Ramon Pipin’s Odeurs : “1980 : No Sex !”

CAT RECORDS
Rock
RAMON PIPIN'S ODEURS - 1980: No Sex

Après avoir exhumés, ressuscités, dépoussiérés si nécessaire, donné une seconde vie aux albums intemporels de Little Bob Story, sans défibrillateur ni massages cardiaques, mais avec un savoir-faire infaillible et incontestable, mon ami Thierry Cattier, passionné taulier du label Cat Records, réédite cette fois pour notre plus grand plaisir l’album culte de Ramon Pipin’s Odeurs “1980: No Sex!”, en CD Digipack, avec bien évidement cette superbe pochette signée Eric Mistler, interlope et provocante à souhait, à l’instar de la musique caustique et satirique d’Alain Ranval, plus connu sous le sobriquet hispanisant de Ramon Pipin, sans être néanmoins un chanteur de flamenco pour brasero party, ni un toréro en moule burnes multicolores et Rimmel dégoulinant comme un travesti après une nuit de dur labeur et d’infernales cadences au bois de Boulogne, encore moins le boss d’un foodtruck de tapas stationné à proximité de l’entrée VIP du stade Santiago-Bernabéu de Madrid… Que nenni! Ramon Pipin était le guitariste du groupe de rock’n’roll parodique et fantasque Au Bonheur Des Dames avec Eddick Ritchell au chant (Je n’invente rien! Le seul mec à ma connaissance, pouvant mettre un terme et imposer une paix durable à la petite guéguerre séculaire entre les fans d’Eddy et ceux de Dick, entre les supporters des Chaussettes Noires et ceux des Chats Sauvages, entre Paris et Nice, entre la Place de la Trinité et la Place Garibaldi…). Au Bonheur Des Dames, avec des tronches patibulaires sorties tout droit d’un vieux Fluide Glacial, Métal Hurlant, Penthouse, Hara-Kiri ou Charlie Hebdo, des énergumènes excentriques aux moult facéties clownesques, maquillés comme une BMW volée ou comme la mère maquerelle d’un lupanar de Punta Cana, avec faux-cils, Mascara et lipstick, nez rouge façon Achille Zavatta, perruques élyséennes façon Patrick Juvet ou Tintin sans Milou, bananes et rouflaquettes en crin de cheval, bodyguards chez Michou tortillant du popotin sur l’œuvre insipide de Mylène Farmer et folie communicative à la Jango Edwards, string léopard avec le goudron et les plumes… Rappelez-vous de leur tube abyssal de  1973 qui passait en boucle sur les ondes hertziennes “Oh! Les Filles”, reprise de Marty Robbins, puis des Pingouins de 1962, avec des paroles françaises signées d’un certain… Eddie Vartan. Un groupe aux antipodes du roman de Zola du même nom, dont l’album Twist est à ranger sur la même pile que Sha Na Na, Albert et sa Fanfare, les Chacals de Béthune, Roxy Music, Alex et les Lézards, Le Grand Orchestre Du Splendid dans un style plus swing que rock’n’roll, plus Duke Ellington et Ray Ventura que Jerry Lee Lewis ou Eddie Cochran, ou à planquer jalousement dans le coffre d’une rutilante Cadillac Eldorado Biarritz de 1957, de couleur rose… Car sous leur aspect croquignolesque et abracadabrantesque, les membres du groupe Au Bonheur Des Dames étaient quand même, et avant tout, des putains d’excellents musiciens qui ne se prenaient pas au sérieux. Après les deux premiers albums et pour des raisons qui lui appartiennent (sortez les Kleenex!), Ramon Pipin décida de poursuivre sa route, sinueuse mais ô combien exaltante, avec le groupe Odeurs, sans pour autant délaisser le côté loufoque et farfelu de son rock’n’roll au sens large, sans étiquetage ni carcan. Impossible pour le système nauséabond de clouer Ramon Pipin au pilori, place de Grève, livré corps et âme à la vindicte populaire, totalement soumise et endoctrinée. L’intéressé restera fiché et marqué au fer rouge comme un artiste rebelle et anticonformiste. Avec cet album légendaire, le plus réussi et le plus diversifié, Ramon Pipin et Odeurs frôlaient le bon goût sans jamais y sombrer! A deux doigts du culte! Avec bien évidemment l’éclectisme tous azimuts de rigueur, comme une marque de fabrique, avec du rock’n’roll parodié du meilleur effet, des sons industriels et synthpop en veux-tu en voilà, au beat robotique et métronomique, entre Devo, XTC, Kraftwerk, Orchestral Manœuvres in the Dark et Chuck Berry…

Pour les béotiens aux portugaises ensablées qui en doutaient malgré l’évidence, Ramon Pipin est un fabuleux guitariste, inégalable et incomparable, flanqué d’un compositeur hors pair. N’oublions jamais que c’est lui qui a composé et écrit “Ego-Dames”, ce chef-d’œuvre intemporel du groupe Au Bonheur Des Dames: “Ziggy et Roxy, ça ne vaut pas Jerry Lee et ce bon vieil Alice, n’est rien auprès d’Elvis”… Total respect à Ramon! Avec “1980: No Sex !” Odeurs se situe dans l’humour rock’n’roll, grivois, égrillard et gaulois. Un peu comme Henri Salvador mais en plus sympa et sans le rire discordant et préfabriqué comme un apostolat à réveiller Syracuse. Comme Carlos mais sans Tirelipimpon sur le Chihuahua. Comme Philippe Katerine mais sans le sous pull aux couleurs criardes à blesser les regards. Comme Gainsbourg mais en moins éthylique…

Cet opus ferait passer le Professeur Choron, François Cavana, Coluche, Desproges et Wolinski pour des petits chanteurs à la croix de bois ou pour des shampouineurs de chez Jean-Louis David, branchés en permanence sur NRJ. Pour ne pas rompre avec un glorieux passé et couper brutalement le cordon ombilical, on retrouve une pléiade de frères d’armes de ABDD, tels que Hubert de la Motte Fifrée, Fabrice des Dieux, Rita Brantalou, Gépéto Ben Glabros, Costric 1er, Sharon Glory ou encore Shitty Telaouine… ainsi qu’une multitude d’excellents musiciens au curriculum vitae impressionnant, comme par exemple la batteur Manu Katché (Peter Gabriel, Sting, Michel Jonasz…), le guitariste Jean-Michel Kajdan (Eddy Mitchell, Jean-Jacques Milteau, Véronique Sanson…), plusieurs membres de Magma (Stella Vander, Bernard Paganotti…) ou encore le pianiste Francis Lockwood, frère aîné du regretté violoniste Didier Lockwood, celui qui faisait passer la rockeuse de diamants pour une vendeuse patentée de bijoux en toc au marché aux puces de Saint-Ouen.
Liste non-exhaustive et dans le désordre des titres d’Odeurs à écouter en priorité: Ma Fils Tennesy parodie yiddish du Memphis Tennessee de Chuck Berry. Astrid: Astrid est à l’amour, ce que la chambre froide est à l’institut médico-légal. Nouvelle Droite, parodie ubuesque et baroque de Nouvelle Vague de Richard Anthony, La Viande de Porc, titre sponsorisé par le syndicat des charcutiers-traiteurs et par la société Fleury Michon, Rock Haroun Tazief qui sonne très Bill Haley, un titre sur mesure signé du fameux duo Costric 1er/ Ramon Pipin que n’auraient pas renié Boris Vian, Moustache ou Mac-Kac. Avec aussi l’irrésistible Je M’Aime, une sorte de Que Je T’Aime de Johnny Hallyday, mais dans une géniale version narcissique et mégalomane: Je m’aime, ô oui je m’aime, que je m’aime, que je m’aime, faudrait tout d’même que j’me surveille, je n’entends déjà plus rien d’une oreille… Ainsi que 6 titres live à Bobino en bonus, dont une version revisitée à la sauce Pipin de Dominique de Sœur-Sourire.

Merci encore à Ramon Pipin pour son indéniable talent et pour l’ensemble de son œuvre, et merci encore à Thierry Cattier du label Cat Records, pour avoir fait renaître de ses cendres cet album mythique et pharamineux du groupe Odeurs!

Un CD absolument “Indispensable”! Je me répète, c’est une réalité qui coule de source, avec 1980: No Sex ! nous somme à deux doigts du culte! C’est mieux que si c’était pire – C’est pire que si c’était mieux… A vous de choisir.

Serge SCIBOZ
Paris-Move

PARIS-MOVE, May 2nd, 2026

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Tracklisting complet:
1. De Quoi ?    01:48
2. Le Stade Nasal    04:03
3. L’homme Objet    03:50
4. Ma Fils Tennessy    02:43
5. Quitte Ou Double    03:40
6. Le Morceau Le Plus Rapide Du Monde   00:20
7. Astrid    04:23
8. Couscous Boulettium    04:17
9. Le Jour Où Les Oranges Pelurent   03:32
10. La Viande De Porc    03:33
11. Je m’aime (acoustique)    03:13
12. J’ai Le Mauvais Goût Dans La Bouche   02:52
13. La Santé Par Les Plantes    02:32
14. Rock Haroun Tazief      01:20

15. Soupe Au Sirop (Live At Bobino – Bonus Track) 03:07
16. Juste Un Rigolo (Live At Bobino – Bonus Track) 03:12
17. Les Nouveaux Russes Blancs (Live At Bobino – Bonus Track) 05:00
18. Douce Crème (Live At Bobino – Bonus Track) 03:47
19. Dominique (par le groupe Odeurs _ Live At Bobino 1980 – Bonus track) 03:03
20. Final _ On A Été Fécond (Live At Bobino – Bonus track) 09:19

21. Les Salsifis – Bonus track   03:04

Musiciens:

Voix: Alice Prévot, Clarabelle, Corinne Julien (De quoi?), Guy Khalifa, Jacky Jacubowicz, Jimmy Freud, Klaus Blasquiz, Laurent de Gaspéris, Liza Deluxe, Ramon Pipin, Rita Brantalou, Roland Giraud (Comme c’est bizarre! ), Sharon Glory, Shitty, Stella Vander
Basse: Bernard Paganotti, Gérard Prévost, Laurent Gaspéris, Sylvain Marc
Batterie: Amaury Blanchard, Jacky Bouladoux, Kirt Rust, Manu Katché, Esno
Claviers: Francis Lockwood (Piano, Piano Electrique), François Bréant (Prophet V), Eric Vivié, Guy Khalifa (Piano, Prophet V), Jean-Philippe Goude (Minimoog, Piano), Patrick Gauthier (Piano), Richard Pinhas (Synthétiseur)
Cuivres: Alain Guillard (sax alto & tenor), Carlos Grasso (sax tenor), Gepetto Ben Glabros (sax baryton),, Yvon Guillard (bugle, trompette)
Guitares: Antoine de Feraudy, Jean-Michel Kajdan, Mahamad Hadi, Pierrot Chérèze, Ramon Pipin
Percussions: Steve Shehan
Porc, Mouches: Michel Puterflam
Violon: David Rose

Auteurs-Compositeurs: Costric 1er, Pipin, Gaspéris, Vauville, Picketson, Mahamad, de la Motte Fifrée, Kajdan, Brantalou, Goude
Arrangements: Jean-Philippe Goude, Gérard Prévost
Ingénieur du son: Jean-Louis Rizet, Laurent Peyron