Pedro Luis Ferrer – La Bunga (FR review)

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Pedro Luis Ferrer - La Bunga

Pedro Luis Ferrer, La Bunga: quand la tradition cubaine devient personnelle

Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours été fasciné par la musique cubaine et, plus encore, par ses rythmes. Il aurait été difficile qu’il en soit autrement, notamment après que Wim Wenders, l’un de mes cinéastes préférés, eut porté l’histoire du Buena Vista Social Club devant un public international considérable. Pourtant, lorsque La Bunga est finalement arrivé jusqu’à moi, assez tardivement, j’ai immédiatement compris que j’entrais dans un autre univers. Après plusieurs écoutes attentives, d’abord au casque, puis sur des moniteurs de studio, cette impression n’a fait que se confirmer. Il ne s’agissait pas simplement d’un nouvel album utilisant le vocabulaire familier de la musique cubaine. Quelque chose de plus cérébral, de plus littéraire et, surtout, de plus personnel était à l’œuvre. La Bunga ne demande pas à être entendu comme une illustration de la tradition cubaine. Il demande à l’être comme l’œuvre d’un artiste qui, depuis des décennies, absorbe cette tradition, l’interroge, la démonte et la reconstruit selon une logique qui n’appartient qu’à lui.

Pedro Luis Ferrer est à la fois compositeur, guitariste, chanteur, poète et troubadour. Pourtant, aucune de ces définitions ne suffit vraiment à expliquer ce qui rend sa musique si singulière. Son langage circule avec une étonnante aisance entre la chanson populaire et une écriture instrumentale plus élaborée, entre l’immédiateté du son et de la guaracha et le monde plus méditatif de la poésie. Il ne traite pas la tradition musicale cubaine comme une pièce de musée, ni comme un refuge nostalgique. Chez lui, les formes restent vivantes. Les rythmes sont reconnaissables, parfois dès les premières mesures, mais les inflexions mélodiques, le phrasé et surtout les rapports entre la voix et les instruments déplacent sans cesse notre point d’écoute. Ferrer ne cherche pas à montrer qu’il connaît la tradition. Il cherche à découvrir ce qu’elle peut encore dire.

C’est une distinction essentielle. La musique de Ferrer ne ressemble jamais à un exercice d’authenticité. Il n’éprouve aucun besoin de démontrer ses références cubaines, et encore moins de se présenter comme le dépositaire d’une tradition. Son rapport au son, à la trova, à la guaracha et aux autres formes musicales de l’île est trop intime pour cela. Elles font simplement partie de son langage, de la même manière que la poésie fait partie de sa manière de penser. Son parcours explique en partie cette combinaison peu commune. Largement autodidacte, Ferrer a développé une pratique capable d’embrasser les chansons populaires et les guarachas, les œuvres pour guitare, les grandes pièces instrumentales et même des formes savantes comme les préludes et les fugues pour piano. En poésie, il a travaillé la décima, le sonnet, la redondilla et des formes plus libres. Rien de cela ne donne l’impression d’avoir été ajouté après coup, comme une couche intellectuelle destinée à ennoblir la musique. Chez lui, la musique semble plutôt naître de la tension entre le langage et le rythme.

Cette relation au langage est particulièrement perceptible sur La Bunga. Même lorsque je ne comprends pas chaque mot d’espagnol, j’écoute la voix de Ferrer presque comme un instrument. Une syllabe est retenue, une autre précipitée, une phrase semble soudain accélérer avant de se laisser reprendre par la mesure. La voix devient percussion. La guitare lui répond. Par moments, elle semble même devancer le chant, comme si les deux engageaient une conversation privée dont nous ne saisirions que les fragments. C’est l’une des grandes forces du disque : voix, guitare et rythme ne sont jamais véritablement séparés. Ils se répondent, se contredisent, se poussent et se retiennent. Ils construisent ensemble quelque chose qui dépasse la simple addition des parties.

Quiconque a réellement fréquenté la poésie sait que le sens ne réside pas uniquement dans les mots. Le rythme, la répétition, l’inflexion, le silence et la matière même de la langue peuvent transmettre une émotion ou une idée avant même que chaque phrase ait été comprise. C’est particulièrement vrai ici. La manière dont Ferrer pose sa voix donne aux chansons une présence physique qui rend le langage accessible même lorsque sa signification précise nous échappe. L’humour peut être perçu avant d’être traduit. L’ironie aussi. Et parfois même une forme d’affection qui n’a nul besoin d’être expliquée.

Les chansons de Ferrer sont joueuses sans jamais être légères. Il possède ce talent rare qui permet à une mélodie de s’installer presque immédiatement dans l’oreille, alors que son apparente simplicité dissimule une construction beaucoup plus réfléchie. Il reprend des gestes folkloriques, des tournures issues de la musique populaire et des conventions héritées de la tradition, mais leur donne suffisamment de souplesse pour qu’ils deviennent autre chose : son propre langage. L’humour y joue un rôle important, tout comme le scepticisme. Ses sujets peuvent sembler élémentaires: la nourriture, la beauté, le plaisir, la liberté, la dignité, la vie quotidienne. Mais Ferrer les transforme rarement en déclarations solennelles. Son intelligence n’est jamais posée au-dessus de la musique comme une démonstration. Elle circule à l’intérieur. La musique sourit, mais elle n’est jamais naïve.

Ferrer a peut-être résumé cette démarche lorsqu’il s’est défini comme sa propre version de ce qui est cubain, sa propre version du son, sa propre version de la trova, voire sa propre version de la révolution cubaine. La formule pourrait sembler presque désinvolte. Elle constitue pourtant une véritable déclaration esthétique. Elle permet de comprendre pourquoi La Bunga résiste aux catégories trop faciles. Ferrer ne cherche pas à représenter une tradition au nom d’un pays, d’une institution ou d’une histoire officielle. Il revendique la responsabilité de sa propre interprétation. C’est une position beaucoup plus exigeante qu’elle n’en a l’air.

Tout grand album possède une porte d’entrée. Pour moi, celle de La Bunga est « Conga Del Pueblo ». Avec ses 4 minutes et 9 secondes, le morceau ne s’impose pas comme une pièce monumentale, et c’est précisément ce qui fait sa force. Il révèle plutôt la logique générale du disque. Une fois installé, il donne un autre relief aux morceaux qui l’entourent. On comprend mieux la manière dont Ferrer fait de la guitare, de la voix, du rythme et de la poésie les éléments d’un même organisme. Il ne se contente pas de s’accompagner à la guitare, et l’instrument n’est jamais réduit à une fonction rythmique. La guitare participe à l’écriture même de la chanson. Elle répond à la voix, la pousse, la précède parfois, puis lui laisse l’espace nécessaire pour respirer.

Le titre « Conga Del Pueblo » suggère quelque chose de collectif, mais l’interprétation demeure profondément individuelle. Le rythme possède l’élan que l’on associe naturellement à la musique populaire cubaine, sans jamais donner l’impression d’une formule reproduite. Les mots rebondissent sur la mesure, le phrasé vocal possède sa propre propulsion et la guitare maintient l’ensemble en mouvement. L’effet initial est d’une grande simplicité. Mais cette simplicité se fissure à mesure que l’on écoute. Les détails apparaissent, les articulations deviennent plus complexes, et l’on comprend que cette apparente évidence est le résultat d’une véritable maîtrise.

Les quatorze titres de La Bunga prolongent ce mouvement. «Celebración» ouvre le disque comme une invitation. «Papurrico» installe rapidement cette manière si particulière qu’a Ferrer de transformer le rythme en conversation. «Conga Del Pueblo» constitue ensuite le premier grand point d’aboutissement, avant que «Soncito» et «Güirón Del Coco» ne poursuivent ce dialogue entre groove, mélodie et langage. «San Sucé», «To Totá» et «Consciente» déplacent encore la perspective sans rompre la continuité de l’ensemble. «La Mandonga», «Nengona Mía», «Seduction» et «Son De Medio Peso» prolongent le voyage, tandis que «Gandinga No» et «Conguero Al Cielo» le conduisent vers sa conclusion. Un peu plus de quarante-deux minutes suffisent. Le disque possède exactement la durée nécessaire pour construire son univers sans jamais donner le sentiment de s’y attarder.

À mesure que je l’écoutais, une autre qualité me frappait: La Bunga dépend étonnamment peu de l’exotisme. La musique cubaine a trop souvent été présentée au public international à travers quelques signes devenus presque obligatoires: les percussions, les rythmes dansants, les images d’une vieille Havane, le tres et, inévitablement, le Buena Vista Social Club. Ferrer n’a besoin d’aucun de ces artifices. Sa cubanité est inscrite dans sa manière de penser et de construire la musique. Elle n’est jamais plaquée à la surface du disque. C’est précisément ce qui donne à La Bunga une profondeur qui dépasse largement celle d’un simple exercice de musique traditionnelle ou de «world music».

La comparaison avec le Buena Vista Social Club n’est donc intéressante qu’à condition d’en faire un point de départ et non une grille de lecture. Le film de Wenders et le succès international du collectif ont ouvert une fenêtre immense sur les musiciens et le répertoire cubains. Mais La Bunga appartient à une autre temporalité. Ferrer ne regarde pas vers un âge d’or disparu. Il travaille depuis le présent, avec plusieurs décennies d’expérience musicale et poétique derrière lui. Sa musique ressemble moins à la reconstruction d’un passé qu’à la continuation d’une histoire qui n’a jamais cessé d’évoluer.

Une tension particulière entre intimité et ampleur traverse tout l’album. Ferrer peut partir d’une chose extrêmement ordinaire et lui permettre de s’ouvrir sur une question beaucoup plus vaste. La nourriture, l’humour, le plaisir, la beauté ou les gestes de la vie quotidienne peuvent conduire vers la liberté, l’identité ou la conscience sans que la musique devienne jamais démonstrative. C’est ici que la poésie et la musique deviennent indissociables. La mélodie rend l’idée mémorable, mais l’idée donne à la mélodie sa persistance. Longtemps après que le rythme s’est éteint dans la pièce, certaines phrases continuent de résonner.

Cette alliance entre immédiateté populaire et profondeur intellectuelle traverse toute la carrière de Ferrer. Sa discographie internationale comprend notamment l’album publié en 1999 chez Atlantic Records, puis Rústico, Natural, Tangible et Final, parus sous le label Escondida. Plusieurs de ces enregistrements ont été tirés des archives personnelles de Ferrer, puis enregistrés, mixés et masterisés par lui-même dans son studio de La Havane. Ce degré de contrôle n’est pas anecdotique. Pour Ferrer, le studio semble être davantage qu’un endroit où l’on fixe la musique. Il devient un instrument supplémentaire, un espace où l’écriture se poursuit.

Cette indépendance permet aussi de comprendre La Bunga. Ferrer a passé des décennies entre Cuba, l’Europe et les États-Unis sans jamais donner l’impression d’adapter son langage musical aux attentes d’un public particulier. Son œuvre continue de se développer selon ses propres règles. Cette autonomie s’entend dans le disque. Il n’y a pas de volonté évidente de rendre la musique plus immédiatement familière à un auditeur international. Ferrer fait quelque chose de plus rare : il fait confiance à l’auditeur pour venir à lui.

La présence de sa fille Lena Ferrer apporte une dimension supplémentaire à cette intimité. Elle participe aux chœurs, à la marímbula, au cajón, aux claves manuelles et à pédale, au güiro, au güirón, aux maracas, aux claviers et au piano, tandis que Pedro Luis prend en charge une gamme particulièrement large d’instruments: guitare, tres, luth, basse, piano, claviers, cordes, cuivres, tambours batá et timbales. Nous ne sommes donc pas devant le traditionnel dispositif du chanteur accompagné par son groupe. La relation familiale devient une composante du son. La voix de Lena ne se contente pas de doubler ou de soutenir celle de son père. Elle apporte une autre couleur, une autre perspective, une autre réponse au rythme. Le résultat est intime sans jamais devenir sentimental.

Cette dimension apparaît avec une force particulière dans un environnement de studio. Au casque, les petits gestes de percussion, les respirations et les détails vocaux deviennent presque tactiles. Sur les moniteurs, l’architecture rythmique s’élargit et la musique acquiert une dimension physique différente. Une texture acoustique apparemment simple révèle alors des couleurs instrumentales soigneusement disposées. La Bunga appartient à cette catégorie de disques dont les écoutes répétées ne sont pas simplement bénéfiques: elles sont nécessaires. La première écoute fait découvrir les chansons. La deuxième commence à révéler leur construction. À la troisième ou à la quatrième, on commence à entendre la personnalité qui se cache derrière cette construction.

Et la personnalité est peut-être le véritable sujet de l’album. Beaucoup de musiciens accomplis sont capables de reproduire les formes rythmiques cubaines avec une précision extraordinaire. L’accomplissement de Ferrer est différent. Il a développé un langage dans lequel la technique finit par disparaître derrière le caractère. Le rythme est là. La tradition est là. La maîtrise instrumentale est là. Mais rien ne ressemble à une démonstration. Ferrer semble davantage intéressé par ce qui vient après la maîtrise, lorsque le musicien n’a plus besoin de prouver qu’il sait parler la langue et peut enfin s’en servir pour dire ce qu’il veut.

C’est aussi pour cette raison que l’impossibilité de comprendre chaque parole espagnole devient presque secondaire. Il y a, bien sûr, une frustration à ne pas saisir le sens exact d’un poème lorsque le langage occupe une place aussi centrale dans l’art de Ferrer. Mais La Bunga propose continuellement d’autres portes d’entrée. La voix devient mélodie, la guitare ponctuation, les percussions vocabulaire physique et la répétition structure. La trajectoire émotionnelle de l’interprétation transmet quelque chose qu’aucune traduction ne saurait entièrement restituer.

Je me méfie d’ailleurs du mot «authenticité». Lorsqu’une musique est profondément enracinée dans une culture particulière, l’authenticité peut rapidement devenir un piège. On attend alors de l’artiste qu’il représente un pays, une tradition, voire une histoire politique tout entière. Ferrer semble instinctivement refuser cette responsabilité. Il n’a pas besoin d’être la voix cubaine définitive. Il est une voix cubaine, singulière, libre et sans compromis. Son insistance à être sa propre version de Cuba est à cet égard plus convaincante que toutes les définitions que l’on pourrait lui imposer de l’extérieur.

La Bunga montre aussi que complexité et complication ne sont pas synonymes. La musique est sophistiquée, mais elle n’est presque jamais encombrée. Les arrangements laissent au rythme suffisamment d’espace pour respirer et aux chansons suffisamment de liberté pour conserver leur caractère populaire. Même lorsque les idées sont complexes, la surface reste accueillante. Cet équilibre est difficile à obtenir. Trop de simplicité, et la musique devient prévisible. Trop d’ambition intellectuelle, et la mécanique finit par apparaître. Ferrer parvient la plupart du temps à maintenir les deux hors de notre champ de vision.

La dernière partie du disque est particulièrement révélatrice. «Gandinga No» installe une dimension rythmique presque hypnotique avant que «Conguero Al Cielo» ne conduise l’ensemble vers ses derniers instants. Pourtant, la fin ressemble moins à une conclusion qu’à la fermeture provisoire d’une conversation. Aucun grand geste ne vient proclamer que le voyage est terminé. La musique laisse plutôt derrière elle un résidu, l’impression que quelque chose demeure à comprendre. Après plus de quarante minutes, on n’éprouve pas le soulagement que procure parfois la fin d’un album. On a envie de recommencer.

Cette impression de continuité est peut-être la manière la plus juste d’aborder la musique de Pedro Luis Ferrer. Sa carrière a traversé plusieurs décennies, plusieurs pays, plusieurs technologies d’enregistrement et plusieurs conceptions de ce que la musique cubaine devait être. Pourtant, son impulsion fondamentale semble n’avoir jamais changé: faire une musique qui lui appartienne. La Bunga est ainsi davantage qu’un nouvel épisode d’une discographie déjà considérable. Le disque ressemble à l’affirmation d’un artiste arrivé à ce moment particulier où l’expérience, la technique, la poésie, l’humour et la mémoire peuvent coexister sans avoir besoin de s’expliquer.

Pour ceux qui connaissent déjà la musique cubaine, La Bunga offre d’abord le plaisir de la reconnaissance, puis celui, beaucoup plus précieux, de la découverte. On y retrouve le son, la trova, la guaracha et le vocabulaire rythmique qui ont donné à la musique cubaine une influence mondiale. Mais on y entend également un artiste qui refuse de demeurer à l’intérieur de ces catégories. Pour ceux qui connaissent moins cette tradition, le disque fonctionne autrement, mais avec la même efficacité. Il ne demande aucun passeport culturel. Il demande seulement de l’attention.

C’est ce qui m’a ramené encore et encore vers cet album. La première écoute a retenu mon oreille; les suivantes ont retenu mon esprit. Quelque part entre la guitare, la voix, les percussions, la poésie et cet humour discret, La Bunga a cessé de ressembler à un disque que j’étais en train d’écouter pour devenir une conversation que je n’avais pas terminée. Même sans comprendre chaque mot, je pouvais entendre l’intelligence du phrasé, l’histoire contenue dans le rythme et la liberté qui traverse l’interprétation.

Pedro Luis Ferrer est un poète qui chante, un guitariste qui pense le rythme comme un langage et un compositeur qui refuse de séparer la musique populaire de la pensée exigeante. La Bunga réunit ces différentes dimensions de son œuvre avec une cohérence remarquable. C’est de la musique cubaine, évidemment. Mais c’est aussi quelque chose de plus difficile à définir et, pour cette raison même, de plus intéressant : le son d’un artiste qui revendique le droit de définir lui-même son rapport à Cuba, au son, à la trova, à la poésie et au monde qui l’entoure.

C’est peut-être là que se trouve la véritable force de l’album. La Bunga finit par dépasser la question du langage. On peut ne pas comprendre chaque phrase, chaque plaisanterie ou chaque allusion poétique, mais on comprend la conviction. On comprend le rythme. On entend le sourire derrière une phrase et l’intelligence derrière le groove. À condition de lui accorder le temps nécessaire, les quatorze chansons de La Bunga cessent alors d’apparaître comme une leçon de musique cubaine. Elles deviennent une invitation à écouter ce qui se produit lorsque la tradition n’est plus seulement héritée, mais pensée, interrogée et finalement transformée en expérience personnelle. Ferrer n’a pas besoin de convaincre dès la première note. Il lui suffit de la jouer. Le reste vient naturellement.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, September 15th, 2026

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Musicians:
Pedro Luis Ferrer: lead vocals, harmony vocals, batá drums, timbales, keyboards, lute, tres, guitar, bass guitar, strings, brass, piano
Lena Ferrer: harmony vocals, marímbula, cajón, hand and pedal claves, güiro, güirón, maracas, keyboards, piano

Track Listing:
Celebración
Papurrico
Conga Del Pueblo
Soncito
Güirón Del Coco
San Sucé
To Totá
Consciente
La Mandonga
Nengona Mía
Seduction
Son De Medio Peso
Gandinga No
Conguero Al Cielo