| Musique contemporaine |
Résumé: Varieties & Extravaganzas de Wayne Alpern, une audacieuse fresque musicale aux frontières des genres brouillées
Wayne Alpern’s Varieties & Extravaganzas: A Bold, Genre-Blurring Musical Tapestry
Comme souvent chez Wayne Alpern, l’auditeur est invité à circuler avec aisance entre plusieurs mondes musicaux, du classique au jazz et au-delà. Cette mobilité a presque valeur d’évidence pour un compositeur nourri aux sonorités de la Motown, qui a d’abord trouvé ses repères dans le rock avant d’être profondément marqué par une formation classique exigeante, restée au cœur de son écriture. De cette trajectoire naît, avec Varieties & Extravaganzas, une œuvre aux allures de patchwork, un album qui se dérobe aux classifications simples et fait du contraste son principe moteur.
L’enregistrement a été réalisé au Skillman Studio, à New York, un espace contemporain dirigé par Wei Wang, ancien élève de la Juilliard School. Ce dernier signe également la production, épaulé sur le plan technique par son protégé Scott Chiu. Le projet bénéficie par ailleurs de l’expertise du lauréat des Grammy Awards Dave Darlington, dont le travail de mixage et de mastering se distingue par sa clarté et son équilibre.
Au cœur du disque, une série de compositions originales interprétées par le Times Square Brass Quintet, ensemble formé de récents diplômés de Juilliard. Sous la direction de Robby Garrison, co-trompettiste principal du Sarasota Orchestra, les musiciens évoluent aux côtés de David Puchkoff, membre de l’orchestre du New York City Ballet, et d’Addison Maye Saxon, tromboniste lié notamment à Symphony in C et à l’ensemble The Westerlies. Ils sont rejoints par deux jeunes talents, James Picarello et Adolfo Monterroso au tuba, déjà remarqués dans les cercles de la musique contemporaine.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la présence inattendue d’éléments de swing au sein de structures largement ancrées dans l’écriture classique. Cette tension produit une légère sensation de décalage, comme si l’écoute se déplaçait constamment vers un point d’équilibre instable. Alpern ne cherche pas à s’inscrire dans une esthétique unique. Il envisage plutôt l’instrumentation comme une palette, jouant des timbres et des couleurs pour composer une série de tableaux sonores. L’album en compte douze, chacun avec sa logique propre, chacun affirmant une identité distincte.
À l’écoute répétée, l’ensemble penche néanmoins davantage du côté du classique que du jazz. Cette impression tient sans doute aux interprètes eux-mêmes, dont le phrasé et les choix expressifs reflètent une formation et une culture musicale précises. L’album devrait ainsi trouver un écho particulier auprès d’un public familier des écritures contemporaines, plus qu’auprès d’auditeurs en quête d’un jazz au sens traditionnel. La frontière entre ces univers reste poreuse, mais les approches de composition et d’interprétation conservent leurs spécificités, notamment entre traditions européennes et américaines.
Le parcours proposé à l’auditeur peut parfois dérouter. L’Allegretto d’ouverture laisse entrevoir une orientation jazz, rapidement nuancée par les pistes suivantes qui explorent des directions multiples. Cette dispersion semble assumée, intégrée à la conception même du projet. Elle peut toutefois donner le sentiment d’une unité difficile à saisir.
Après plusieurs écoutes, le jugement reste nuancé. Les qualités d’écriture et d’interprétation sont indéniables. L’album s’impose peut-être avant tout comme un objet singulier, constamment stimulant, même lorsqu’il déjoue les attentes. On l’imaginerait sans peine au catalogue d’un label comme Harmonia Mundi, tant son ancrage classique et son raffinement formel sont marqués.
Si l’ensemble conserve une part d’insaisissable, cela ne fait que renforcer la singularité de Wayne Alpern. À mesure que son œuvre se développe, il apparaît moins comme une figure de genre que comme une voix à part, dont les ambitions et la sensibilité évoquent, par moments, l’esprit de Moussorgski.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, May 6th, 2026
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Musicians :
Robby Garrison, trumpet
David Puchkoff, Trumpet
James Picvarello, Horn
Addison Maye – Saxon, trombone
Adolfo Monterro, tuba
Track Listing :
Allegretto
I Don’t Want To Set The World On Fire
Chorale
Gavotte
Have You Met Miss Jones?
Motet
Nutcracker
Parade
Sinfonia
Lady Is A Tramp
Reinvention
Serenade
