Andrew Moorhead – Mirage (FR review)

OA2 records – Street date : May 22, 2026
Jazz
Andrew Moorhead – Mirage

Résumé: Le trio d’Andrew Moorhead propose un album de jazz moderne saisissant, mêlant structure, spontanéité et profondeur émotionnelle pour offrir une expérience d’écoute profondément immersive.

Andrew Moorhead Trio: un voyage jazz envoûtant d’Austin à Dresde

À Austin, je commence toujours la journée de la même façon : une tasse de café brûlant, le casque sur les oreilles, et ce geste tout simple, écouter. La première gorgée pique un peu. Un nuage de lait se mêle à l’obscurité. Quelques notes de piano surgissent, juste assez pour me rappeler que je suis bien réveillé. Si je veux vraiment tout entendre, tout capter, chaque nuance, chaque détail, il faut accepter le prix : se retirer du monde, s’immerger totalement. Pas un bruit parasite.

L’album, lui, démarre sans attendre. Andrew Moorhead, pianiste et compositeur de Houston que je découvre ici, annonce ses couleurs dès le départ. Une énergie vive, mais réfléchie, presque analytique, comme quelqu’un qui résout une énigme sur le moment. La musique oscille entre rigueur et liberté, sans jamais les opposer. Elle les marie.

À la contrebasse, François Moutin s’impose naturellement. Un nom qui ne laisse pas indifférent. Sa présence garantit une musique sans compromis. Musicien exigeant, il choisit ses projets avec soin. Son parcours parle de lui-même, entre Michel Portal, Dave Liebman ou Roy Haynes. Installé à New York, Moutin incarne cette génération d’artistes français qui, sans bruit, façonnent le jazz contemporain de l’intérieur.

Moorhead aime les motifs qui se répètent, mais jamais de manière mécanique. L’architecture existe, bien sûr, mais la musique respire, vibre, scintille. Le trio trouve son unité dans cette tension vivante. Ari Hoenig, à la batterie, offre un jeu précis, ciselé, mais jamais figé. Tout bouge. La structure soutient, sans enfermer : elle se déforme, s’étire, se transforme.

En écoutant, une image me revient : La Persistance de la mémoire de Dalí, vue il y a longtemps au Centre Pompidou. Ces montres molles, cet équilibre étrange entre l’ordre et le désordre. Ici aussi, le temps se tord, s’allonge. Un mot s’impose : étonnement. Pas une admiration distante, mais une surprise vive, face à une musique qui n’obéit pas à un récit, elle le crée, au fil de son déploiement.

Le parcours de Moorhead éclaire cette écriture. Arrivé à Boulder en 2008 pour étudier les mathématiques, il en a gardé une clarté structurelle. Les morceaux poussent naturellement, comme un arbre : des feuilles, puis des fleurs, puis des fruits pour qui sait attendre. Rien d’intimidant pourtant. L’essentiel reste simple : il faut juste être attentif, prêt à s’ouvrir.

La contrebasse de Moutin agit comme un centre de gravité. Elle ne se contente pas d’accompagner, elle ordonne, elle éclaire. Le trio trouve un équilibre juste. On perçoit des échos des structures répétitives de Steve Reich, des traces du minimalisme de Philip Glass. Mais au centre, c’est la voix de Moorhead qui s’impose, portée par la mélodie. C’est elle qui guide l’écoute. Les pièces sont complexes, évidemment, mais elles restent élégantes, expressives, profondément humaines.

Le parcours du pianiste n’est pas linéaire. Un accident grave a interrompu ses études pendant plusieurs années. Une chute. La convalescence lui a imposé de repenser entièrement sa relation à l’instrument : jouer malgré une mobilité réduite du poignet droit, composer avec des blessures à la colonne vertébrale qui affectent l’usage de la pédale. De ces contraintes, Moorhead a fait sa marque. Ce qui aurait pu le réduire au silence est devenu son langage.

Son trajet géographique, Nashville, Prague, Kansas City, Boulder, aujourd’hui Dresde, traverse sa musique de part en part. Les influences circulent, les frontières sont poreuses.

Quand les traditions européennes et américaines se croisent, il naît souvent quelque chose de neuf. Une étincelle, une audace peut-être, qui garde la musique vivante. Cette œuvre ne s’analyse pas : on l’accueille, comme on écouterait Ravel, avec disponibilité.

On referme l’album avec la sensation d’avoir rencontré une voix singulière. Pas seulement par sa maîtrise, mais par son authenticité. Le nom de Moorhead mérite d’être connu. Plus qu’un disque à écouter, c’est un espace où vivre, un temps à partager.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, April 27th 2026

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Musicians:
Andrew Moorhead – piano
François Moutin – bass
Ari Hoenig – drums

Tracklisting:
Faster Etude  4:16
Intro Tune  8:54
Intervals  5:59
Phased Voices  7:11
Mirage  8:37
Slower Etude  4:31
Boogie  3:49

Compositions by Andrew Moorhead

Production Info:
Produced by Andrew Moorhead
Recorded & mixed by David Stoller at The Samurai Hotel, Astoria, NY
Recorded on 08/28/2025
Mastered by Scott Kinsey at Wishbone Studio, Encino, CA
Cover design & layout by John Bishop