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Résumé: Avec Return Trajectory, le tromboniste et pédagogue Michael Dease transforme un ensemble de la Michigan State University en une formation d’une rare intensité, mêlant arrangements de cuivres explosifs, improvisations audacieuses et profondeur émotionnelle dans l’un des grands albums de big band contemporain de l’année.
Return Trajectory de Michael Dease, l’électrochoc d’un big band universitaire
Depuis longtemps, Michael Dease refuse les frontières confortables que les institutions du jazz imposent parfois aux musiciens. Tromboniste, compositeur, arrangeur, pédagogue et collaborateur insatiable, il envisage la musique moins comme une discipline figée que comme une conversation en perpétuelle transformation. Cet esprit irrigue Return Trajectory, un disque qui aurait pu se contenter du professionnalisme impeccable souvent associé aux ensembles universitaires, mais qui devient finalement tout autre chose: une véritable déclaration artistique collective, traversée par le risque, la liberté et le goût de la découverte.
À la tête d’un remarquable ensemble issu de la Michigan State University, Dease choisit d’endosser le rôle de guide et d’architecte plutôt que celui de soliste central. Le répertoire rassemble des compositions originales de Dease et de Gregg Hill, auxquelles s’ajoutent deux classiques signés par le légendaire J. J. Johnson, «Cherokee» et «Little Dave». L’influence de Johnson continue d’ailleurs de nourrir le langage musical de Dease. Pourtant, malgré son titre, Return Trajectory n’a rien d’un exercice nostalgique. Le disque ne regarde jamais le passé avec révérence. Il avance au contraire avec l’assurance de musiciens décidés à emmener l’héritage du jazz vers de nouveaux territoires.
Ce qui frappe immédiatement, c’est l’absence totale de prudence. Beaucoup d’enregistrements de grands ensembles issus du monde académique conservent une forme de rigidité, comme si les musiciens restaient prisonniers du cadre qui les entoure. Ici, c’est exactement l’inverse. Les arrangements respirent. Les tempos se tendent puis se relâchent. Les improvisations s’aventurent dans des zones émotionnelles incertaines avant de retrouver leur centre de gravité. Les instrumentistes ne se contentent pas d’exécuter des partitions: ils les habitent.
Cette sensation d’ouverture devient l’une des grandes forces du disque. Dease semble moins préoccupé par le contrôle que par la confiance, laissant à l’ensemble suffisamment d’espace pour modeler la musique collectivement. Le résultat déborde d’une énergie imprévisible, celle de musiciens encore en train de découvrir toute l’étendue de leur identité artistique. Par moments, les échanges prennent même des allures de conversation spontanée, comme si chaque section de l’orchestre réagissait instinctivement aux autres en temps réel.
«Up South» illustre magnifiquement cette dynamique. Le solo de saxophone qui en constitue le cœur apparaît d’abord comme un signal lointain dérivant dans l’espace, fragile puis progressivement plus affirmé, presque défiant. Autour de lui, l’ensemble ne cherche jamais à écraser l’improvisation. Le groupe construit plutôt un immense paysage sonore qui permet au discours du soliste de se déployer avec patience et gravité émotionnelle. L’effet produit tient moins à la virtuosité qu’au récit. Le solo ne vient pas simplement orner la composition: il semble vouloir y inscrire sa propre mémoire.
Le groove qui traverse l’album porte clairement l’empreinte artistique de Michael Dease. Mais ce qui rend l’ensemble particulièrement captivant, c’est la manière dont cette sensibilité a été absorbée naturellement par les musiciens. Chaque accent rythmique, chaque montée des cuivres, chaque détour mélodique paraît animé non par une obligation académique mais par un véritable engagement personnel. Cette urgence-là ne s’enseigne pas mécaniquement.
Elle n’a d’ailleurs rien d’accidentel. Au fil des années, Dease a collaboré avec des artistes aussi divers que Alicia Keys, Paul Simon, Paul Shaffer et le CBS Orchestra, mais aussi Elton John, Neil Diamond, Illinois Jacquet, Slide Hampton, Fred Wesley, Maceo Parker, le WDR Big Band, George Gruntz ou encore Billy Harper. À l’écoute de Return Trajectory, on entend autant l’héritage de ces expériences que sa conviction profonde: les grands ensembles se construisent par la confiance partagée, jamais par la hiérarchie.
L’équilibre interne du disque impressionne particulièrement. Les sections de cuivres affichent une puissance considérable sans jamais devenir écrasantes, capables de passer en quelques secondes de déflagrations collectives à des lignes mélodiques d’une délicatesse inattendue. La section rythmique, elle, maintient une souplesse qui permet aux compositions de s’étendre naturellement. Sur «Oasis», le mouvement semble d’abord contenu, presque hypnotique, avant de s’ouvrir lentement vers quelque chose de plus cinématographique et plus dense émotionnellement. Les percussions attirent d’abord l’auditeur dans leur pulsation. Puis la tension harmonique monte progressivement. Ce n’est qu’après cette longue mise en place que les solos émergent pleinement, avec une autorité calme plutôt qu’un spectaculaire forcé.
Ce qui rend l’album particulièrement passionnant réside aussi dans la place accordée au risque. Dease laisse suffisamment de liberté aux musiciens pour qu’ils puissent parfois vaciller, et c’est précisément cette possibilité qui permet aux moments les plus saisissants d’apparaître. À plusieurs reprises, l’ensemble semble évoluer au bord du déséquilibre, non par maladresse mais de cette manière propre au jazz véritablement vivant. Les musiciens s’écoutent, réagissent et redessinent la musique en permanence. C’est cette tension qui donne au disque une grande partie de sa charge émotionnelle.
Peu à peu, une évidence s’impose: Return Trajectory n’est pas un disque de Michael Dease centré exclusivement sur sa présence instrumentale. Son plus grand accomplissement réside peut-être justement dans sa retenue. Plutôt que de dominer le matériau, il crée les conditions nécessaires à l’épanouissement organique de l’ensemble. Les musiciens ne deviennent jamais des silhouettes anonymes au sein d’une machine parfaitement administrée. Leurs personnalités restent constamment perceptibles, et c’est cette individualité qui apporte au disque une grande part de sa chaleur humaine.
Certains regretteront peut-être que l’album ne comporte que six morceaux. Le sentiment se comprend. Mais la densité et la sophistication des arrangements rappellent immédiatement l’ampleur du travail nécessaire derrière chacune de ces pièces. Un disque de big band exige un niveau de coordination bien différent de celui d’une session en petit groupe. Chaque partition réclame construction, répétitions, ajustements constants des dynamiques et précision des transitions. Ce travail minutieux s’entend partout, sans que la rigueur technique n’étouffe jamais la spontanéité.
Surtout, Return Trajectory ne reste jamais prisonnier de ses origines universitaires. Le disque ressemble moins à un document académique qu’à la photographie d’artistes en train de découvrir ce qu’ils pourraient devenir ensemble. Et c’est précisément cette sensation de devenir, encore instable, inachevé mais intensément vivant, qui donne à l’album sa résonance durable.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, May 24th, 2026
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Michael Dease Big Band’s webpage
Musicians :
Michael Dease – trombone, bari sax, conductor
Mason Reinhardt – alto & soprano sax
Stephen Michaels – alto sax
Paloma Ximena – tenor sax
Shane Karas – tenor sax
Andrew Wittmer – bari sax
Aidan Clark – trombone
Miles Cole – trombone
Eli Howell – trombone
Elisabeth Shafer – bass trombone
Scott Belck – trumpet
Joel Reaves – trumpet
Eli Rachlin – trumpet
Andrew Brown – trumpet
Max Gage – piano
Zach Sommerfeld – guitar
Jonathan Hilliard – bass
Sam Melkonian – drums
SPECIAL GUESTS:
Erena Terakubo – alto saxophone
Dennis Adu – flugelhorn
Track Listing:
1 You Know I Love You 5:52
soloists: Dennis Adu (flugel), Erena Terakubo (as),
Michael Dease (tbn)
2 Oasis 7:20
Zach Sommerfeld (gtr), Mason Reinhardt (ss),
Miles Cole (tbn), Joel Reaves (tpt), Michael Dease (tbn)
3 Cherokee 4:03
Michael Dease (bari sax)
4 Shoreline 151 6:44
Max Gage (pno), Scott Belck (tpt), Shane Karas (ts),
Michael Dease (tbn), Zach Sommerfeld (gtr)
5 Up South 4:40
Michael Dease (bari sax)
6 Little Dave 4:32
Eli Rachlin (tpt), Michael Dease (tbn)
Compositions by:
(1,5) Michael Dease; (2,4) Gregg Hill;
(3) Ray Noble; (6) J.J. Johnson
Arrangements by:
(1) Dr. Javier Nero; (2) David Caffey;
(3) Kyle Athayde; (4) Chris Glassman
Production Info:
Produced by Michael Dease
Executive Producer: Gregg Hill
Recorded by Corey DeRushia at Troubadour Studios, Lansing, MI on April 25, 2025
(5) Recorded by Tiff Falls & Paxton Cruzen at The Alluvion, Traverse City, MI on January 10, 2026
Mixed & Mastered by Corey DeRushia at Troubadour Studios, Lansing, MI
(5) Assistant Mixing Engineer: Matthew White, Traverse City, MI
Front cover art by Tomoki Sassa
Cover design & layout by John Bishop