JUSTIN HICKS – Man Of Style

Jammin'colorS / L'Autre Distribution
Folk, Jazz, Soul
JUSTIN HICKS - Man Of Style

Révélé au grand public via sa collaboration avec Meshell Ndegeocello (en tant qu’auteur-compositeur, vocaliste et producteur sur son “No More Water: The Gospel Of James Baldwin”, ainsi que son propre “The Omnichord Real Book”), Justin Hicks (originaire du Midwest) s’est d’abord immergé dans la scène underground de la Grosse Pomme, pour y produire un vaste catalogue de musique expérimentale tout en contribuant au groupe noise Carphyte. Co-produit par Meshell Ndegeocello et le multi-instrumentiste Chris Bruce (mari de la chanteuse new-yorkaise Morley Kamen, chroniquée ICI), ce nouvel album fut enregistré en deux jours entre le Queens et Brooklyn. Entre les regrettés Marvin Gaye (qu’évoque son timbre soulful et flûté), Richie Havens et Terry Callier, Hicks entame cet album hautement inspiré par l’aérien et chaloupé “Rest Assured”, aux arrangements duquel contribuent ses deux producteurs (Ndegeocello au contrechant, et Bruce à la guitare acoustique), mais ne se cantonne pas à ce seul environnement pour le “Poly” qui le suit. En effet, ses références arty new-yorkaise y affleurent, révélant également une certaine connivence avec Brian Eno et David Byrne, puisque bruitages et nu-jazz patterns y foisonnent, avant que l’élégiaque “College Park” n’enchaîne à son tour vers un climat devant autant à Antonio Carlos Jobim qu’aux High Llamas. La plage titulaire illustre parfaitement le talent de Justin, avec le dépouillement de sa simple voix soutenue par son sobre accompagnement au piano, avant que n’intervienne à mi-chemin une majestueuse orchestration de cuivres et de synthés, dont “Oh” prolonge le climat sous la forme d’un duo vocal entre ce dernier et son épouse, l’actrice et chanteuse Kenita Miller-Hicks. “See The Sun” voit le trio Hicks-Bruce-Ndegeocello négocier un hommage potentiel au regretté Jeff Buckley sur des lyrics signés Jelani Lateef, avant qu’entre slam et prêche, “I’m Just” ne propose un intermède où la basse de Meshell agrège les samples de Justin aux synthés de Jebin Bruni. En contraste avec une telle parenthèse avant-garde, “Wendy” résonne plus singulièrement encore comme un out-take du McCartney acoustique de “Blackbird” et “Mother Nature’s Son” : la voix de Justin (qui s’y répond lui-même en contrechant) n’y est en effet accompagnée que des six cordes acoustiques de Chris, et “Bread Will Rise” ressemble pour sa part à une performance solo d’Andy Partridge. Seul au micro et au piano, Justin y ravive en effet le dépouillement baroque dont XTC (les héros désormais trop oubliés de Swindon) surent se faire les parangons. Inspiré du “The Creator Has A Master Plan” de Pharoah Sanders, “Creator Plan Upstairs” se meut lascivement sur les percussions d’Abraham Rounds, ainsi qu’autour du piano délicat d’Alexis Marcelo et des chœurs de Kenita et Jade Hicks, tandis que les mélismes du chant de Justin y évoquent à nouveau David Byrne. “Use Your Head” conclut sur un mode pastoral cet album dont les variations stylistiques ne devraient pour autant rebuter nul auditeur curieux et vigilant. En s’autorisant à questionner nos temps incertains, Justin Hicks a assurément son mot à dire, il sait manifestement où il veut en venir et il le fait très bien.

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, September 19th, 2026

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