NEVERLAND

Bad Reputation / Cargo / Socadisc
Rock
NEVERLAND

À ne surtout pas confondre avec ses homonymes Japonais contemporains (ni avec le country-metal band actuel de San Jose), ce Neverland-ci émergea à Los Angeles au tout début des nineties, en plein reflux de la vague hair-metal, tandis qu’à Seattle, des tendances radicalement opposées fomentaient un autre tsunami qui n’allait pas tarder à déferler sur le monde libre: le grunge. Aggloméré dans les locaux de répétitions que fréquentait avant lui Guns n’ Roses, ce quartette assemblait quatre musiciens à fortes personnalités, issus de surcroît d’horizons musicaux (et géographiques) distincts. Avec un background blues-rock, le guitariste Texan Patrick Sugg mariait sa propre virtuosité à celles du bassiste Gary Lee et du batteur Scott Garrett (le premier de Portland, Oregon, et le second de Washinton DC, mais tous deux autant férus de punk que de funk et de jazz), tandis que leur lead-singer, Dean Ortega, s’avérait pour sa part un pur produit de la scène locale. Ayant débuté en tant que batteur au sein de maints college bands des environs de son Whittier natal, ce dernier avait déjà participé à plusieurs formations locales méconnues telles que The Answer, XL, Steelway, Arrogance, Lace et Rozy Crucifixion, mais cherchait surtout à l’époque à rejoindre LE groupe qui lui permettrait d’effectuer le grand saut, en enregistrant pour un label d’envergure – ce qui se produisit avec Interscope Records (qui n’allait plus tarder à signer Primus, No Doubt et 4 Non Blondes), sous la houlette de Tim Palmer (alors producteur de Robert Plant). Leur éclectisme s’exprime avec éclat dès la plage d’ouverture, le mélodique et puissant “Runnin’ On”. Les vocals inspirés d’Ortega y virevoltent en effet sur une rythmique aux confins du funk, tandis que les licks des six cordes de Sugg maintiennent fermement la barque sur les rives d’un énergique rock FM. Introduits chacun sur un riff que n’auraient renié à la même époque ni les Stones, ni les Black Crowes, “Cry All Night” et “My Opinion” se révèlent plus accrocheurs encore, et les bougres se montraient également capables de trousser des hymnes destinés aux gradins, tels que les imparables “Take Me Higher”, “Drinking Again” (au pont réminiscent du U2 de Bono) et le zeppelinien “Lean On Me”, dont le groove et les refrains à reprendre en chœur s’incrustent en mode indélébile dans votre cortex, de même que des rock-ballads tendance Scorpions comme ces “10,000 Years” et “Mama Said” enjolivés de cordes (tous deux conçus pour emballer sévère lors des quarts d’heure américains), ou encore de sensibles mid-tempos mélodieux comme “Time To Let Go”. Le travail de guitares de Sugg se révèle époustouflant de bout en bout (jusque sur les ultimes “Talking To You” et “For Love” – ce dernier se révélant l’un des plus impressionnants pastiches du Zep jamais ouïs), et ses trois partenaires ne déméritent jamais non plus. Alors, fut-ce dû à une manque de promotion ou à des soucis de distribution? Toujours est-il que, de manière incompréhensible, ce disque fit un flop momumental, et que suite à cet insuccès, Neverland se mit en retrait cinq ans durant, avant de remettre furtivement le couvert en 1996. Las, déjà investi dans d’autres aventures, Ortega n’était alors plus de la partie, et bien qu’un second opus fût alors enregistré par ses ex-comparses avec un nouveau chanteur, ce deuxième essai ne fut même pas distribué aux States (mais seulement en Europe, et encore à titre confidentiel). Dean poursuivit ensuite sa carrière au sein du latino-rock band Tribe Of Gypsies et de Revolution Child, tandis que Patrick Sugg et Scott Garrett se joignirent à Ian Astbury (chanteur de The Cult, puis de The Doors of The 21st Century) au sein des Holy Barbarians (un album en 96), puis à Ahmet Zappa (fils de son père) au sein de Sleeps9… Neverland ne refit donc jamais surface, en dépit de ce remarquable premier album, dont l’écoute, quelque 35 ans plus tard, confirme cependant les évidentes qualités. Assurément une perle à (re)découvrir, particulièrement recommandée aux fans du Zep et d’Aerosmith.

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, August 28th, 2026

Follow PARIS-MOVE on X

::::::::::::::::::::::::::

Album à commander sur le site de Bad Reputation