Bria Skonberg – Indigo (FR review)

Cellar Music Group – Street date : July 6, 2026
Jazz
Bria Skonberg – Indigo

Résumé: Avec Indigo, Bria Skonberg livre l’un des albums les plus aboutis de sa carrière. Porté par des interprétations vocales remarquables, des orchestrations d’une grande finesse et un sens aigu du récit, ce disque explore la puissance de la chanson avec une élégance rare. Bien davantage qu’une démonstration de ses talents de chanteuse et de trompettiste, Indigo est une œuvre profondément humaine, célébrant le lien, l’empathie et l’authenticité artistique.

Bria Skonberg, Indigo: le jazz comme langage de l’émotion et du partage

J’ai toujours considéré Bria Skonberg comme une artiste au sens le plus noble du terme, bien avant de la définir comme compositrice, trompettiste ou chanteuse. La raison en est simple : il suffit de parcourir sa discographie. Chacun de ses albums naît d’une idée, d’un sujet qui lui tient intimement à cœur et qu’elle choisit d’explorer avec une sincérité peu commune. La musique vient ensuite, façonnée autour de cette réflexion initiale, en parfaite cohérence avec sa personnalité et sa vision artistique. Aucun de ses disques ne ressemble véritablement au précédent. Seuls demeurent cette sonorité de trompette immédiatement identifiable et cette manière très singulière d’habiter une phrase vocale.

L’arrivée d’un nouvel album de Bria Skonberg n’a jamais suscité chez moi la moindre inquiétude. Perfectionniste jusqu’à l’exigence, elle se tient résolument à distance des solutions de facilité et n’hésite jamais à prendre des risques. Avec Indigo, elle s’aventure pourtant sur un terrain nouveau, plus proche par moments de l’univers de la comédie musicale que de celui auquel elle nous avait habitués.

Publié le 3 juillet 2026 chez Cellar Music Group, Indigo constitue le pendant vocal de Brass, album paru quelques mois plus tôt et centré sur la trompette. Là où Brass s’intéressait à l’instrument, Indigo célèbre la chanson, le chant et l’art de l’orchestration. Ensemble, les deux disques dessinent les contours d’une même identité artistique, explorée sous deux angles complémentaires. Coproduits avec son fidèle collaborateur Matt Pierson, ils témoignent de la richesse d’une démarche qui refuse les cloisonnements.

«Après avoir passé des décennies à chercher comment la trompette et la voix pouvaient dialoguer, explique-t-elle, j’ai trouvé intéressant et stimulant de les explorer séparément. C’est aussi simple que cela.»

Pendant longtemps, une question est revenue avec insistance : Bria Skonberg est-elle une chanteuse qui joue de la trompette ou une trompettiste qui chante ? L’enregistrement de Brass et d’Indigo lui a finalement apporté une réponse. Elle n’est ni l’une ni l’autre exclusivement. Elle est pleinement les deux. Une évidence qui correspond bien à cette artiste que le New York Times a saluée pour sa capacité à prolonger l’esprit du hot jazz tout en l’ouvrant à de nouveaux horizons.

Interprète accomplie, Bria Skonberg possède cette qualité rare qui distingue les grands musiciens: elle raconte des histoires. Sa voix déploie les nuances émotionnelles d’une comédienne, tandis que sa trompette semble guidée par la même intention dramatique. Tout réside dans les détails, dans les respirations, les inflexions, les silences et les nuances. Une fois encore, elle signe un album lumineux, mûrement réfléchi et remarquablement construit.

L’une des grandes réussites d’Indigo réside dans son écriture orchestrale. Les arrangements ne servent jamais de simple écrin à la chanteuse. Ils participent pleinement au récit. Les couleurs apparaissent et disparaissent avec une élégance presque cinématographique. Les bois traversent les morceaux comme des pensées fugitives, les cuivres apportent chaleur et profondeur plutôt que démonstration de force, tandis que la section rythmique rappelle avec intelligence que la retenue peut parfois être plus expressive que la virtuosité. Matt Pierson et Bria Skonberg construisent des paysages sonores d’une grande délicatesse, toujours au service de l’émotion. Un travail qui révèle progressivement toute sa richesse au fil des écoutes.

Lorsque l’artiste s’empare de «Mood Indigo» de Duke Ellington, elle s’inscrit dans la tradition des grandes voix du jazz capables de conjuguer fragilité et autorité émotionnelle. Son interprétation semble flotter au-dessus de l’arrangement, légère et vulnérable, tout en conservant une intensité intérieure saisissante. Sans jamais céder à l’imitation, elle convoque quelque chose de l’âge d’or du jazz vocal. Les auditeurs familiers de la bande originale de La Couleur pourpre de Steven Spielberg retrouveront peut-être cette même matière émotionnelle faite d’intimité, de nostalgie et de résilience discrète.

L’album s’achève sur une note d’optimisme qui constitue depuis longtemps l’une des marques de fabrique de Bria Skonberg, aussi bien comme artiste que comme femme observant un monde de plus en plus fragmenté. «We’ll Be Together Again» se déploie avec délicatesse autour de lignes de clarinette aériennes avant de s’ouvrir progressivement vers quelque chose de plus ample et lumineux. Les écarts mélodiques du morceau sont abordés avec une aisance technique impressionnante, mais jamais la démonstration n’en devient l’enjeu principal. Ce qui guide l’interprétation demeure avant tout la vérité émotionnelle de la chanson.

«Le sentiment d’unité est important pour moi», confie-t-elle. «L’album suit une trajectoire cohérente. “Watch What Happens” parle de la capacité à rester ouvert à l’autre. Et la pensée finale est simplement : restons ensemble dans cet espace.»

Le message est limpide. «J’essaie de rassembler les gens autant que possible. Si je parviens à créer une expérience commune lors d’un concert, quelles que soient les convictions ou les opinions de chacun, cela a énormément de sens pour moi.»

Il ne fait guère de doute que cette quête permanente de l’excellence a permis à Bria Skonberg de produire une nouvelle fois un disque d’exception. En tant qu’auditeur français, j’abordais pourtant sa reprise de Jacques Brel, «If You Go Away», avec une certaine réserve. L’œuvre de Brel a inspiré d’innombrables interprétations, dont beaucoup se sont heurtées au poids de la comparaison. Or, pour la première fois, il me semble entendre une version qui échappe totalement à cet écueil. Mieux encore, elle retrouve quelque chose de cette intensité dramatique qui faisait la singularité du chanteur belge. Bria Skonberg ne se contente pas d’interpréter la chanson: elle l’habite. Elle comprend que sa force réside autant dans son architecture émotionnelle que dans sa mélodie, dans cette tension permanente entre le renoncement et le désir.

Avec Indigo, Bria Skonberg confirme son importance non seulement comme chanteuse et trompettiste, mais aussi comme architecte sonore d’une rare imagination. Elle est assurément une grande artiste. Pourtant, ce qui élève véritablement cet album au-delà de la simple réussite musicale, c’est l’humanité qui traverse chacune de ses mesures. À une époque souvent dominée par le spectaculaire, Indigo apparaît comme une œuvre de rapprochement. Il rappelle que la virtuosité n’a de sens que lorsqu’elle sert l’émotion et que l’art véritable demeure indissociable de l’empathie.

Il serait d’ailleurs réducteur de considérer Indigo comme le simple complément vocal de Brass. Le disque possède sa propre cohérence et s’impose comme une réflexion sur la communication elle-même. Sur cette capacité qu’a la voix humaine à transmettre la vulnérabilité, l’espoir, la mémoire et l’expérience partagée. En ce sens, Indigo pourrait bien compter parmi les projets les plus révélateurs de la carrière de Bria Skonberg, non parce qu’il montre ce qu’elle sait faire, mais parce qu’il révèle profondément qui elle est.

Plus largement, Indigo confirme la place singulière qu’occupe Bria Skonberg dans le paysage du jazz contemporain. À l’heure où de nombreux artistes semblent sommés de choisir entre tradition et modernité, elle démontre que ces deux dimensions ne s’opposent pas mais se nourrissent mutuellement. Son travail puise dans l’histoire du jazz sans céder à la nostalgie, accueille la chanson populaire sans perdre en exigence artistique et emprunte à l’art du récit théâtral sans jamais compromettre son intégrité musicale.

Cette capacité à circuler librement entre plusieurs univers pourrait bien constituer l’un des traits marquants de son héritage artistique. Bria Skonberg appartient à cette génération de musiciens qui refusent les catégories rigides et les frontières esthétiques. Pour elle, le jazz n’est pas un patrimoine figé mais un langage vivant, capable d’absorber les influences, d’exprimer les préoccupations contemporaines et de créer du lien entre les individus.

Indigo est ainsi bien davantage qu’un excellent album. C’est une démonstration éclatante de ce que le jazz peut encore être au XXIe siècle: aventureux, généreux, profondément personnel et résolument humain.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, June 19th, 2026

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To buy this album

Website

Musicians :
Bria Skonberg: trumpet and vocal
Gil Goldstein: piano, accordion, arranger
Eric Wheeler: bass
Darrian Douglas: drums, percussion
Antoine Silverman, Entcho Todorov: violins
Yuko Naito-Gotay: viola
Emily Brausa: violincello
Kathleen Nester: alto flute
Charles Pillow: bass clarinet

Track Listing :
Watch What Happens
I’m Glad There Is You
Mood Indigo
Between the Devil and the Deep Blue Sea
If You Go Away
Fragile
So It Goes
Tell Him I Said Hello
We’ll Be Together Again

Executive Producer: Larissa Roesch & Cory Weeds
Produced by Matt Pierson & Bria Skonberg
Recorded at The Samurai Hotel Recording Studio, NYC on 7/29 and 7/30/2025
Engineered by Christopher Allen
Mixed and Mastered by Christopher Allen
Production Manager: Dominic Duchamp
Photography by Shervin Lainez
Design and layout by John Sellards