| Nu-Soul |
Quasi-anagramme de saffire, Sarife semblera peut-être aux yeux de certains une nouvelle venue, mais elle n’en demeure pas moins tout sauf une débutante. Formée de 2012 à 2015 à la comédie musicale en Californie, elle y aboutit finaliste du World Championship Of Performing Arts. Confrontée comme tant d’autres aux restrictions qu’imposait la pandémie mondiale, elle en profita pour auto-produire son propre premier single, “Careful”, en 2020, bientôt suivi d’un EP et d’une poignée d’autres singles, avant de se transporter au cœur de la prolifique scène néo-soul allemande de Hambourg, où elle commença par intégrer en tant que choriste le collectif Angels Of Libra, pour y occuper dès 2023 la fonction de lead singer. Après avoir contribué à leur single “Baby When You Hold Me” en mars 2024, Sarife entreprit de s’atteler à la composition et à l’enregistrement de l’album que voici (de fait son tout premier en solo), largement capté et produit dans son home studio (avec l’apport du studio Yeah! Yeah! Yeah! de Dennis Rux). On y décèle certes les influences de certaines de ses modèles, ainsi que certains maniérismes réminiscents du r&b des trois dernières décennies (ces mélismes mélo qui agacent tant les puristes), mais ses indéniables capacités à transcender ce formatage s’étayent sur des compositions dont la variété et la profondeur la préservent heureusement de l’uniformité banalisée présidant de nos jours trop souvent à ce type d’exercice. Que l’on considère les lascifs “Etereo”, “Come Closer” et “Drifting Away” (avec leurs relents de la Sade Adu d’il y a quarante ans) ou la plage titulaire, ses références majeures semblent demeurer la grande Alicia Keys (les touchants “Broken”, “Open Water”, “Green Papaya”), ainsi que, dans une moindre mesure, la Lauryn Hill des Fugees (“Space”, “Heal” et son sax à la Stan Getz, ou encore l’impressionnant “Love” qu’elle débite en un magistral talk-over sur une boucle samplée), avant de conclure sur le languide “Una Ultima Vez” avec ses complices de Angels Of Libra. Vocaliste à la tessiture ample et modulée, Safire se distingue donc d’emblée du peloton de bimbos préfabriquées dont l’industrie ne tente même plus d’inonder un marché sursaturé par l’AI et les contest platforms. Souhaitons-lui qu’il ne soit pas trop tard pour qu’une frange avertie du public lui accorde ne serait-ce qu’un peu de la reconnaissance qu’elle mérite manifestement.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, June 29th, 2026
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