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Résumé: Avec We Dream, Lakecia Benjamin transforme les inquiétudes et les aspirations de notre époque en une œuvre majeure du jazz contemporain. Entourée d’un impressionnant collectif d’artistes, la saxophoniste américaine signe un album ambitieux, spirituel et profondément novateur, qui s’impose parmi les réalisations les plus marquantes de l’année.
We Dream, de Lakecia Benjamin : un manifeste jazz audacieux pour notre époque
Une scène du documentaire Wayne Shorter: Zero Gravity, réalisé par Dorsay Alavi, me revient en mémoire. On y voit Lakecia Benjamin rendre visite à Wayne Shorter, mentor autant qu’ami. Ce qui frappe alors, c’est la simplicité apparente de l’échange. Deux artistes d’exception discutent de leur art, s’écoutent, se questionnent, se témoignent une admiration réciproque avec une curiosité sincère et une grande générosité. Une rareté, et sans doute l’un des plus beaux privilèges qu’offre la musique.
Lakecia Benjamin possède également un sens de l’humour qui ne passe pas inaperçu. Sur scène, elle apparaît souvent vêtue comme une vedette du funk. Mais cette première impression s’efface dès les premières notes. Très vite, toute l’attention se porte sur l’intensité de son jeu, la précision de sa technique et la qualité remarquable de son écriture.
C’est sans doute pour cette raison qu’en découvrant la pochette de We Dream posée sur mon bureau, un sourire m’est venu. Il était tôt. Le ciel était gris, l’air lourd. Puis les premières notes de «First Light» ont retenti. La voix de Benjamin s’élève avec une autorité tranquille avant qu’une trompette ne fasse son entrée, révélant une maîtrise impressionnante de la tension dramatique. L’ouverture est théâtrale, ambitieuse, parfaitement maîtrisée. Quelque chose d’indéniablement magique circule dans les mots comme dans les sons.
Si le documentaire consacré à Wayne Shorter s’est imposé à mon esprit, ce n’est pas un hasard. La musique est différente, bien sûr, mais l’intensité créative est comparable. Au fil des morceaux, on a le sentiment d’assister à l’épanouissement d’une artiste qui se libère progressivement des cadres et des attentes. À chaque nouvel album, Lakecia Benjamin élargit son horizon, affirme davantage sa vision et démontre une capacité toujours plus impressionnante à la traduire en musique.
À propos de ce nouveau projet, elle expliquait: «Comme toujours, ma touche personnelle se retrouve dans le choix des invités. Mais cette fois, l’objectif est différent.»
Après Phoenix et le single Noble Rise, nommé aux Grammy Awards, We Dream marque selon elle un changement de perspective. L’album se veut une réponse au monde contemporain et à l’époque que nous traversons.
«J’ai senti que cette histoire ne pouvait pas continuer de la même manière compte tenu de l’état du monde», confie-t-elle. «Je me suis mise à réfléchir à l’idée d’être une lumière dans l’obscurité. L’atmosphère actuelle me paraît très sombre, partout. Nous essayons d’incarner cette lumière.»
Comme les grands artistes, Benjamin demeure attentive à ce qui l’entoure. Elle observe le présent, le questionne, puis le transforme en création. Les notes deviennent des touches de couleur sur une toile. Les mots s’y ajoutent. Autour d’elle se rassemblent des musiciens issus d’univers très différents, chacun apportant son langage propre pour exprimer ce qu’elle perçoit et ressent.
La musique de We Dream est à la fois accessible et complexe, lumineuse et dense. Le casting réuni pour l’occasion impressionne par son ampleur. Mais loin de convoquer des invités pour leur seul prestige, Benjamin construit une véritable œuvre collective. Elle s’entoure d’artistes qu’elle admire pour leur capacité à évoluer, à innover et à repousser les frontières de la musique contemporaine.
Son équipe, qu’elle décrit elle-même comme ses «Avengers», rassemble notamment les trompettistes Terence Blanchard et Chief Xian aTunde Adjuah, le saxophoniste Chris Potter, le batteur Jeff «Tain» Watts et la pianiste Hiromi Uehara. Les chanteurs Bilal et Tarriona «Tank» Ball, du groupe Tank and the Bangas, participent également à l’aventure, tout comme le batteur et producteur Kassa Overall.
Que dire de plus? Cet album possède quelque chose de rare. Il ne me ramène pas tant au son de Weather Report qu’à la sensation éprouvée lors de la découverte de ce groupe. La musique est différente, mais le sentiment demeure le même: celui d’être face à une œuvre portée par une ambition artistique hors du commun.
Composer à cette échelle exige bien davantage qu’une maîtrise technique irréprochable ou une vaste culture musicale. Cela suppose une véritable assurance intellectuelle, une imagination fertile et une volonté constante de prendre des risques.
We Dream arrive à un moment où la visibilité de Lakecia Benjamin n’a jamais été aussi forte. Après avoir accompagné ou enregistré avec Stevie Wonder, Alicia Keys, Prince, Missy Elliott, Anita Baker, Gregory Porter, Kool & the Gang ou encore The Roots, la musicienne avait déjà redéfini sa trajectoire artistique avec Pursuance: The Coltranes, paru en 2020.
Cet album collectif rendait hommage à John et Alice Coltrane, envisagés comme deux forces créatrices complémentaires. Publié en pleine pandémie, il marquait un tournant dans son parcours, renouant avec les questions de filiation, de spiritualité et de responsabilité individuelle à une période où une grande partie du monde était contrainte à l’introspection.
We Dream est à la fois un voyage, une déclaration d’intention et une invitation à imaginer d’autres possibles. L’œuvre transcende les frontières culturelles et refuse toute forme d’indifférence. Peu d’albums de jazz contemporains parviennent à conjuguer avec autant d’équilibre inspiration, intelligence, poésie, souffle dramatique et goût de l’aventure musicale. Celui-ci y parvient pleinement.
Il est toujours difficile de prédire le destin d’un disque. Pourtant, We Dream possède les qualités qui caractérisent les œuvres appelées à durer: une vision forte, une réelle profondeur, une puissance émotionnelle et un sens évident de la nécessité. Tout laisse penser qu’il s’imposera comme l’un des enregistrements marquants de son époque, un album dont on parlera encore dans plusieurs années parce qu’il parvient à saisir quelque chose qui le dépasse. Il transforme les inquiétudes et les espoirs du présent en une œuvre appelée à traverser le temps.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, June 9th, 2026
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Musicians:
- Lakecia Benjamin: Alto saxophone
- Oscar Pérez: Piano
- Miki Hayama: Piano
- Elias Bailey: Acoustic bass
- Jonathan Barber: Drums
Guests
- Terence Blanchard: Trumpet
- Sean Jones: Trumpet
- Chief Xian aTunde Adjuah (formerly Christian Scott): Trumpet
- Chris Potter: Tenor saxophone
- Hiromi: Piano
- Jeff “Tain” Watts: Drums
- Tarriona “Tank” Ball: Spoken word and vocals (Frontwoman of Tank and the Bangas)
- Bilal: Vocals
- Kassa Overall: Vocals and co-production
Track Listing :
First Light
Beyond the Dawn (ft. Terence Blanchard)
My Only (ft. Sean Jones)
Mi Gente (ft. Chief Xian aTunde Adjuah)
Ascension
DreamBreaker (ft. Chris Potter, Jeff “Tain” Watts, Sean Jones)
We Dream (ft. Tarriona “Tank” Ball)
Flamekeeper (ft. Hiromi)
Hiromi Jam (ft. Hiromi)
Right Now (ft. Bilal and Kassa Overall)
New World
Tour dates:
06/13 – Sceaux, FR – Sceaux Jazz Festival
06/14 – Vienna, AT – Porgy & Bess
06/17 – London, UK – Ronnie Scott’s
06/18 – Warsaw, PL – Jassmine
06/19 – Middleburg, NL – Zeeland Jazz Festival
06/20 – Rotterdam, NL – LantarenVenster
06/28 – Saratoga Springs, NY – Saratoga Jazz Festival
07/02 – Gent, BE – Gent Jazz Festival
07/03 – Vitrolles, FR – Charlie Jazz Festival
07/05 – Vilafranca del Penedès, ES – Vijazz
07/07 – Vienne, FR – Jazz À Vienne
07/12 – Matosinhos, PT – Matosinhos Em Jazz
07/19 – Hartford, CT – Greater Hartford Festival of Jazz
08/09 – San Jose, CA – San Jose Jazz Summer Fest
09/05 – Charleston, SC – Low Country Jazz Festival
09/23 – Los Angeles, CA – Hollywood Bowl
10/03 – Germantown, TN – Highland Capital Performance Hall
10/08 – Rodilhan, FR – Nimes Metropole Jazz Festival
10/09 – Marciac, FR – l’Astrada
10/15 – Tourcoing, FR – Tourcoing Jazz Festival
10/22 – Philadelphia, PA – Ensemble Arts Philly
10/23 – New York, NY – Carnegie Hall – Zankel Hall
10/24 – Richmond, VA – University of Richmond
11/09 – Bydgoszcz, PL – Bydgoszcz Jazz Festival
11/12 – Trutnov, CZ – Festival Jazzinec Trutnov
11/14 – Groningen, NL – Rockit Festival
11/15 – Amsterdam, NL – Muziekgebouw
11/17 – Leverkusen, DE – Leverkusener Jazztage
11/20 – Zurich, CH – Moods
11/21 – Schaan, LI – TAK Theater Liechtenstein
11/22 – Munich, DE – Bergson Kunstkraftwerk