le chant des cigales et les sirènes de la Police qui déchirent la nuit crépusculaire dans les quartiers nord, d’une œuvre majeure entre rock psychédélique et summer of love, le taulier de la Canebière, la figure de proue de La Timone, le Docteur ès rock’n’roll de la cité phocéenne, le Alain Decaux du rock du sud profond, j’ai nommé monsieur Daniel Sani himself, qui nous revient avec un énième nouveau projet, un nouveau duo appelé Luce & Dani, avec la magnifique (dans tous les sens du terme) Luce Piéri, remarquable et remarquée autrice-interprète, qui je n’en doute pas une seule seconde, va très prochainement défrayer la chronique, mettre un grand coup de Louboutin dans la fourmilière et l’inertie des médias mainstream, aussi impliqués dans la musique qu’un vendeur de grille-pain dans les dédales des Puces de Clignancourt à Saint-Ouen.
Quoi qu’il-en-soit, je commence vraiment à être jaloux de mon ami Daniel Sani, le beau ténébreux aux lunettes noires et à la culture musicale débordante, originaire de l’île-de-beauté, car il fait décidément chanter, twister et rock’n’roller toutes les plus belles créatures en bikini Vichy de la côte méditerranéenne, sous son aile protectrice et ses riffs dévastateurs et irrésistibles. Pour preuve, se référer à l’excellent album Dan Imposter Girls Girls Girls (Les Disques Tchoc – album chroniqué ICI). Je savais pertinemment que le rock pouvait avoir des pouvoirs magiques, faire chavirer Aphrodite, la déesse grecque de l’amour, dans un truculent sentiment de bien-être et d’extase sous-jacent, mais là, entre JA NA et Luce, deux talentueuses beautés vénitiennes qui donnent au rock’n’roll un indéniable supplément d’âme, il a fait très fort le gaillard.
Mais où va-t-il dénicher ces perles rares? Dans le quartier de Haight-Ashbury de San Francisco au son de Jefferson Airplane? Sur les bords de la Tamise au son de Sunshine Of Your Love de Cream? Non! Dans les lieux nocturnes, interlopes et tenus secrets de l’asphalte et des artères de Marseille. Impossible qu’une femme ayant des prédispositions à chanter le rock’n’roll, résiste longtemps à ses compositions incomparables, ses mélodies ciselées, sa voix de velours, son magnétisme hors du commun et son pouvoir de séduction, romanesque et chevaleresque, à faire passer Cupidon pour un vulgaire gougnafier et son arc et ses flèches pour de désolants badinages. Avec son look de rock-star dénuée de Botox, de liposuccion, et de psychotropes, qui ne regarde pas obsessionnellement dans son rétroviseur, son accent chantant et mélodieux qui fleure bon le soleil de L’Île-Rousse à Carry-le-Rouet, ses liquettes dernier cri, affûté comme un silex et sa tronche à tourner dans le prochain Tarantino ou à l’instar de Clark Gable, à renverser la Metro-Goldwyn-Mayer dans un remake d’Autant En Emporte Le Vent, Daniel Sani serait-il devenu le nouveau Serge Gainsbourg de sa période phare, bien avant Gainsbarre et ses facéties clownesques et éthyliques, du soleil brûlant des Bouches-du-Rhône, dégainant sans modération son arme redoutable et impitoyable: sa rutilante Rickenbacker qui, au grand dam du corps médical, fait partie intégrante de son anatomie. Il faudra bien qu’un de ces quatre, la France se réveille de sa léthargie musicale et culturelle, elle qui semble comme profondément endormie par une horde de mouches tsé-tsé et soumise par les diktats unilatéraux des grands médias, et place Daniel Sani tout en haut du panthéon du rock’n’roll français et sur la première marche du podium de cette utopie collective, véritable art de vivre au quotidien. Si le groupe de rock’n’twist Au Bonheur Des Dames interprétait en 1973 Oh! Les Filles, Oh! Les Filles, elles me rendent marteau… Personnellement il ne me reste que les marteaux, j’en ai tellement, que je pourrai prochainement ouvrir un stand dans un Bricorama et quasiment faire fortune.
Luce Piéri quant à elle, s’avère être une interprète admirable et accomplie, à l’image de JA NA, mais dans un style différent que celui de l’égérie des Philippines au charme asiatique inouï. Deux voix complémentaires, nullement antinomiques. Luce possède une tessiture vocale douce et fragile, au timbre aérien et au phrasé sensuel et glamour, plus proche de Brigitte Bardot que de Suzi Quatro. Son sourire espiègle et ses yeux malicieux à grimper aux rideaux feront le reste. La voluptueuse Luce Piéri, à la beauté charnelle et à la voix suave à donner le frisson, qui se marie parfaitement à celle de Daniel Sani. Deux voix qui matchent et qui tiltent. Le melting-pot des deux, c’est la chair de poule assurée, digne d’une volaille de Bresse déplumée prête à être enfournée, et l’émotion tous azimuts qui dépasse allègrement l’entendement. Luce a échangé la Madrague, la plage abandonnée, coquillages et crustacés, pour les calanques et les rascasses, de Marseille à Cassis. Le spectre de Brigitte Bardot n’étant jamais très loin, lorsque l’on souhaite réveiller les fantômes du passé et la légende des sixties. Si la vie était plus juste, c’est Luce Piéri qui devrait sortir du Royal Monceau sous les flashs des fans à la limite de l’apoplexie et s’engouffrer dare-dare dans sa luxueuse Limousine, entourée de bodyguards bodybuildés aux abois, des commentaires embrouillés d’Anne-Elisabeth Lemoine et de Patrick Cohen en transe chamanique. Une Luce Piéri, notre BB du 21ème siècle, particulièrement rayonnante, entre strass et paillettes, et bulles de Moët & Chandon millésimé, qui savoure pleinement un succès amplement mérité. Mais arrêtons de rêver. Nous sommes en France et la France manque encore totalement de culture rock’n’roll, de racines et de repères, sans pour autant approuver les sornettes sans fondement de John Lennon: le rock français, c’est comme le vin anglais! Car si c’est une évidence que nos amis anglais sont nuls en vinification, en ce qui concerne le rock français, ça reste à prouver. Même les plus grandes légendes comme Lennon ne sont pas exemptées de dire des conneries. Dieu soit loué, des personnalités masculines comme Daniel Sani, Jean-William Thoury, Tony Marlow, Ramon Pipin, Ronnie Bird, Dick Rivers, Little Bob, Benoît Blue Boy, Nino Ferrer, Dominique Laboubée, Joe Marion et bien d’autres, ainsi que des personnalités féminines comme Luce Piéri, JA NA (Diana Biscari), Alicia Fiorucci, Caroline Hummel, Fabienne Shine (Shakin’ Street), Gabriela Giacoman et bien d’autres, sans oublier des groupes comme Bijou, Little Bob Story, Dogs, Odeurs, Rockin’ Rebels, Guilty Razors, La Souris Déglinguée, French Boutik et bien d’autres (listes non-exhaustives bien évidemment!) ont décomplexé le rock (et le blues) français, ont redoré son blason en lui redonnant de l’éclat et toutes ses lettres de noblesse, afin que celui-ci ne soit définitivement plus pris pour une vulgaire plaisanterie ou pour une infecte piquette d’outre-Manche. Comme lors de la bataille de Fontenoy, messieurs les anglais, vous avez tiré les premiers…
L’album de Luce & Dani intitulé Si seulement, démarre sur les chapeaux de roue avec le titre SOS Mesdemoiselles de Ronnie Bird. Un titre composé par le guitariste Mick Jones (futur Spooky Tooth et Foreigner) et par le légendaire batteur Tommy Brown qui collaborera avec Johnny Hallyday, Dick Rivers, Sylvie Vartan, Françoise Hardy… On retrouve également pêle-mêle et dans le désordre Bossa Nova de Brigitte Bardot, Où va-t-il? (Où va-t-elle?) de Ronnie Bird, un titre qui sera également repris par le groupe Bijou sur leur premier album de 1977, Danse avec moi, produit par un certain… Jean-William Thoury, Si tu reviens, de Jean Fredenucci, ex chanteur-bassiste des 5 Gentlemen, groupe marseillais de rock-garage et de pop-psychédélique formé en 1964, du Serge Gainsbourg dans sa période phare avec Mélodie Interdite, titre composé et interprété par Jane Birkin en 1978 pour son album culte Ex Fan Des Sixties, Les Sucettes titre sulfureux et blasphématoire composé et interprété par France Gall qui, à l’époque (1966) n’avait pas compris le double sens et la métaphore érotique évoquant une fellation, Les Papillons Noirs dans une version plus proche de Gainsbourg et de Bijou que de Michèle Arnaud… Et, cerise sur le gâteau, cinq titres originaux, d’une réussite totale et d’une exaltation sans bornes, écrits par Luce Piéri et composés par Daniel Sani, toujours dans une mouvance Ronnie Bird, Noël Deschamps, Nino Ferrer… rock-psychédélique des 60’s, stroboscopes, Martini Dry avec zeste de citron et olives vertes, Ford Mustang, robes en métal de chez Paco Rabanne comme Françoise Hardy, cuissardes de chez Pierre Cardin ou Courrèges, comme Bette Davis, Tara King, Emma Peel, Brigitte Bardot ou Sylvie Vartan… Le meilleur remède contre la neurasthénie, les prothèses de hanches et les rotules en titane, qui rendent le jerk et le twist un tantinet difficile. Merci infiniment aux docteurs Luce & Dani!
Que dire de plus, sinon que cet opus, INDISPENSABLE, fait figure d’OVNI, de véritable bain de jouvence au milieu de ce marasme musical et culturel actuel, ces abîmes de la médiocrité de plus en plus profonds et nauséabonds, et ces pseudos chefs-d’œuvre encensés par certains médias pour béni-oui-oui aux portugaises ensablées, comme France Inter ou les Inrocks, chefs-d’œuvre plus en péril que jamais! Merci à Luce Piéri et Daniel Sani d’exister, pour tous ces moments suspendus et pour tous ces rêves même chimériques.
Serge SCIBOZ
Paris-Move
PARIS-MOVE, October 6th, 2026
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