Robinson Khoury MŸA – Transara

2026, ACT Music + Vision GmbH & Co. KG
World Jazz
Robinson Khoury MŸA - Transara

Avec Transara, Robinson Khoury confirme qu’il appartient désormais au cercle des musiciens de jazz les plus inventifs de la scène européenne actuelle. Après nous avoir impressionné par son travail orchestral, ses collaborations multiples et son goût pour les croisements entre jazz, musiques orientales et compositions contemporaine, Khoury propose ici une œuvre de 11 titres profondément habitée, intime et lumineuse.

Le titre de cet opus, tout d’abord. Transara: un néologisme inventé par Robinson Khoury pour désigner une transition entre les mondes, une connexion entre les espaces et les états. La musique est aussi un commentaire profondément ressenti sur notre époque, oscillant en permanence entre mélancolie et chaleur. «Vu l’état du monde autour de nous, on ne peut pas ne pas être pensif et mélancolique», reconnaît-il.

Avec Transara, Khoury explore de nouveaux territoires avec une conviction rare, rappelant que le jazz reste capable de se réinventer lorsqu’il est confié à des musiciens prêts à repousser ses frontières sans jamais renoncer à sa profondeur émotionnelle. Ses influences se font sentir, mais voilées, filtrées à travers un réseau d’étoiles multicolores si dense qu’il devient difficile de les isoler.

Dès les premières minutes, Transara impose une atmosphère captivante: une musique aérienne qui oscille entre méditation et mouvements, enracinée dans des traditions multiples. Ce qui frappe d’entrée, c’est la complicité et le respect total entre les trois artistes. Rien n’est démonstratif et aucun ne cherche à privilégier son jeu. Tout est dialogue, circulation, respiration, partage. Le disque possède cette fluidité incontestable des albums où les musiciens ne cherchent pas à briller individuellement, mais à créer un langage collectif.

Comme souvent dans les œuvres importantes, la musique se situe dans un entre-deux permanent, entre tradition et expérimentation.

Robinson Khoury impressionne tout au long des onze titres par la richesse expressive de son trombone. Son jeu conjugue puissance et fragilité avec une maîtrise remarquable. Khoury ne joue jamais “contre” la musique: il la modèle de l’intérieur, avec une sensibilité harmonique et une intensité émotionnelle rares.

La voix de Anissa Nehari apporte une lumière particulière à l’ensemble de l’album, tamisée ou incandescente quand il le faut. Elle chante avec délicatesse et son timbre possède quelque chose d’aérien et de terrien à la fois. Avec Anissa, Transara ne se contente pas d’être un album de jazz contemporain, il devient une œuvre de transmission et de partage.

Avec son piano, Léo Jassef est la trame remarquée et remarquable du disque. Il crée des espaces, les offre à ses deux partenaires, suggère des climats, colore des atmosphères, accompagne avec discrétion et une présence finement autoritaire quand il le faut, sans jamais écraser. Jassef appartient à cette catégorie de musiciens devenue rare: des virtuoses capables de faire oublier leur virtuosité. Son jeu n’impose jamais. Il attire. Il invite l’auditeur à entrer dans la musique avec une douceur presque conversationnelle.

Parmi les onze titres, plusieurs s’imposent comme des sommets du disque:

Le morceau-titre, Transara, résume parfaitement l’esthétique du trio: une montée progressive, presque hypnotique, où les lignes du trombone et de la voix semblent se chercher avant de fusionner dans une émotion commune. La composition déploie une beauté lente, jamais appuyée, portée par les harmonies subtiles du piano de Jassef.

Sur Luna le trio atteint un degré d’intimité presque bouleversant. Anissa Nehari chante avec une pureté expressive remarquable tandis que Robinson Khoury développe un solo d’une immense tendresse. Le morceau donne l’impression d’une conversation nocturne suspendue hors du temps. Quant au solo, il ne sert nullement à démontrer une virtuosité technique, il est un véritable point de bascule émotionnel à l’intérieur d’un récit.

Sur Alma de Luz, le trio révèle sa capacité à intégrer des influences méditerranéennes et orientales sans jamais tomber dans le simple décor sonore. Le rythme respire naturellement, et les trois musiciens semblent avancer dans un même flux organique. Le travail harmonique de Léo Jassef y est particulièrement remarquable.

Souffles constitue un autre sommet du disque. Plus dépouillé, presque contemplatif, le morceau met en valeur l’art du silence qui traverse tout l’album. Khoury y fait chanter son trombone avec une retenue magnifique, tandis que la voix de Nehari agit comme une présence flottante, presque spirituelle. Elle offre ici une délicatesse lyrique remarquable. La voix et les instruments se déploient lentement, avec patience, laissant les silences porter autant d’émotion que les notes elles-mêmes. Il y a dans ce titre quelque chose de presque cinématographique dans la manière dont le trio fait défiler l’espace, et le ciel..

Enfin, Éclats d’ombre apporte une tension dramatique passionnante. Le trio ose davantage de contrastes et de densité, sans jamais perdre la clarté de son propos musical. Par moments, les musiciens semblent anticiper les idées des autres, avant même qu’elles ne prennent forme. La manière dont les trois artistes construisent progressivement l’intensité du morceau témoigne d’une maturité collective impressionnante.

Ce qui rend Transara si précieux, c’est sa capacité à toucher profondément, sans jamais forcer l’émotion. Robinson Khoury, Anissa Nehari et Léo Jassef signent un album d’une élégance rare, où virtuosité, spiritualité et poésie circulent avec une évidence naturelle.

Avec ce disque, le trio réussit bien davantage qu’une belle rencontre musicale: il crée un véritable espace sensible, une musique de partage et de lumière qui continue de résonner longtemps après la dernière note. Et ce qui rend cet enregistrement si remarquable tient précisément dans cet équilibre entre raffinement et liberté, entre rigueur et spontanéité émotionnelle.

Transara n’est pas seulement un excellent album de world jazz, c’est un acte de résistance musical, une invitation à illuminer un monde devenu de plus en plus complexe. Pour ce faire, Robinson Khoury MŸA a trouvé son langage, et ce langage est charismatique, universel.

Frankie Pfeiffer
Editor in chief – PARIS-MOVE

PARIS-MOVE, May 27th, 2026

Follow PARIS-MOVE on X

::::::::::::::::::::::::

Pour commander l’album

Tracklisting :
Coquillage
Alaoui Club
Poussière
Hope
Taxi Brousse
Pensées Irréelles
Cyclone
Sumud
Matriarchy
Prophétie Part I
Prophétie Part II

Enregistré en octobre 2025 au Studio Gil Evans, Amiens