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Résumé : Avec Waypoints, le saxophoniste Arman Sangalang signe un album de jazz contemporain inspiré et immersif, où narration, textures sonores et liberté d’improvisation dessinent un univers à la fois cinématographique et profondément personnel.
Arman Sangalang avec Waypoints: un jazz contemporain cinématographique entre Chicago et la Californie.
Je ne connaissais rien d’Arman Sangalang et j’avais bien l’intention de laisser les choses ainsi. Avant d’appuyer sur lecture de Waypoints, le deuxième album du saxophoniste, j’ai volontairement évité biographies, entretiens et critiques. Je voulais que la musique parle en premier. Une pochette rouge, saisissante, reposait près de la console de mixage, comme une invitation silencieuse à tendre l’oreille. J’ai lancé l’écoute.
Ce qui a émergé des enceintes du studio n’était pas seulement de la musique. C’était un monde entier.
Le premier morceau, Nina, évoque immédiatement le sentiment d’émerveillement que j’avais ressenti en découvrant Blade Runner de Ridley Scott en 1982. Non pas parce que la musique ressemble à une bande originale, mais parce qu’elle partage cette même atmosphère futuriste et onirique où l’espace, le silence et l’émotion semblent cohabiter dans un équilibre fragile. Puis vient Easy Does It, qui confirme une impression bientôt impossible à ignorer. Arman Sangalang écrit moins comme un compositeur classique que comme un cinéaste. Chaque pièce se déploie avec la patience d’une scène soigneusement cadrée, révélant à chaque fois un nouveau chapitre d’un récit plus vaste.
Ce qui rend Waypoints mémorable ne tient pas seulement à son originalité. C’est la cohérence émotionnelle et la confiance de la vision artistique. Arman Sangalang ne semble jamais chercher le compromis. Il s’engage pleinement dans un langage musical personnel, ample et d’une liberté de ton rafraîchissante.
L’album marque une étape importante dans son parcours. Il réunit huit compositions originales et un standard de jazz, toutes écrites au fil de deux années de voyages constants entre Chicago et Monterey en Californie, où le musicien partageait son temps entre enseignement, concerts et résidences artistiques.
«L’enregistrement de notre premier album, Quartet en 2023, m’a beaucoup appris sur l’équilibre entre écriture et improvisation», explique Arman Sangalang. «J’ai écrit cette musique spécialement pour ces musiciens, mais je leur donne peu de consignes. Je voulais qu’ils se sentent libres de s’approprier les morceaux.»
Cette philosophie devient l’un des points forts de Waypoints. Une musique de ce niveau suppose une confiance totale entre le compositeur et les interprètes. Arman Sangalang connaît manifestement la personnalité de chacun des musiciens qui l’entourent et leur laisse l’espace nécessaire pour façonner chaque pièce de l’intérieur. Cette liberté ne donne jamais une impression de désordre. Elle ressemble plutôt à une conversation sincère entre quatre voix, toutes indispensables à l’ensemble.
Rien ou presque ne semble laissé au hasard. Les compositions de Arman Sangalang traversent à la fois des paysages musicaux et géographiques. Nina, coécrite avec le bassiste Oliver Wattles lors de la résidence Boysie Lowery Living Jazz dans le Delaware, s’inspire d’un collage exposé au musée d’art contemporain du Delaware représentant la silhouette d’une femme composée entièrement de fleurs. Le résultat figure parmi les moments les plus évocateurs de l’album, à la fois délicat et profondément émouvant.
Ailleurs, des clins d’œil subtils à des figures majeures du jazz comme Thelonious Monk ou Ornette Coleman apparaissent naturellement, non comme des imitations mais comme des gestes de reconnaissance envers ceux qui ont redéfini le langage du jazz. L’album se clôt sur une interprétation épurée de Body and Soul, morceau traditionnellement choisi pour terminer les concerts de Arman Sangalang. Sobre, lyrique, profondément touchante, elle offre une fin d’une grande justesse à un disque d’une remarquable cohérence.
Le parcours de Arman Sangalang témoigne déjà d’une reconnaissance solide auprès de ses pairs. Il a collaboré avec Jon Irabagon, Dana Hall, Clark Sommers, Bruce Forman, Sharel Cassity, Essiet Okon Essiet, Sylvia Cuenca, entre autres. Sa musique a été programmée au Hyde Park Jazz Festival, au Clifford Brown Jazz Festival et au Chicago Jazz Festival. Il s’est également produit dans des lieux réputés comme The Green Mill, Andy’s Jazz Club, Hungry Brain, The California Clipper, The Whistler, Mr. Tipple’s Jazz Club ou encore le Logan Center for the Arts.
Le quartet réuni pour Waypoints est remarquable. Le guitariste Dave Miller occupe une place essentielle dans l’identité sonore du groupe grâce à son usage inventif des pédales d’effets. Ses textures lumineuses ouvrent les premières minutes de Nina, tandis que Writer Agents installe une atmosphère sombre de film noir classique. Tout au long du disque, il enveloppe les solos de Arman Sangalang de couleurs mouvantes, sans jamais détourner l’attention de la musique elle même.
Le bassiste Ethan Philion, plus récemment intégré à l’ensemble, trouve rapidement une complicité naturelle avec le batteur Devin Drobka. Ayant déjà joué ensemble dans des formations menées par les saxophonistes Jimmy Farace et Max Bessesen, ils assurent une assise rythmique à la fois discrète et d’une grande réactivité, donnant au quartet sa confiance tranquille.
Waypoints n’est pas un disque conçu pour plaire à tous, et c’est peut être là sa plus grande force. Il demande de ralentir, de se laisser porter par les atmosphères plutôt que de rechercher une gratification immédiate. Ceux qui acceptent ce voyage découvriront l’un des disques de jazz les plus subtilement marquants de l’année.
Plus encore, Waypoints laisse entrevoir un compositeur qui appartient à une génération en train de redéfinir le jazz contemporain par le récit, la texture et la profondeur émotionnelle plutôt que par la seule démonstration technique. À une époque où tant de disques cherchent à capter l’attention instantanément, Arman Sangalang propose autre chose, de plus rare, un album qui se déploie lentement, révèle ses détails au fil des écoutes et rappelle que le jazz le plus captivant commence toujours par l’imagination.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, July 6th, 2026
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Musicians :
Arman Sangalang, saxophone & compositions
Dave Miller, guitar & effetcs pedals
Ethan Philion, bass
Devin Drobka, drums & cympals
Track Listing :
1. Nina
2. Easy Does It
3. Who’s It Going To Be?
4. Monkish 04:36
5. Prevailing Change 04:46
6. Writer Agents
7. Less Is…
8. Body & Soul
9. Chatterbox (Bonus Track)
Produced by Arman Sangalang
Recorded, Mixed and Mastered by Ken Christianson, at Pro Musica, Chicago, IL April 4th and 5th, 2025
Photography by Dominic Guanzon
Layout and Design by Chad McCullough
All tracks composed by Arman Sangalang and published by Arman Sangalang Music, ASCAP except track 1, by Arman Sangalang and Oliver Wattles, published by Arman Sangalang Music, ASCAP and Havarian Garland, ASCAP and track 8, composed by Johnny Green, and published by Druropetal Music, BMI
