| Americana, Folk |
La chanteuse, guitariste, pianiste et songwriter canadienne Suzanne Jarvie livre, avec son troisième album depuis 2014, une nouvelle œuvre de résilience. Confrontée il y a une douzaine d’années à un accident qui faillit coûter la vie à l’un de ses fils (et lui cause encore maintes séquelles), elle y conjure ses propres sentiments de rage et de détresse au fil de neuf chansons méticuleusement ouvragées, avec le concours d’autant de musiciens. Du mélancolique et majestueux “Honeycomb” d’ouverture (mené par les claviers conjoints de Suzanne et Hugh Christopher Brown, et traversé d’un superbe chorus de lap-steel électrifiée signé Rocky Roberts) au “Temporary Emissary” final, la solennité semble être le maître mot de ce disque. Miss Jarvie y confirme ses conséquents talents vocaux, qu’elle met au service d’un songwriting de haut niveau. “Caterpillar” emprunte ainsi furtivement la trame de la comptine “Frère Jacques” pour exorciser en une fervente catharsis les tourments maternels, tandis qu’avec les chœurs de Sara Jarvie Clark (sa fille aînée), “Polonium” (du nom de ce poison insidieux dont succomba le dissident russe Alexander Litvinenko) se révèle une poignante oraison funèbre, et qu’avec le soutien de la Weissenborn de Burke Carroll et du violon de Nathan Smith, “40%” traite de la vaine dissolution du chagrin dans les addictions. La plage titulaire s’avère un réquisitoire sans concession contre les méfaits infligés par la folie humaine à l’équilibre écologique naturel, selon une orchestration rappelant celle des débuts de la grande Joni Mitchell (une valse lente nimbée d’une subtile réverb), et “Charity” s’inscrit pour sa part dans la veine country-folk de la non moins notoire Emmylou Harris, mandoline, violon et Weissenborn à l’appui. Invoquant la persistance de l’espoir, cette dernière débouche sur “Nicole”, ballade sépulcrale manifestement composée au piano (comme Elton John en livra tant), suivie de la seule cover du lot, “Lifeline” de David Corley (dont l’arrangement acoustique et dépouillé n’est pas sans rappeler le Neil Young de “On The Beach” et le David Crosby de “Triad”), démontrant au passage quelle impressionnante guitariste acoustique peut également se montrer Suzanne. Ultime piano driven ballad, “Temporary Emissary” est une poignante élégie dédiée à sa fille cadette, Claire. Un disque d’une profondeur et d’une intensité lyrique confondantes: des fêtes de mères de cet acabit, on en voudrait tous les jours.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, June 15th, 2026
Follow PARIS-MOVE on X
::::::::::::::::::::::::::