| Psycho garage |
Si l’on voulait être méchant (ce que nous pouvons être parfois, sans toujours l’assumer pleinement), on pourrait arguer que Barrie Cadogan est un peu à la pop anglo-saxonne actuelle ce que fut en son temps chez nous Claude Engel: un guitariste surdoué (co-fondateur de Magma auprès de Christian Vander, tout de même) ayant évolué, de sessions en cachetons, jusqu’à arrondir ses fins de trimestres et ses points retraite en composant avec Richard Gotainer de gentils jingles publicitaires pour Banga et Belle Des Champs… Oh, certes, Barrie n’en est pas là, mais son récent curriculum d’intérimaire n’en prend pas moins l’allure d’une carte Michelin format Buren. De Liam Gallagher à Paul Weller, en passant par The The, Primal Scream, Edwyn Collins, Spiritualized, Morrissey, les Chemical Brothers et Robert Finley (sans parler de son récent “Electric War” avec Malcolm Catto, chroniqué l’an dernier ICI), on ne pourra en effet pas lui reprocher d’abuser des allocations chômage… C’est que Little Barrie (le groupe) était en sommeil – en deuil, même, devrait-on écrire – depuis que son second batteur, Virgil Howe (fils de Steve, et frangin de Dylan, lui-même drummer de feu Wilko Johnson) est décédé d’un arrêt cardiaque en 2017. On ne s’attendait donc plus guère à voir repartir leur compteur discographique bloqué à cinq références, jusqu’à ce que Dan Auerbach s’en mêle et relance la machine en la signant sur son propre label. Le nouvel occupant du drum-stool se nomme Tony Coote, et le fidèle Lewis Wharton officie toujours aux quatre cordes auprès d’un Barrie plus inspiré que jamais, comme en atteste d’emblée “More Miles Of Bad Road”. Sur une rythmique aussi groovy qu’hypnotique, une wah-wah millésimée se pose à équidistance du krautrock et des scores Blaxploitation façon “Jackie Brown”. Un peu comme René Magritte énonçant que sa peinture n’était pas une pipe, “It Isn’t Soul” n’en est peut-être pas davantage (ou alors sous chloroforme), tandis que “December” évoque quant à lui la sunshine pop légère qui ensoleillait les génériques des productions de Roger Corman durant l’Été de l’Amour, et que le funky “Luggin’ Hurt” rappelle ces jams qu’enregistrait en 66 un certain Hendrix (sous le pseudo de Jimmy James), lors de ses faméliques PPX Recordings sous l’égide de ce grigou de Curtis Knight. “Talk It Up Like It’s Wanted” reprend l’affaire à l’épisode suivant de la saga du défunt gaucher: un slow blues halluciné sur une trame empruntée à Curtis Mayfield (soit le socle endémique de “Are You Experienced?”), tandis que “Anything You Are” surfe sur la face lysergique de Love et Arthur Lee, et que “Coralisa” et “Wire” en font autant avec les Mancuniens des Stone Roses. Comme un ultime pied de nez, ils se sont gardé la plage titulaire pour la bonne bouche, et celle-ci ferme le ban en une douce apothéose, tandis que la production de ces prises, manifestement live in the studio (signée Rupert Lyddon, cf. Grand National), ajoute juste ce qu’il faut de delay à la basse, la voix et la batterie, conférant ainsi à l’ensemble une saisissante profondeur de champ. Pour conclure et résumer, si avec pareil blend de groove moite et de psychédélisme hagard, maintes formations se trouveraient mal barrées, Little Barrie le semble pour sa part plutôt bien (barré).
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, June 4th, 2026
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En concert:
1er octobre : L’Aéronef, LILLE
2 octobre : Le 106, ROUEN,
3 octobre : Pôle Évasion, AMBARÈS-et-LAGRAVE
4 octobre : La Sirène, LA ROCHELLE
5 octobre : La Maroquinerie, PARIS
Recommandé: le EES Exclusive LP + Signed Insert
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