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Résumé : Le pianiste de jazz Joe De Gregorio signe une ambitieuse trilogie transatlantique enregistrée à New York City, Los Angeles et Paris. Entouré notamment de Ron Carter et Peter Erskine, il y conjugue une sensibilité européenne à la tradition du jazz américain, dans une relecture contemporaine d’une grande finesse.
Un jazz en mouvement, entre deux rives
Quelques mois avant sa parution, Joe De Gregorio en esquissait déjà les contours: un projet pensé comme un dialogue entre continents, nourri d’influences croisées et d’une esthétique revendiquée, celle du label ECM Records, reconnaissable à sa sobriété et à ses climats suspendus. Les compositions, écrites lors d’un séjour à Gothenburg, portent la trace d’une immersion dans les textures du jazz nord-européen.
Ce qui aurait pu n’être qu’une succession d’enregistrements s’impose finalement comme une œuvre construite : une trilogie pensée dans son ensemble, réalisée sur une année entre New York City, Los Angeles et Paris. Loin de l’exercice de style, l’entreprise se veut une cartographie sensible du jazz contemporain, de ses racines à ses mutations.
Une fidélité sans nostalgie
Au cœur du projet affleure une interrogation ancienne: comment demeurer fidèle à l’héritage du jazz tout en parlant au présent ? La réponse de De Gregorio tient moins dans la démonstration que dans la retenue.
Point de citation appuyée ni d’hommage ostentatoire. Le pianiste privilégie une écriture nuancée, où la structure et l’atmosphère priment. De discrets échos à Miles Davis traversent l’ensemble sans jamais s’imposer. Dans une reprise de Georgia on My Mind, l’élégance se fait presque imperceptible.
Avec des musiciens tels que Ron Carter et Peter Erskine, l’excellence instrumentale ne surprend guère ; c’est plutôt la qualité d’écoute, la cohésion du jeu collectif, qui donnent au disque sa profondeur.
Trois villes comme matrice
Chaque volet s’ancre dans une ville, envisagée non comme décor mais comme principe actif : la gravité historique de New York City, l’ouverture créative de Los Angeles, l’intimité lyrique de Paris.
Le premier chapitre, In Blues (For Blues’ Sake), revient à la source émotionnelle du jazz sans céder à la nostalgie. Enregistré notamment au Van Gelder Studio, il propose un dialogue étroit avec Ron Carter, tandis que les sessions californiennes avec Peter Erskine prolongent cette tension entre héritage et immédiateté.
Le blues y est à la fois forme et boussole : une matrice souple, habitée par une respiration contemporaine.
Une écriture de la nuance
La musique de De Gregorio se distingue par un raffinement constant. Certaines pièces évoquent, par leur précision de timbre, l’univers de Maurice Ravel, sans jamais s’y réduire. L’écriture circule, se transforme, échappe à toute filiation unique.
Le pianiste chante également, à l’occasion, en italien, une présence vocale discrète qui ajoute une dimension d’intimité inattendue. Chaque morceau se déploie avec lenteur, laissant affleurer textures et couleurs dans un mouvement presque organique.
Une expérience d’écoute immersive
À rebours d’un certain spectaculaire, l’album privilégie une forme de retrait. Il ne cherche pas à séduire immédiatement, mais à installer une écoute. Cette retenue, qui pourra déconcerter au premier abord, en constitue la véritable force : elle invite l’auditeur à entrer dans la musique plutôt qu’à la consommer.
Comme souvent chez les musiciens européens installés aux États-Unis, l’approche de De Gregorio se nourrit à la fois de distance et d’immersion. De cette rencontre avec des figures majeures du jazz américain naît non pas une synthèse forcée, mais un échange, une accumulation patiente d’expériences musicales.
Une promesse au-delà du disque
L’ensemble laisse une impression d’évidence tranquille. Plus qu’un simple projet discographique, cette trilogie ouvre une perspective: celle d’un jazz capable de circuler entre les cultures sans se diluer, de relier plutôt que juxtaposer.
On attend désormais ses prolongements scéniques. Car si cette musique devait trouver sa pleine mesure en concert, elle pourrait offrir ce que le jazz contemporain produit plus rarement: une véritable expérience de connexion.
Une synthèse rare et convaincante d’une identité jazz transatlantique.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, April 16th 2026
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Musicians :
In Blues (For Blues Sake)
Ron Carter | Bass
Peter Erskine | Drums
Joe De Gregorio | Piano
Crossover
Joe De Gregorio | Piano & Vocals
Ike Sturm | Bass
Peter Erskin | Drums
Crooner’s Journey
Joe De Gregorio | Piano & Vocals
Géraldine Laurent | Alto Sax
Louis Moutin | Drums
Stéphane Kereck | Bass
Karine Fôret | Vocals
Track Listing
- Someday My Prince Will Come (Frank Churchill)
- Une belle histoire (Michel Fugain)
- New Orleans Blues (Joe De Gregorio)
- Georgia on my mind (Hoagy Carmichael)
- Sunset in Gothenburg (Joe De Gregorio)
- Volare (nel blue dipinto di blu) (Domenico Modugno)
- Yesterday (The Beatles)
- Blanco (Joe De Gregorio)
- Blues Italiano (Joe De Gregorio)
- Eu sei que vou te amar (Tom Jobim)
- You must Believe in Spring (Michel Legrand)
- My Way (Paul Anka)
Background info / Liner Notes:
Album 1 – In Blues (For Blues Sake)
Rec Studio (Piano & bass only): Van Gelder recording studio (Englewood NJ)
Musicians: Ron Carter, Peter Erskine, Joe De Gregorio (piano)
Dates: Feb 27th 2025 (Ron & Joe)
Drums were recorded at PUC (Peter Erskine home studio – Santa Monica LA)
Album 2 – Crossover
Studio: PUCK (Peter Erskine home studio – Santa Monica LA)
Musicians: Peter Erskine, Ike Sturm (bass), Joe De Gregorio (piano & vocals); String quartet players: (First violin) Gallia Kastner, (Second violin) Myra Choo, (Viola) Rita Andrade, (Cello) Caleb Vaughn-Jones; Daniele Truocchio (arrangements-conducting)
Dates: October 6th & 7th 2025 strings were recorded at Daniele Truocchio’s house in Montebello (LA) on Oct 9th 2025
Album 3 – Crooner’s Journey
Studio: Bobcity Rec Studio, Paris
Musicians: Joe De Gregorio (piano & vocals), Géraldine Laurent (alto sax), Louis Moutin (drums), Stéphane Kerecki (bass); Karine Fôret (vocals);
Dates: Dec 28th & 29th (2025)
