| Americana |
On en a déjà croisé une palanquée, de ces cowboys à la manque éclôts sur les rives du Rhin, de la Seine ou de la Tamise, plutôt que sous les ombrages du Texas ou du Tennessee. Aussi, de prime abord, la dégaine du londonien country-singer Jack Browning ne nous a guère davantage impressionné que celles de maints de ses prédécesseurs, qui se sont tous imaginé obtenir une quelconque crédibilité en investissant dans l’acquisition d’un Stetson d’opérette. Sauf que pour une fois, il va bien falloir ravaler une bonne part de ces préventions, puisque le gusse en question parvient même à mystifier des publics amerloques (pourtant supposés blasés), ne serait-ce qu’avec son debut album d’il y a trois ans (“Red Eye Radio”). À preuve, c’est sous l’étiquette du label de Nashville Too Fine Records qu’il en publie aujourd’hui la suite, et parmi ses parrains figure désormais rien moins que Ray Benson, leader historique d’Asleep At The Wheel. Alors, qu’est-ce qui peut bien distinguer ce nouveau venu de ses compatriotes de Brinsley Schwartz, Bees Make Honey et autres Chilli Willi d’antan? Eh bien, osons le stipuler d’emblée, trois choses: les compositions, la facture et l’interprétation. En effet, le gonze se montre amplement willing and able à inscrire son écriture dans la ligne de celles de Kris Kristofferson, Willie Nelson, Merle Haggard et Waylon Jennings, ainsi que celle de tous ces honky-tonkers qui initièrent voici plus d’un demi-siècle ce fameux courant outlaw, qui tournait alors le dos à Nashville pour lorgner vers Bakersfield. À ce titre, les deux plages d’ouverture, “Speak Your Mind (But Ride A Fast Car)” et “Champagne Taste” emportent toute réserve, tandis qu’avec son fiddle et sa pedal-steel, le languide three-steps “High Hopes” n’aurait pas déparé sur le “Harvest” de l’americano-canadien Neil Le Jeune (dont “Wire” et “Muhlenberg County Stars” – ce dernier figurant ici en deux versions distinctes – endossent pour leur part l’humeur ombrageuse du non moins célébré “On The Beach”, god bless Ben Keith’s memory). Mais notre impétrant ne s’arrête pas en si bon chemin, et des plages telles que “James Alley Blues” et “Gut Feelin'” ravivent autant les ombres de Woody Guthrie ou Ramblin’ Jack Elliott que celle de J.J. Cale, tandis que le spoken word “The Perimeter” et le tex-mex “Heavy Is The Head” arpentent pour leur part les acres de Calexico, et que “Factory Reset” flirte avec ce proto-rockab’ que Bob Wills appelait en son temps western-swing. Le sweaty ragtime blues encorné revendique également sa portion du cake, et “Junkyard Dog” emprunte à ce titre le registre du Tom Waits de “Heart Attack & Wine”. Comme en témoigne une fois de plus la plage titulaire (placée en fin de set-list), l’écriture de ce type s’avère de la trempe de certains des plus grands songwriters sudistes (de Mickey Newbury à John Prine et Townes Van Zandt), et si vous disposez de bonnes bésicles, la jaquette imprime les paroles en bonus. On demeure en tout cas interdit à l’idée que ce gourbi ait pu être capté où que ce soit dans le Kent anglais, mais si vous aimez votre country music crue, et juste marinée à point dans un Kentucky Fried Bourbon stocké en loucedé au fond de l’arrière-salle douteuse d’un roadhouse à la clientèle aussi clairsemée qu’indéfinie, Jack Browning is definitely your man. The smell and the spirit no Taylor Swift, Madonna or Beyoncé will ever reach: saddle my pony, I gotta ride!
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, August 18th, 2026
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Jack Browning’s Country Music Art