| Jazz, Rhythm 'n' Blues, Soul |
Née à Londres en 1969, cette chanteuse et pianiste galloise a élu domicile à la Nouvelle-Orléans, d’où elle perpétue la grande tradition du swing jazz & blues. Ayant publié treize albums à ce jour (et collaboré avec des artistes tels que Cassandra Wilson, K.D. Lang ou Keb’Mo), elle s’accompagne sur disque comme sur les planches de certains des meilleurs musiciens de la Crescent City. Après “Comes Alive” et “Swings Christmas” en 2024 (tous deux chroniqués ICI et ICI), elle nous revient avec les treize titres de ce “Suit Yourself” qu’elle gratifie de quatre compositions originales, tandis que le reste consiste, selon la formule gagnante de son fameux “Come On And Get It” de 2022, en une série d’adaptations personnelles de standards. C’est ainsi qu’elle alterne d’emblée son propre “That’s Why I Love My Baby” introductif (dans la veine lounge du grand “These Blues” du regretté Charles Brown) avec le “Blue Skies” d’Irving Berlin. À ses côtés, le noyau dur de ses Gentlemen Callers (David Torkanowsky, piano, Jamison Ross et Pedro Segundo, batterie, Lex Warshawsky, bass, Kevin Louis, cornet, Dave Blenkhorn, guitar, Ricardo Pascal, saxophone) assure le groove avec la classe des cellar rats néo-orléanais éprouvés qu’ils demeurent. Restituée en simple trio contrebasse-piano-voix, la cover de Berlin atteste si besoin était des impressionnantes qualités vocales de la patronne, avant que son “To Your Door” ne mâtine le ragtime avec le swing gitan de l’éternellement regretté Django Reinhardt (mention spéciale aux six cordes alertes du suave Blenkhorn). Ce sont bien celles-ci qui introduisent en bossa l’adaptation brasileira du “If I Were A Bell” de Frank Loesser, (où s’illustre également de cornet de Kevin Louis), avant que Judith ne s’associe au remarquable Davell Crawford (vocals, organ & piano) pour une interprétation pénétrante et gospel du “Today I Sing The Blues” de Curtis Lewis. C’est en grande formation (avec le J.O. Big Band, soit son propre orchestre augmenté de treize cuivres!) que Miss Owen livre ensuite une impressionnante restitution du célèbre “Moanin'” de Bobby Timmons (souvent accouplé au “Work Song” de Cannonball Adderley), suivie de versions plus intimes du “Shall We Dance?” des frangins Gershwin et du “Spooky” que popularisèrent en leur temps Classics IV et Atlanta Rhythm Section. Judith passe ensuite au piano pour chanter son propre (et poignant) “Have A Good Life”, accompagnée d’un dépoullé trio guitare-contrebasse-batterie, avant une étonnante cover du “Your Mind Is On Vacation” de Mose Allison, avec pour special guest rien de moins qu’un Joe Bonamassa en grande verve jazzy-blues. Le big band sévit à nouveau en majesté pour une reprise du “Evil Gal Blues” de Leonard Feather (presque digne du Count Basie Orchestra). Après une ultime adaptation (celle, subtile, du “Since I Fell For You” de Buddy Johnson), Lady Owen ferme le ban sur un master stroke, avec le somptueux “Inside Out” qu’elle co-signe avec son batteur Jamison Ross (par ailleurs membre de Snarky Puppy), où s’illustre en outre le Tonya Boyd-Cannon Choir. C’est donc sur une ultime envolée des cuivres maison (en l’occurrence Kevin Louis et Ricardo Pascal) et d’enjoués chœurs gospel que se conclut ce délice d’album, où une mutine sensualité le dispute en permanence à un déhanché revendiqué, sur des arrangements pesés au trébuchet, et exécutés par une dream-team de premier ordre.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, September 27th, 2026
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