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Résumé: Sur Laid Back, Vol.1, le trompettiste et compositeur Rich Willey marie le jazz, le reggae et diverses influences issues des musiques du monde à une écriture raffinée pour grand orchestre. Il en résulte un album lumineux et mélodique, capable de conjuguer accessibilité immédiate et réelle profondeur musicale.
Rich Willey, Laid Back, Vol.1: un mariage solaire entre jazz, reggae et savoir-faire orchestral
Dehors, la chaleur s’est déjà installée. L’air est lourd, presque immobile, et seuls quelques oiseaux semblent encore trouver l’énergie de fendre le ciel à basse altitude. Dans le calme du studio, Laid Back, Vol.1 de Rich Willey m’attend. À cet instant, ce que je sais du musicien tient en quelques lignes.
Ancien musicien militaire au sein des forces armées américaines, Rich Willey a été formé à la U.S. Navy School of Music avant de poursuivre ses études à la North Texas State University. Il y approfondit l’art de l’improvisation jazz sous la direction de Rich Matteson, Jack Petersen et Dan Haerle. Depuis longtemps, cette université s’est imposée comme l’un des grands viviers du jazz américain. Rien d’étonnant, dès lors, à voir Willey rejoindre par la suite les rangs du Big Bop Nouveau de Maynard Ferguson ainsi que ceux du Tommy Dorsey Orchestra. Au fil des années, il se produit également avec les orchestres de Jimmy Dorsey, Cab Calloway, Sammy Kaye ou encore Nelson Riddle.
Avec un tel parcours, on s’attend naturellement à découvrir un album de big band relativement classique. Pourtant, dès les premières secondes d’écoute, une autre réalité s’impose. Jazz, reggae et influences venues d’horizons multiples s’entremêlent avec naturel dans un ensemble particulièrement séduisant. La surprise est totale, et le sourire vient presque spontanément. En musique, peu de plaisirs égalent celui d’être véritablement pris à contre-pied.
Comme souvent, le morceau d’ouverture révèle les intentions de l’album. La plage-titre, «Laid Back», donne immédiatement le ton. L’orchestration témoigne d’une maîtrise remarquable. Les cuivres déploient des couleurs éclatantes et une énergie ludique sans jamais perdre de vue l’équilibre d’ensemble. La musique rayonne. Elle évoque le soleil, la légèreté, les après-midis d’été où le temps semble ralentir. Mais au-delà de cette immédiateté séduisante, elle possède suffisamment de chaleur et de personnalité pour accompagner l’auditeur bien au-delà de la belle saison.
Au cours d’une carrière qui l’a conduit aux côtés de nombreuses figures respectées du jazz, Rich Willey a gagné l’estime de musiciens issus de générations et d’esthétiques très diverses. Des vétérans de l’ère swing aux grands noms du big band, en passant par des improvisateurs modernes et des acteurs du jazz contemporain, l’étendue de ces collaborations témoigne autant de sa polyvalence que de la reconnaissance dont il bénéficie dans le milieu. Cette expérience irrigue l’ensemble de Laid Back, Vol.1, un disque nourri par des décennies de rencontres musicales sans jamais sembler prisonnier de son héritage.
Le caractère immédiatement chantant des compositions de Willey n’a rien d’accidentel. Le musicien aime se définir comme un «artisan de la mélodie». Son approche consiste à s’appuyer sur des formes relativement traditionnelles tout en recherchant des progressions harmoniques suffisamment stimulantes pour les improvisateurs. Il écrit avant tout la musique qu’il aime entendre, sans chercher à suivre les modes ni à reproduire les recettes des autres. Les belles lignes mélodiques et les mouvements d’accords expressifs demeurent au cœur de son langage, une conviction qui traverse l’ensemble de l’album.
Ce qui rend Laid Back, Vol.1 particulièrement intéressant tient à ce contraste entre apparente simplicité et réelle sophistication. L’écoute est immédiate, accueillante, presque évidente. Pourtant, sous cette surface accessible se cache une architecture minutieusement construite ainsi qu’un travail d’arrangement d’une grande finesse. Nous sommes loin de ces morceaux calibrés pour capter rapidement l’attention avant de s’effacer aussitôt. Willey accorde à ses compositions l’espace nécessaire pour respirer, se développer et raconter leur propre histoire.
Des titres comme «Triple Play» se déploient ainsi avec patience, révélant progressivement plusieurs chapitres plutôt que de foncer vers une conclusion prévisible. Les influences sont nombreuses. Certaines apparaissent discrètement, d’autres avec davantage d’évidence. Mais toutes sont intégrées avec suffisamment d’assurance pour former un ensemble cohérent. Tout au long du disque, la trompette de Willey joue le rôle d’un narrateur bienveillant, guidant l’auditeur à travers des mélodies constamment généreuses et optimistes.
Par moments, certaines atmosphères rappellent les années 1970 et 1980. C’est peut-être même l’une des grandes forces de l’album. Plutôt que de céder à une nostalgie facile, Willey puise dans cet héritage pour nourrir une musique profondément ancrée dans le présent. Le résultat évoque moins un exercice rétro qu’un dialogue permanent entre différentes époques. Cette conversation entre passé et présent confère à l’ensemble une forme d’intemporalité.
Inscrit dans la trajectoire plus large de son parcours artistique, Laid Back, Vol.1 apparaît moins comme une rupture que comme une forme de synthèse. Le disque rassemble plusieurs qualités qui caractérisent depuis longtemps le travail de Rich Willey: le goût de la mélodie, la maîtrise de l’écriture pour grand ensemble, l’ouverture aux croisements stylistiques et, surtout, le refus de confondre complexité et profondeur. On y entend un musicien qui n’éprouve plus le besoin de démontrer quoi que ce soit et qui fait pleinement confiance à la solidité de ses idées comme au talent des interprètes qui l’entourent.
Au fond, Laid Back, Vol.1 est un album placé sous le signe du plaisir, dans ce que ce mot a de plus noble. Il n’exige presque rien de son auditeur et lui offre beaucoup en retour. Derrière son pouvoir de séduction immédiat se cache également une véritable leçon de composition et d’arrangement pour grand orchestre. Willey montre comment un big band peut conserver son élan, son groove et son pouvoir mélodique sans jamais sacrifier la nuance. Tout au long du disque, un mouvement discret mais constant semble porter la musique vers l’avant.
Pour cette seule raison, il serait difficile de résister à son charme. Laid Back, Vol.1 rappelle avec élégance que sophistication et plaisir d’écoute ne sont pas des notions opposées. Il arrive même que les œuvres les plus accomplies soient aussi les plus accueillantes.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, June 11th, 2026
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Musicians :
Rich Willey — Trumpet, Tuba
John Swana — EVI
Carey Deadman — Trumpet
Jim Gailloreto — Flute, Soprano Sax, Alto Sax
Geof Bradfield — Tenor Sax
Steve Duncan — Trombone, Bass Trombone
Paul Mutzabaugh — Piano, Keyboard, Hammond B3 Organ
Chuck Webb — Electric Bass, Upright Bass
Felton Offard — Electric Guitar, Acoustic Guitar
Charles Heath — Drums
Rich Trelease — Percussion
Track Listing :
Laid Back (Night Life) 8:50
Triple Play 7:44
Relax & Take It Easy 8:12
Long Lost Brothers 6:17
Ladies First 7:01
That’s My Little Girl 7:02
Hip Slick & Cool 9:22
All selections written by Rich Willey
All arrangements by Wally Minko
All selections © ℗ 2026 Boptism Music BMI
Recorded January 12-15 at Palisade Studio, Chicago IL
Carey Deadman — Producer
Jim Massoth — Engineer
Bryan Clavey — Assistant Engineer
Olivia Brash — Studio Tech
Brian Schwaab — Mastering
Chris Kemp — Cover art