Lisa Rich – I Still Rise (FR review)

Tritone records – Street Date : June 26, 2025
Jazz
Lisa Rich - I Still Rise

Résumé: Album de jazz subtil et profondément expressif, I Still Rise de Lisa Rich transforme des standards familiers en récits intimes et élégants.

Lisa Rich, I Still Rise: la maîtrise discrète et l’art de l’interprétation

Petit matin encore à demi plongé dans l’ombre, dans la chaleur d’Austin au début du mois de mai. La saison hésite, oscillant entre chaleur et pluie, comme si le ciel lui-même ne parvenait pas à se décider. Un léger bourdonnement de circulation lointaine s’invite par la fenêtre, au loin un grondement d’orage menace, et une tasse de café Lavazza fume doucement sur le bureau. Je me surprends à repenser à une série d’échanges par courriel avec Lisa Rich, en souriant à l’annonce de son nouvel album.

Rich appartient à cette catégorie d’artistes de plus en plus rare, mue non par le besoin d’écrire, mais par cet art plus profond et plus insaisissable qu’est l’interprétation. Elle ne recherche ni les effets vocaux ni les démonstrations spectaculaires. Elle privilégie le récit, laissant chaque parole se déployer avec clarté et précision émotionnelle. Au fil des années, dans une carrière construite avec patience plutôt qu’à coups d’éclat, elle a affûté ce talent jusqu’à en faire une signature, attirant l’auditeur non par la force, mais par la sincérité.

Entourée de musiciens remarquables, avec Marc Copland au piano, elle revisite des compositions de Bill Evans, Dave Brubeck et d’autres, qu’elle s’approprie pleinement. Cela apparaît avec une évidence particulière dans sa version de Take Five. D’innombrables artistes, notamment des chanteurs, se sont confrontés à cette pièce, souvent avec des résultats inégaux. Mais ce que propose Rich se situe ailleurs.

Sa version avance sans hâte, presque comme une conversation. Elle adoucit les contours rythmiques de la mesure originale en 5/4, laissant la mélodie respirer de manière inattendue, étirant certaines phrases, en retenant d’autres, comme si elle éprouvait l’élasticité même de la composition. Son interprétation possède une légèreté, un sens du jeu qui ne bascule jamais dans l’excès. La structure se plie sans se rompre, révélant de nouvelles lignes tout en respectant l’esprit d’origine. On imagine volontiers que Brubeck lui-même aurait su apprécier cet équilibre, cette manière dont la voix se met au service de l’œuvre plutôt que de chercher à la dominer.

Le jazz irrigue profondément l’univers de Rich, et cette sensibilité dépasse le cadre du studio. Le concert de sortie de l’album promet de refléter cette même élégance discrète. Les auditeurs présents feront sans doute l’expérience d’un moment intime, finement ciselé. Rich y apporte non seulement une voix d’une remarquable maîtrise, mais aussi un humour désarmant, façonnant des concerts qui ressemblent moins à des performances qu’à des instants partagés.

Son album I Still Rise en est l’illustration. À première écoute, il semble s’inscrire dans une tradition vocale classique du jazz. Mais à mesure que l’on s’y attarde, quelque chose se transforme. L’élégance remplace les ornements attendus. La retenue devient expressive. Aucun artifice ici. Rich se présente telle qu’elle est, et cette honnêteté la distingue.

Fidèle à ses collaborateurs de longue date, elle s’entoure de musiciens qui respirent et pensent comme un seul ensemble. Une même exigence de précision, une identité collective façonnée au fil du temps. Un album de Lisa Rich ne se précipite jamais. Il se construit avec soin, détail après détail, arrangement après arrangement. Tout soutient la voix, sans que la musique ne soit jamais reléguée au second plan. Elle circule, elle dialogue, elle ouvre des espaces. Les passages instrumentaux, ponctués de solos finement dessinés, offrent des instants d’une exaltation discrète.

La plupart des morceaux sont connus dans leur forme d’origine. Mais Rich les transforme au point que leur source s’efface parfois. Ce qui demeure, c’est leur essence poétique, leur puissance narrative. La première écoute surprend. La deuxième entraîne plus loin dans l’architecture sonore. À la troisième, l’album révèle sa logique interne, sa construction délicate, son ambition feutrée.

Chez Rich, le processus s’opère sur deux plans. Elle est à la fois interprète et instrumentiste, utilisant sa voix non seulement pour dire, mais comme un instrument à part entière. Cette double approche inscrit son travail dans un dialogue avec des projets de jazz plus exigeants, qui se dévoilent dans la durée. Il faut une réelle détermination pour porter une vision avec une telle cohérence, et Rich y parvient avec une assurance tranquille.

Même le titre de l’album suggère une pointe d’ironie, comme pour souligner sa volonté de poursuivre son chemin, d’élever encore son art. L’image qui vient à l’esprit est celle d’un joaillier passant une année à façonner un collier, polissant chaque pierre jusqu’à frôler la perfection. Cette même patience, cette même exigence habitent le travail de Lisa Rich.

Dans un paysage musical souvent dominé par la vitesse et le spectaculaire, son art suit une voie inverse. Il demande du temps, de l’attention, une forme de confiance. Et en retour, il offre quelque chose de plus en plus rare: une musique qui ne cherche pas à s’imposer, mais qui s’imprime, doucement, avec évidence.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, May 5th, 2026

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To buy this album

Website

Musicians :
Lisa Rich, vocals
Marc Copland, piano
Drew Gress, bass
Dave Ballou, trumpet

Track Listing :
No Moon At All
The Two Lonely People
Beginner / How Are You Gonna Sing About Freedom?
Estate
Take Five
Quiet Now
Ancient Footprints
Like Someone In Love
Never Let Me Go
It’s Over Now (Well, You Needn’t)

Produced by Bob Dawson and Lisa Rich
Recorded by Bob Dawson, BIAS Recording Studios, Virginia, May 7–8, 2025
Mastered by Mike Monseur
Arrangements by Lisa Rich and Marc Copland
Cover and Photography by Christopher Drukker
Painting by Ina Helrich

With Gratitude: With deepest love and gratitude to my husband, Robert, who is a part of every song I sing.
Endless gratitude to Jay Clayton — dear friend, sister, mentor — whose inspiration and spirit are woven through this music and everything that led to it.

Special thanks to: With love and thanks to Marc Copland, Drew Gress, Dave Ballou, Bob Dawson, Stephen Nachmanovitch, Larry Livingston, Chris Drukker, Ashley Maher and Cathy Segal-Garcia.