Carlos Henriquez – Monk Con Clave (FR review)

Self released - Street date : Available
Jazz
Carlos Henriquez - Monk Con Clave

Résumé: Un album d’une grande richesse de textures qui mêle l’héritage de Thelonious Monk aux rythmes afro-latins. Monk con Clave met en lumière les arrangements maîtrisés de Carlos Henriquez, l’excellence des musiciens et une fusion fluide entre jazz et influences cubaines.

Monk con Clave: une fusion saisissante entre rythmes latins et tradition jazz

Il arrive que les parutions jazz suscitent un certain amusement. Alors que l’on venait à peine d’écarter d’un revers de main un projet mêlant opéra et jazz latino, parmi les plus maladroits entendus ces dernières années, et que l’on se disait que tout semblait désormais possible, quel qu’en soit le résultat, surgit cet album. Le nom du leader n’était pas inconnu: il a longtemps évolué aux côtés de Wynton Marsalis au sein du Jazz at Lincoln Center Orchestra. Dès lors, difficile d’éprouver la moindre inquiétude au regard du pedigree de l’ensemble et de la liste soigneusement choisie des invités. Aux membres de l’orchestre s’ajoutent des artistes tels que Gonzalo Rubalcaba, Pedro Martinez, Osmany Paredes, Robert Rodriguez, Anthony Almonte, Jeremy Bosch et Mike Rodriguez.

À peine installé, les réglages ajustés, le son dirigé vers les enceintes, l’auditeur se laisse happer par le morceau d’ouverture, «Round Midnight», revisité avec une imagination saisissante. Le tempo adopte un médium souple, laissant respirer les détails tout en maintenant une progression discrète. L’architecture complexe des musiques latines s’impose d’emblée, sans jamais faire perdre à la pièce son identité jazz. Les lignes de piano se déploient avec limpidité, les flûtes apportent une texture légère, presque aérienne, tandis que les cuivres interviennent avec une puissance contenue, dessinant un paysage sonore à la fois stratifié et dynamique.

Le dialogue entre les compositions de Monk et les pièces originales du leader instaure un équilibre particulièrement convaincant. L’album navigue avec aisance entre écoute attentive et énergie dansante, une alliance rare qui paraît ici d’une grande évidence. Un passage marquant voit le piano dérouler un solo aux phrases mesurées, auxquelles répondent des ponctuations nettes des cuivres, avant de céder la place à une section rythmique portée par des motifs de clave d’une précision jamais rigide. Les orchestrations, à la fois subtiles et amples, dévoilent de nouvelles nuances à chaque écoute.

Le travail de Carlos Henriquez en tant que contrebassiste, compositeur et chef d’orchestre a suscité un large écho critique dans le monde du jazz. Le magazine JazzTimes a salué un jeu «clair, précis et direct», véritable moteur de l’orchestre, tandis que DownBeat le décrit comme «un maître émergent du jazz latin». Quant à WRTI, il souligne la puissance de son album nommé aux Grammy Awards, The South Bronx Story, mettant en avant sa capacité rare à fusionner clave afro-latine et swing jazz, une maîtrise que peu d’artistes égalent.

Ce qui frappe le plus demeure cette ambiguïté constante. On ne sait jamais tout à fait si la musique relève de la tradition latine ou du jazz, tension maintenue tout au long de l’album. Les deux univers s’entrelacent avec une telle finesse que l’on croit parfois retrouver l’atmosphère des années 1950, sans jamais sombrer dans la nostalgie. Nombreux sont les disques latins qui croisent notre route ; rares sont ceux qui atteignent un tel degré d’authenticité dans ces deux traditions.

La voix musicale de Thelonious Monk demeure au cœur du projet. «Quelque chose en elle me parlait», explique Henriquez. «Elle m’apaisait. Elle me donnait le sentiment d’avoir, moi aussi, une voix dans cette musique.» Il aborde le langage rythmique de Monk à travers le prisme de son identité «nuyoricaine», celle d’un New-Yorkais issu de parents portoricains. Monk con Clave naît de cette connexion, nourrie par une profonde affinité avec le caractère singulier et l’exigence artistique de Monk.

L’hybridité, en art comme dans la vie, constitue une richesse qui ne naît que d’affinités sincères. Ici, le dialogue entre les cultures n’a rien de forcé ni d’ornemental: il est pleinement assimilé et mis en œuvre avec intelligence. C’est là la clé de la réussite de cet album éclatant. Complexe dans sa conception mais immédiatement séduisant, il récompense l’écoute attentive tout en restant accessible. Les amateurs de jazz, habitués aux croisements de styles et de traditions, y trouveront matière à admiration.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, May 1st, 2026

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Musicians :
Carlos Henriquez – bass, bandleader
Obed Calvaire – drums
Bobby Allende – bongoes
Pedrito Martínez – percussion
Jesus Ricardo, Mike Rodriguez, Kali Rodriguez, Nathaniel Williford – trumpet
Marshall Gilkes, Elliot Mason, Dion Tucker – trombone
Sherman Irby, Ted Nash – alto sax
Chris Lewis, Abdias Armentero – tenor sax
Paul Nedzela – baritone sax

Guests:
Gonzalo Rubalcaba, Osmany Paredes, Robert Rodriguez – piano
Pedrito Martinez – congas, vocals
Anthony Almonte – vocals
Jeremy Bosch – flute, vocals

Track Listing :
Round Midnight
I Mean You
El Son De Teo
San Juan Hill
Ugly Beauty
Evidence of Four and One
Raise Four
Green Chimney
Who Knows 10.
Plena Azul Blue Monk